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Blog

Des dispositifs individualisés vers une (ré)-insertion grâce à une collaboration renforcée entre les différents acteurs d’un territoire

28/11/2018
par Isabelle Houot
Langue: FR

C’est sur le principe d’une « conférence inversée » que les deux animatrices, Michèle Mombeek et Veronique Halbart, toutes deux chargées de Mission à la Direction des Relations Internationales du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont proposé aux différents invités de témoigner et échanger autour de ces questions de coopération et collaboration sur les territoires.

C’est donc à partir de trois questions clés que les participants ont tout d’abord débattu en petits groupes, le fruit de leur réflexion étant ensuite soumis au regard des intervenants présents autour de la table ronde.

Les questions proposées étaient volontairement formulées en termes d’obstacles ou de difficultés rencontrées sur les terrains afin de susciter une réflexion sur les pratiques telles qu’elles sont vécues par les professionnels.

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Des questions pour débattre

  • 1ère question : quelles sont les difficultés rencontrées pour l’élaboration d’un parcours d’insertion/réorientation des individus ?
  • 2ème question : quels sont les freins rencontrés pour les partenariats ?
  • 3ème question : quels sont les pièges d’une intervention trop localisée ?

De quoi alimenter en effet les discussions très animées qui ont suivi.

Autour de la table des intervenants :

  • Laure-Marie Planchon, et Christian Fiorucci venus témoigner de leur expérience des « tremplins du cœurs [1]» (France) qui sont autant depasserelles tendues aux bénéficiaires de l’association pour se diriger vers un emploi, vers une formation …
  • Anne-Flore Made Mbe, chargée de mission et responsable des actions éducatives familialesau service de la formation des adultes au Ministère de l’éducation nationale, de l’enfance et de la jeunessedu Grand Duché du Luxembourg, responsable d’un projet en en faveur du rapprochement familles-école[2] : Family Learning - Apprendre en famille.
  • Laure Lemaine, directrice d’interface 3[3], (Belgique). Interface3 est centre de formation continue et organisme d’Insertion Socioprofessionnelle, il travaille à étendre et diversifier les champs d’investissement professionnel des femmes.
  • Chantal Caritey, cheffe de projet « démarches territoriales », délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP, France), chargée de coordonner les « initiatives territoriales pour l’emploi[4] ».
  • Tony Roupin, chargé de mission, instances de bassin EFE en Wallonie Picarde.[5] A l’initiative des potagers urbains en 2013, Tony Roupin pilote le mouvement  « Incredible Edible » (Les Incroyables comestibles) à Tournai.
  • Sophie Linsmeau, directrice de Forma. L’association sans but lucratif (ASBL) Forma[6] ou “Equipe pour la formation à l’autonomie”, est une Entreprise de Formation par le Travail (EST) dont l’objectif est de former des demandeuses d’emploi aux métiers de la petite restauration et du nettoyage.

Des échanges très fournis, dans les sous-groupes comme au sein de la table ronde qui a suivi, ont permis de dégager les points suivants :

Spécificité des territoires et des acteurs

De manière récurrente est apparue dans les divers débats la question de la légitimité des acteurs professionnels à intervenir auprès de leurs publics « cibles ». Car si les réseaux existent, ils manquent encore quelquefois de concertation et de coordination ; si la volonté d’aller vers plus de flexibilité est présente, elle se heurte cependant parfois à la rigidité persistante des commandes institutionnelles.

Difficile en effet souvent pour les acteurs de s’y retrouver dans les différents niveaux de gouvernance intervenant sur les dispositifs déployés en direction des publics les plus fragiles. Ce qui conduit parfois à des interprétations différentes des textes légaux selon les situations territoriales. Il s’agit en particulier de se mettre d’accord sur ce qu’est un parcours individualisé car la lecture qui en est faite peut s’avérer très différente selon le commanditaire et selon l’opérateur.

Les professionnels soulignent également la difficulté souvent rencontrée de travailler ensemble  sur un même territoire, alors que les contraintes sont différentes selon les organisations, alors que l’on peut être simultanément  partenaires pour certains projets et concurrents sur d’autres, alors que se posent quelquefois des problèmes de trésorerie liés aux systèmes de financement des projets, alors que se rencontrent également des incompréhensions dues aux particularités linguistiques des territoires.

Pas simple non plus d’accéder à une approche globale de son territoire, de mutualiser les ressources quand les moyens sont dispersés, de se situer face à des dynamiques communautaires qui peuvent être fortes, d’éviter les phénomènes de monopole …

Mais d’un avis unanime, face à ces difficultés et risques, il s’agit d’oser, oser le changement et pour ce faire : faire confiance aux acteurs des territoires et faire confiance aux bénéficiaires.

Travailler ensemble, oui mais comment ?

Issues de l’expérience des uns et des autres, de nombreuses pistes ont été évoquées tant par les participants que par les intervenants pour aller dans le sens d’une individualisation des parcours des bénéficiaires dans un cadre territorial partagé.

  • Travailler à une culture commune

Ainsi, monde de l’éducation et monde de l’entreprise sont souvent deux champs qui s’ignorent et partent ainsi de présupposés concernant notamment les publics les plus éloignés de l’emploi qu’il convient de discuter.

C’est notamment ce qu’a rappelé Laure Lemaire : œuvrer à l’insertion des femmes dans le monde industriel supposait  par exemple de travailler directement avec les formateurs, les industriels qui n’avaient pas l’habitude de travailler avec des femmes.

Bien d’autres  initiatives ont également été évoquées : On peut ainsi travailler à définir ce qu’est un « bon stage » avec les entreprises, organiser des tables rondes, des rencontres entre opérateurs, autant d’expériences vécues évoquées par les intervenants et qui ont fait leurs preuves.

