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La sobriété numérique : comment remettre en question nos usages pour impacter l’environnement ?

Pour The Shift Project, un think-tank oeuvrant en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone, « la sobriété numérique, c’est passer d’un n

La sobriété numérique est une démarche qui vise à réduire l’impact environnemental du numérique. Cette expression a été forgée en 2008 par l’association GreenIT.fr pour désigner « la démarche qui consiste à concevoir des services numériques plus sobres et à modérer ses usages numériques quotidiens ».

Pour The Shift Project, un think-tank oeuvrant en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone, « la sobriété numérique, c’est passer d’un numérique instinctif voire compulsif à un numérique piloté, qui sait choisir ses directions : au vu des opportunités, mais également au vu des risques. »

Comment faire cette transition vers une industrie plus frugale ? Pour répondre à cette question, nous avons interviewé deux experts qui ont participé à la rédaction du rapport de The Shift Project « Pour une sobriété numérique » : le nouveau rapport du Shift sur l’impact environnemental numérique. 

Une question d’usages

Selon Bruno Foucras, normalien, enseignant au Département Génie Thermique et Energie de l’IUT d’Aix-Marseille (Aix-Marseille Université), « ce qui revient le plus souvent quand on parle de sobriété numérique, c’est la question des usages. Qu’est-ce qu’on veut faire du numérique ? ». Sylvain Baudouin, ingénieur centralien et diplômé d’IAE qui travaille dans la Big Data et le management de projets IT, ajoute « quelqu’un qui est sobre, c’est quelqu’un qui ne boit pas. La sobriété doit donc pousser vers un usage de plus en plus réduit du numérique ».

Ce concept est important à comprendre car nous sommes actuellement dans une phase de croissance exponentielle du numérique (6 à 7% par an). A intervalle régulier, nous doublons la production numérique qui émet aujourd’hui, à l’échelle mondiale, à peu près autant de CO2 que les avions et qui pourrait atteindre en seulement quelques années le niveau des voitures.

En étudiant nos usages numériques, The Shift Project en conclut qu’il faut que nous en retrouvions la maîtrise. « Nos usages numériques se construisent aujourd’hui autour d’automatismes, de designs de captation de l’attention et de modèles économiques rendant profitable la consommation continue de contenus rendus omniprésents ». Les technologies ont dépassé le statut de simples outils. Elles font désormais partie de nos quotidiens dans toutes les sphères : professionnelle, académique, familiale, publique… 

Pour le think-tank, la solution se construira à l’échelle collective. En effet, « notre hyperconsommation numérique telle qu’elle existe aujourd’hui résulte de mécanismes psycho-sociétaux identifiés ». Piloter nos usages numériques relève donc de la politique publique. 

Une prise de conscience individuelle soutenue par les collectifs

Cependant, ce passage à l’échelle passe d’abord par une prise de conscience individuelle. Une étape qui consiste à comprendre comment se traduisent nos usages et leurs effets. Elle permet d’alimenter le débat collectif, qui servira à mettre en place des actions à plus grande échelle.

Selon l’usage que nous voulons faire du numérique, nous pouvons mettre en place des actions à différents niveaux. Par exemple, pour réguler la consommation des entreprises, les collectivités ont un rôle à jouer. Aussi, pour Sylvain, la loi devra-t-elle certainement s’emparer de ce sujet en imposant des actions en faveur de la sobriété numérique. Mais il souligne qu’il s’agit avant tout d’un processus d’acculturation qui s’applique à tous les environnements. En effet, « ce que nous faisons au sein de l’entreprise, nous l’appliquons à la maison et vice-versa ». Pour Bruno, passer par la loi est souvent vécu comme une privation de certaines libertés. Par conséquent, afin d’éviter les frustrations, il faut réfléchir en amont au développement des technologies numériques, au lieu de créer des besoins qui n’ont pas encore été exprimés

