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La tradition de l'éducation des adultes en Europe : Irlande

29/11/2019
av Aizhana Khasanova
Språk: FR
Document available also in: EN HU EL

/fr/file/irelandIreland

Ireland

[Traduction Anglais-Français : EPALE France]

 

2019 est une année importante pour plusieurs membres de l'Association européenne pour l'éducation des adultes (EAEA) qui célèbrent des dates importantes de leur histoire : le Danemark fête le 175e anniversaire de la création de sa première université populaire, la fondation d'AONTAS, notre membre irlandais, célèbre son demi-siècle d’existence, et les universités populaires d'Allemagne leur 100e anniversaire. Pour marquer le coup, l'EAEA a souhaité se pencher sur l'histoire de l'éducation non formelle des adultes au Danemark, en Irlande et en Allemagne, et nous expliquer le rôle qu'elle joue dans ces pays. À l’occasion d’entretiens, des experts de ces trois pays nous ont partagé leurs connaissances et leurs opinions sur l'état de l'apprentissage non formel.

Consultez l'interview sur les traditions de l'éducation des adultes en Allemagne

Consultez l'interview sur les traditions de l'éducation des adultes au Danemark

 

Aizhana Khasanova, stagiaire de l’EAEA, a interrogé Niamh O'Reilly, une experte irlandaise, sur la tradition de l'éducation des adultes en Irlande.

 

Quelle est l'histoire et la philosophie de l'éducation non formelle des adultes en Irlande ?

Niamh : Quand on parle d'éducation non formelle des adultes en Irlande, ce qu’on entend surtout par-là, c'est l'éducation communautaire. Elle s'est vraiment développée au cours des années 80 jusqu'au mouvement des femmes, à l'époque où la misère et la marginalisation sévissaient. Il s’agissait d’une réponse de base à l'injustice sociale, émanant principalement des femmes, lui donnant ainsi une dimension de genre. Bien entendu, d'autres groupes y ont participé, notamment les associations religieuses et les associations de travailleurs, ainsi que les associations formelles d'enseignement professionnel. C'était tout à fait dans la lignée de la philosophie et de la vision freirienne, car il était vraiment question d'action sociale dans le domaine de l'éducation des adultes. Il s'agissait de développer une éducation fondée sur l'esprit critique, de créer des communautés d'apprentissage au niveau local qui correspondaient aux besoins des gens et reflétaient leur propre culture. L'éducation communautaire n'était pas élitiste, contrairement à l'éducation formelle des adultes qui s'adressait davantage à la classe moyenne. Elle a donc toujours eu cet élément radical. Et si l’on regarde comment elle s'est développée au fil des ans, on peut voir qu’elle n’a jamais quitté le cadre stratégique, ce qui a été à la fois bénéfique et stimulant.

Dans un livre blanc sur l'éducation publié il y a près de 20 ans, il y avait un chapitre consacré à l'éducation communautaire, qui l'articulait autour de deux dimensions : le modèle compensatoire et ce modèle freirien, plus radical. Certains centres d'éducation communautaire offrent donc soit l’un, soit l’autre, ou les deux, et certains vont même jusqu'à délivrer un diplôme. Mais ils répondent tous aux besoins de la communauté.

 

Quels sont les avantages du modèle plus radical, sans crédits ?

Niamh : Tout l'intérêt de l'éducation, en particulier du point de vue freirien, c’est que les gens sont les agents de leur développement. Le modèle porte sur une éducation qui permet de véritablement comprendre les défis auxquels les communautés sont confrontées, les inégalités et leurs racines. L'approche freirienne propose une méthodologie fondée sur le dialogue et la contextualisation, donnant aux gens les outils nécessaires pour comprendre les inégalités structurelles. Puis vient ensuite la pratique, qui est la réflexion de l’apprentissage pour agir. L'éducation communautaire est sans doute le seul pan du système éducatif où tout le monde agit en tant que défenseur. Et cela offre une grande marge de liberté car vous êtes en dehors du système formel.

L'éducation communautaire, c'est aussi renforcer la confiance en soi. Quand une personne vient au centre d'éducation communautaire, on peut parler de manque de confiance, de craintes et de mauvaises expériences passées, du fait de ne pas être respecté, etc., toutes ces difficultés individuelles qui, de toute façon, proviennent des inégalités structurelles. Ce modèle dit : « Tu n'es pas stupide, on ne t'a tout simplement pas donné l'opportunité de bénéficier du type d'éducation qui te convient le mieux », et c'est là que les gens s'épanouissent vraiment. L'approche freirienne prône une éducation sans leçon de morale. Il s'agit de questionner, de discuter et de transposer les expériences d'une personne dans le processus d'apprentissage pour que les connaissances qui en découlent soient en quelque sorte cocréées. Les relations entre les tuteurs et les apprenants sont fondées sur la solidarité, ce qui n’est pas le cas de l'éducation formelle.