  • Identifier les intérêts communs

Par exemple identifier sur un territoire les perspectives et opportunités ouvertes simultanément pour une branche professionnelles et par des dispositifs d’emplois aidés.

Faire circuler l’information, valoriser et capitaliser ce qui se fait, mutualiser les ressources.

  • Aller pas à pas

Les intervenants ont largement insisté sur ce point : construire étape par étape, pas à pas, tenir compte des temporalités de décision des uns et des autres. voir l’innovation comme un processus de diffusion lente, un processus qui « fait tache d’huile ».

Travailler ensemble, oui, mais avec qui ?

  • Trouver les « bonnes personnes » 

C’est une idée qui reviendra souvent dans les débats. Dans un projet de déploiement territorial, la bonne personne est celle qui est susceptible « d’ouvrir des portes », d’être convaincue par les objectifs du projet et en capacité de s’y engager. En bref « celles qui savent jouer sur leurs marges » explique par exemple Tony Roupin faisant référence à la charte d’engagement signée par les bourgmestres de son territoire (Voir blog : le pouvoir d’agir : un témoignage de Tony Roupin). Celles qui sont capables d’ouvrir des portes et de communiquer sur les actions dans les territoires renchérit Laure-Marie Planchon.

  • Associer sur les mêmes objectifs des compétences complémentaires

La clé c’est la personne que l’on a en face de soi explique encore Laure Marie Planchon : il faut trouver des acteurs qui partagent les mêmes objectifs et qui ont des compétences complémentaires : « les personnes ce sont à la fois les forces et la fragilité des partenariats ».

Il est nécessaire que les opérateurs de la formation et de l’emploi travaillent en collaboration avec les opérateurs sociaux autour de la formation rappelle Sophie Linsmeau qui organise régulièrement des rencontres, des tables rondes : syndicats, entreprises, acteurs de l’insertion.

Oser ouvrir des portes nouvelles

De l’avis de l’ensemble des intervenants, entrer dans une logique de « territoires de projets » suppose de dépasser les logiques habituelles d’appel à projets : passer de l’expertise à l’innovation : développer le « pouvoir d’agir »,

Trouver des clés empiriques et parfois contre-intuitives pour résoudre les problèmes qui se posent pour la mise en œuvre concrète des projets : par exemple mettre en place des formations non-mixtes pour développer des emplois mixtes …

Travailler avec et pour les bénéficiaires

  • Dépasser les clichés

Analyser différemment la question de la « motivation » des bénéficiaires, prendre en compte les besoins, conduire l’exploration des besoins avec et pour eux.

Voir autrement les collaborations entre secteur public et secteur privé.

La clé, indiquent les intervenants des tremplins du cœur, c’est l’accompagnement et des employeurs et des bénéficiaires : il faut écouter, accompagner et surtout croire en la capacité des bénéficiaires

  • Co-construire les objectifs et les dispositifs 

Intervenants et participants y sont revenus avec force : il faut co-construire les dispositifs avec les personnes concernées, conduire l’évaluation finale avec des représentants des bénéficiaires, c’est aussi cela « un projet 100% inclusion ». Il s’agit d’élaborer des « parcours sans coutures »[7](DGEFP, France).

C’est aussi le point de départ de la démarche initiée au Luxembourg par Anne-flore Made Mbe, connaitre, comprendre et prendre en compte  les réalités du territoire, par exemple l’usage sur ces dernier des langues de communication, lui ont  indispensables pour construire le dispositif de formation des parents d’élèves.

  • Prendre en compte les questions de mobilité sur les territoires, facilitation et gratuité des transports en commun par exemple.

Avec quels outils ?

  • Des rencontres

Les intervenants l’ont toutes et tous affirmé à leur manière « il faut qu’on se voit » « c’est ce qui crée du lien » c’est ce qui permet d’élaborer un langage commun, c’est ce qui va créer de la «confiance », terme très souvent entendu dans les échanges.

  • Des plateformes

 Pour  les acteurs des territoires leur permettant de disposer d’informations en temps réel, de capitaliser les acquis des expériences antérieures : « ne pas repartir à chaque fois de 0 »

  • Se donner la possibilité d’expérimenter : s’affranchir momentanément du droit commun, changer de mode de contrôle des résultats.

Beaucoup de pistes d’action évoquées donc pour travailler concrètement à l’inclusion sociale et professionnelle des publics les plus fragiles, beaucoup d’initiatives qui méritent d’être partagées au regard de cet enjeu de taille : comment répondre aujourd’hui  aux besoins des  personnes dites les plus « éloignées » des qualifications sociales et professionnelles et qui plus est, ont tendance à se détourner des dispositifs traditionnels d’insertion ; autrement dit œuvrer pour rendre possible et effective leur participation à la vie sociale et économique sur les territoires.

Et pour finir : les mots choisis par les intervenants :

 

[1] https://www.restosducoeur.org/nos-actions/emploi/

[2] http://www.men.public.lu/fr/formation-adultes/cours-interet-general/Fami...

[3] http://www.interface3.be/fr/text/mission-objectifs

[4] https://travail-emploi.gouv.fr/emploi/ite/

[5] Initiative de la Wallonie, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Commission communautaire française inscrite en 2014 dans un accord de coopération, ces bassins sont au nombre de 10 sur le territoire wallon et bruxellois et chacun d'eux est piloté par une Instance : http://www.bassinefe-wapi.be/fr/info/contact/

[6] http://www.ufb.be/tl_files/ufb/pdfs/projects/2011/A4%20Projects2010-2011/FORMA.pdf

[7] La notion de parcours client sans couture fait référence à un terme de marketing qui indique la capacité à d’assurer une expérience client fluide et sans friction au bénéficiaire.

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