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Que diriez-vous d'une danse à contretemps ?

La danse à l'heure de la numérisation : cet article fait un saut dans l'avenir de la danse et de la pédagogie de la danse.

[Traduction anglais - français : EPALE France].

 

Publié initialement sur tanzschreiber.de, le 17.12.2020.

tanzschreiber est un module de « Attention Dance II », un projet du Tanzbüro Berlin, soutenu par l'association de danse contemporaine Berlin E.v. Le projet bénéficie d'un financement du Fonds européen de développement régional (FEDER) et de l'administration du Sénat pour la culture et l'Europe pour la période 2018-2021.


Nous voici au milieu de la deuxième vague du coronavirus, et alors que l'année et ma contribution en tant que tanzschreiber touchent à leur fin, je voudrais faire quelques réflexions sur la danse/les arts du spectacle à l'heure de la numérisation forcée. Plus nous restons assis chez nous dans un certain état de confinement, plus l'influence sera durable. Si nous regardons le côté positif, il est vrai que cette période a été synonyme d'ouverture sur le monde et a permis de mettre en relation des personnes géographiquement éloignées tout en invitant à repenser les approches de la danse. Mais d'un autre côté, nous avons pour la plupart soif de contact et de stabilité (économique et professionnelle). Je voudrais à présent examiner de plus près trois éléments liés à la production de la danse - la création, l'esthétique et la réalisation - afin de donner une idée de l'avenir de la danse et de l'enseignement de la danse.

 Tönzerinnen

Bildnachweis: Pixabay / Evgen Rom

Commençons par la création : il s'agit du premier aspect de la production de la danse qui a changé radicalement. Des conditions de travail (comment organiser les répétitions/les cours en ligne) aux sources d'inspiration (en regardant les œuvres d'artistes qui étaient déjà actifs dans le domaine du numérique ou qui ont réussi la transition plus facilement), les artistes, les directeurs de répétition, les résidences et les programmateurs ont tous dû faire preuve d'imagination pour essayer de maintenir une certaine continuité dans leur environnement de travail. Les grands théâtres disposant de plus de ressources ont pu expérimenter des dispositifs coûteux. C'est par exemple ce qu'a fait l'Opéra national de Finlande avec l'expérience de RV menée par les pionniers de la RV Varjo et Zoan, qui leur permettait de changer de scénographie en un clic, ou encore la compagnie de Gilles Jobin avec son système de suivi du mouvement qui permet de collaborer en temps réel grâce à un équipement spécial. Mais qu'en est-il des petites compagnies et des artistes indépendants ? Cela ouvre bien sûr un débat lié à la politique des ressources (« qui a accès à quoi ? ») que la plupart des fonds actuels tentent de combler comme, par exemple, le pitching numérique du programme Tanzland. Ce sujet peut être délicat, mais ne pas tenir compte des flux financiers reviendrait à fermer les yeux sur la réalité. Des solutions « low tech » ont bien sûr été trouvées, comme des pistes audio pour des parcours ou des exercices particuliers. L'objectif reste de créer des expériences immersives pour le public.

Ensuite, deuxième élément : l'esthétique. Autrement dit, le type d'esthétique qui émane de ce moment/système contraint. La période que nous traversons va forcément produire une réponse esthétique déterminée, nous sommes tous d'accord sur ce point. Ce n'est qu'une question de temps et il s'agit de savoir comment l'ensemble du système institutionnel va évoluer pour y répondre. Prenons un exemple très simple : aujourd'hui, il est primordial de maintenir une distance entre les danseurs et le public. Cela cessera-t-il un jour d'être un outil en soi, pour devenir un véritable choix chorégraphique, non dicté par les circonstances ? Alors que la ciné-danse est déjà depuis longtemps sur le devant de la scène, d'autres approches sont actuellement explorées. L'esthétique et les choix esthétiques sont également liés à l'outil utilisé, et donc d'une certaine manière, au sens que cette technologie met en avant. Si l'on considère que chaque technologie est destinée à élargir le champ des possibles d'un sens en particulier, le média avec lequel nous choisissons de travailler va déterminer le résultat. Quel sens voulons-nous stimuler : la vue ou l'ouïe, l'aspect kinesthésique ou l'haptique ? Pourtant, tous les autres sens sont également mobilisés et influencés d'une manière ou d'une autre, mais je ne suis pas sûr que les artistes y aient encore pensé. Par exemple, la société Punchdrunk, célèbre pour ses œuvres immersives, a imaginé dans The Third Day un format où la performance est enregistrée en direct par une caméra depuis une île britannique isolée. Avec ce live-stream, va-t-on avoir l'impression de suivre les pas de Jude Law, la tête d'affiche du projet, ou s'agit-il seulement d'un gadget ? On peut également se demander quel degré d'interactivité on souhaite avoir avec le public. Les premières expériences mettaient peut-être plus de distance et étaient réservées à la ciné-danse, mais depuis, les artistes ont trouvé des alternatives intéressantes pour sortir du schéma de l'observateur « passif ». C'est un autre type de perception, d'empathie kinesthésique qui est stimulé et j'y vois là un immense champ des possibles, à condition que nous arrivions à revenir à certaines formes d'avant la pandémie (au théâtre). Passons maintenant aux réflexions sur la réalisation de ces travaux.