Mais comment différencier le besoin de l’envie ? Et Bruno de répondre : « Les entreprises ont par exemple su inculquer à leurs collaborateurs qu’imprimer n’était pas forcément nécessaire. Comment ? En en faisant une contrainte. Certains services ont déplacé les imprimantes en les éloignant des bureaux ». Il en est de même pour les usages numériques. Elles peuvent normaliser certains comportements comme limiter les envois de grosses pièces jointes ou les emails inutiles du type “ok merci”. Cette acculturation peut aussi par une simple question : « si nous enlevons un élément numérique présent dans votre environnement, survivrez-vous ? » Souvent, la réponse est oui, comme c’est le cas pour YouTube.

D’autre part, la mise en avant du côté législatif ou des inégalités croissantes liées à l’inclusion numérique sont souvent des arguments de poids pour promouvoir la sobriété au sein des entreprises. 

Enfin, la question de la résilience est intéressante à poser, souligne Sylvain. « Suis-je vraiment résilient quand je mets en place de nouveaux outils numériques ? Par exemple, s’ils tombent en panne, les problèmes auxquels je dois faire face ne sont-ils pas plus importants que si je n’avais pas développé ces outils ? ». Et de conclure « quand on design un nouveau processus ou un outil, il faut challenger le papier. Dans le service public, on sait que la dématérialisation n’est pas inclusive et a créé d’autres sources de problèmes ». 

Comment déployer concrètement la sobriété numérique ?

Réfléchir avant d’agir, voilà une expression tout à fait adaptée aux propos de Sylvain Baudouin et Bruno Foucras concernant la sobriété numérique. « Se tourner vers le numérique ne doit plus être notre premier réflexe » explique Bruno. Le questionnement doit précéder toute prise de décision. A-t-on réellement besoin de tracker les camions de livraison ? Pas toujours, mais nous le faisons parce que nous le pouvons. « C’est ce qu’on appelle l’effet rebond » précise Sylvain. La technologie est plus accessible, donc nous l’utilisons plutôt que de baisser notre empreinte à usage constant. 

Attention, l’évolution technologique peut être extrêmement positive et nécessaire, mais est-on toujours obligé de sortir l’artillerie lourde ? Est-on vraiment en train d’adopter un nouvel usage numérique parce qu’on en a besoin et qu’il est utile aux citoyens ou à l’humanité ? Ou est-ce qu’on veut juste être plus « smart » ? Un des « buzzwords » dont il faut d’ailleurs se méfier, selon Bruno. Ce n’est pas parce qu’une technologie est « verte » ou « smart » qu’il faut l’adopter à tout prix. 

Nous conclurons cet article par les conseils de Bruno, qui nous fait part de ses pratiques en tant que professeur pour appliquer concrètement la sobriété numérique dans son quotidien professionnel  :  

  • Aller en réunion sans téléphone, ni ordinateur portable. Inutile de faire fonctionner nos appareils quand nous n’en avons pas besoin. 
  • Imprimer uniquement quand c’est nécessaire 
  • Utiliser une plateforme numérique collaborative pour éviter les pièces jointes  
  • Produire des vidéos d’une définition maximum de 720p 
  • Diversifier les supports d’apprentissage en utilisant l’audio et pas seulement la vidéo
  • Privilégier la qualité de ses équipements : préférer un ordinateur un peu plus cher mais de meilleure qualité, qu’on gardera 6 ans au lieu de 3 
  • Malgré une forte pression sociale, essayer de lutter contre la réponse immédiate.  Par exemple, ne pas répondre aux mails en moins de 24h. Plus on prend le temps de répondre, moins on a besoin d’écrire.

Comme Sylvain nous le dit si bien, « réfléchir, c’est prendre du temps. Il va falloir accepter de ralentir pour mieux rebondir et revenir à des durées de traitement de projets plus raisonnables ». 

Antoine Amiel, fondateur Learn Assembly et coordonnateur thématique EPALE transitions écologique et digitale

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