 

Quelle est l'histoire et l'idéologie d'AONTAS ?

Niamh : AONTAS a été fondée en 1969, mais elle a véritablement démarré en 1968. Elle été créée par un prêtre, le père Liam Carey, qui se consacrait déjà à l'éducation des adultes et s'était rendu à l'étranger pour observer les pratiques dans d'autres pays. Lorsqu'il est allé à l'Université Columbia à New York, il a observé ce qui s'y passait et il a eu l'idée de rentrer et de créer un réseau, une association qui réunirait des acteurs de l'éducation des adultes en Irlande. C'est ainsi qu'avec des collègues de l'Université de Cork, irlandais et étrangers, ainsi que le soutien de l'UNESCO, l'AONTAS a été créée sous les auspices du ministère de l'Education de l'époque. L’organisation a donc toujours eu une relation très étroite, et fructueuse, avec le ministère. La mission d’AONTAS n'est pas de proposer des cours, mais de faire progresser l'éducation des adultes en Irlande, de défendre, de promouvoir et d'établir des liens internationaux. L’engagement fait depuis toujours partie de l’ADN d’AONTAS, qui a été impliquée dans l'EAEA depuis le tout début et avec qui elle a toujours entretenu ce lien extérieur, puisant dans son expérience et celle d'autres collègues. Aujourd'hui, nos membres sont des organisations formelles et non formelles, des universités, des fournisseurs individuels. Nous couvrons donc tout le domaine de l'apprentissage tout au long de la vie, ce qui me semble également intéressant.

Le rôle d’AONTAS est de rassembler tous les acteurs du secteur, qui ont tous un objectif commun : une éducation de qualité pour les adultes. C’est dans ce but qu’AONTAS unit toutes les voix de tous les secteurs de l'éducation. Nous nous concentrons actuellement sur trois domaines prioritaires : la voix des apprenants, l'éducation au développement durable, et le rôle que l'éducation des adultes peut jouer dans la lutte contre des problèmes comme le changement climatique.

 

Comment allez-vous célébrer votre anniversaire ?

Niamh : Nous avons tellement à cœur de reconnaître les inégalités en matière d'éducation que cette année, il ne s'agit pas tant de célébrer, mais plutôt de faire le point sur le chemin parcouru. Nous mettons à l'honneur les apprenants et leurs accomplissements ainsi que nos membres, mais je pense que notre travail est trop sérieux pour prendre le temps de nous en féliciter. Le taux de participation à l'apprentissage tout au long de la vie est de 12,5 % en Irlande, mais si l'on décompose ce chiffre, on se rend compte que les personnes qui ont quitté l'école prématurément ne participent encore qu'à 2,5 %. Je ne pense pas que nous puissions vraiment nous féliciter d’avoir accompli de grandes choses. Notre anniversaire sera l'occasion de reconnaître toutes les contributions de nos membres au fil des ans et d'examiner comment nous pouvons, tous ensemble, recréer la vision de l'apprentissage tout au long de la vie pour qu’elle réponde aux besoins des apprenants et aux défis de la société.

Notre sommet sur l'apprentissage tout au long de la vie aura lieu le 11 novembre. Encore une fois, il s'agit d'être tournés vers l’avenir, de bâtir sur ce que nous avons fait. Nous avons tenu une assemblée générale annuelle au cours de laquelle nous avons fait pu faire le bilan de ce que nous avons accompli, et mené ce travail de réflexion. J’imagine que d’une certaine manière, nous avons célébré notre réussite. Si nous avions une leçon à tirer dans le domaine de l'éducation des adultes, c'est que rien ne doit être tenu pour acquis.


 

/fr/file/niamh-oreillyNiamh O'Reilly

Niamh O'Reilly
Niamh O'Reilly travaille dans le domaine de l'éducation des adultes depuis plus de 20 ans. De formation scientifique, elle commence en tant qu'éducatrice en alphabétisation. Témoin des injustices en matière d’éducation, elle décide alors de contribuer à son développement en Irlande à une plus grande échelle, en s'attaquant notamment aux problèmes politiques. Tout au long de sa carrière, Niamh a travaillé pour SOLAS, l'autorité irlandaise chargée de l'éducation et de la formation continues. Titulaire d'un doctorat en éducation des adultes et en éducation communautaire, elle a gravi les échelons d'AONTAS où elle occupe actuellement le poste de directrice générale.
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  • Bild för Anastasija Kravcenoka
    Galvenais, lai iegūtas zināšanas studenti var uzreiz pielietot praksē. Tad arī programma strādās.