À propos de la réalisation, à savoir comment et où vivons-nous la danse : sera-t-elle uniquement sur notre écran d’ordinateur, utiliserons-nous nos téléphones avec un AR code, ou serons-nous autorisés à visiter des installations ? Je salue l'initiative des grandes institutions qui, en diffusant du contenu en ligne, ont su retenir l'attention sur la danse et sur ce qui se passait/se passe sur scène, mais ne risquons-nous pas de nous perdre dans nos écrans et les méandres d'Internet ? Dans un futur proche, espérons-le, il y aura des festivals aux formats hybrides : des performances live, hybrides et entièrement numériques. Ensuite, il y a le problème de l'archivage involontaire des formes éphémères, comme la représentation de Lina Gómez qui s'est produite dans le cadre d'une résidence à radialsystem en période de confinement et sur laquelle j'ai écrit il y a quelque temps. On peut penser que cela changera peut-être l'attitude réticente des chorégraphes à l'égard de l'archivage. Autre problème : comment trouver un mode de revenu viable ? Tout ne peut pas être gratuit. Pourtant, l'effort demandé aux artistes pour mettre en place une sorte de boutique en ligne peut être trop important pour beaucoup. Beaucoup ont opté pour cette profession parce qu'ils voulaient rester dans le domaine du concret, celui du corps et de sa force, de l'effort physique et de la sueur. Comment traduire cela dans le numérique ? Est-ce cela peut et doit être traduit ?

Ce qui m'amène au dernier aspect, celui de l'éducation : comment équiper les jeunes danseurs de demain ? D'une part, il arrive souvent que la première expérience des élèves en matière de danse n'ait pas lieu dans le cadre d'un spectacle sur scène, mais via YouTube ou d'autres réseaux sociaux. La façon de travailler a également changé radicalement depuis quelques années avec des dispositifs d'enregistrement faciles à utiliser qui permettent de vérifier ce qui a été fait pendant les répétitions. La jeune génération est déjà bien plus au fait de la technologie que je ne le suis. Faut-il introduire un module sur l'approche numérique de la danse ? Si l'on regarde les travaux réalisés par les étudiants de la HZT de Berlin, on constate que la plupart ont opté pour un rendu vidéo. Les centres de formation de danse devraient-ils familiariser les étudiants aux technologies numériques pour les préparer à leur future carrière dans la danse ? On peut notamment penser au logiciel Isadora qui permet de créer des performances numériques interactives et qui est utilisé par de nombreux jeunes artistes à Berlin (et dans le monde entier, les bases de ce logiciel étant enseignées dans plusieurs universités). Et si oui, quelle technologie parmi les différentes options ? Écran vert, capture d'images animées, RV, RA, ciné-danse, etc. ?  

La danse et les arts du spectacle vont poursuivre leur quête de créativité en intégrant les enseignements tirés de la pandémie. Les évolutions seront visibles à tous les niveaux de la production de la danse : du début de l'aventure créative, à sa forme et à son résultat, en passant par la manière de préparer les danseurs au monde de demain. Écrire sur la danse pendant cette période n'a pas été une mince affaire, mais j'ai trouvé cette expérience enrichissante. J'ai vu surgir un esprit d'engagement pour la survie du groupe. J'espère que cela va durer. D'une part, parce que ce n'est pas encore fini, d'autre part, parce que beaucoup de choses dans la danse doivent être améliorées et que ce n'est qu'en étant unis que l'on pourra y parvenir.

 

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