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Inclusion et médiation numériques: oui mais à quelles conditions ?

11/06/2020
door mathieu muselet
Taal: FR
Document available also in: EN

Le confinement a donné un coup d’accélérateur aux modalités pratiques des acteurs de la médiation numérique en confortant ce qui n’était encore que des intuitions contestées. Parmi celles-ci, 3 nous paraissent significatives : les solutions au plus proche des habitants, la reconnaissance large des compétences et ressources, et les conditions de massification des usages.

 

 

  1. Le paradoxe de la mondialisation du virus et de l'hyper localisation de l’exclusion numérique

Nous avons produit des observations à l’échelle de la Région centre val de Loire au sein d’un consortium qui mène depuis 1 an un travail de repérage des pratiques de médiation à l’échelle des 23 bassins de vie sur 6 départements. Composé de la Ligue de l’enseignement, CRIJ, Mouvement associatif, GIP Récia et Région CVL, 500 acteurs de la médiation ont pu s’exprimer, du bénévole à l’élu local, de l’animateur d’EPN aux agents de service public… C’est une lapalissade de dire que le terme d’exclusion numérique souffrait jusqu’alors d’une sorte de condescendance dans le langage technocrate puisqu’elle qualifiait les éternels exclus, pauvres, hyper urbains, hyper ruraux, hyper invisibles. Des catégories qui à force de les citer, en oublient d’être décrites et prises en charge. Pour exemple, la priorisation des chantiers de l’installation de la Fibre en France ou des accès satellite, n’ont jamais été priorisée vers ces populations, préférant connecter les centres économiques. Le confinement a soulevé l’évidence : le non accès au numérique précipite les populations dans l’exclusion.  Le sujet est devenu central dans les débats et les collectivités au premier chef n’ont eu de cesse que de mobiliser fonds et logistique pour aider les publics touchés. Pour autant, nos enfants, sénior, artisans, associations, maires, à + de 30km d’une métropole n’ont pas eu accès de façon normale à l’ensemble des services publics d’éducation, de formation, d’emploi. 

 Rappelons que les grands schémas qui ont planifié l’installation de la fibre sont bien engagés mais de nombreux problèmes se posent compte tenu du fait que la fibre ne peut être rompue lorsque les câbles s’installent. Que faire du poteau branlant sur lequel pousse un lierre prêt d’un mur que même le cousin du grand père du tonton du notaire du coin a égaré l’avis de propriété ? Rions sans rire. Je suis certain que vous voyez parfaitement de quoi nous parlons. Et bien, pensez à cet article lors de votre prochaine balade à la campagne. L’objectif 2022 du 100% fibré selon moi ne pourra pas être tenu même si des solutions dites « mix » voit le jour. La prévision de 20% de ménages disposant d’un débit faible se dessine. Si ce délai de 2 ans intègre une résurgence du Covid et de la crise économique qui se dessine, alors la grande précarité disparaitrait des radars complètement. 

Pourquoi ne pas militer pour une intervention massive de l’Europe afin de réorienter un plan d’urgence d’aide aux zones blanches pour 2 ans ?  (en attendant l’arrivée des solutions évoquées) Avec des solutions adaptées cogérées par les associations et appuyées par un solide fonds de dotation libre de contributions : Conseils départementaux, CNAF, pôle emploi, privés, publics. La Caisse des dépôts qui souhaite toujours intervenir sur des investissements lourds (qui excluent par nature les associations de proximité). L’important est de construire une force d’intervention agile et non une usine à gaz dont le montage prendra 6 mois puisque chaque institution serait immobilisée dans son positionnement. 

  1. la montée en compétence des individus et la reconnaissance 

Nous avons proposé, travers les open badges, que soient reconnues les compétences, communautés d’acteurs solidaires … qui ont produit du lien social et de la force économique par le futur. Organiser son espace personnel, organiser la famille en confinement, s’autoformer, résister, exercer une vigilance sur l’actualité, vivre dans l’attente et construire un projet, s’alimenter autrement, prendre conscience de l’adaptation du corps, … sont autant de savoir-faire d’action qui ne peuvent rester sans reconnaissance et tentative de les rendre actionnable pour l’emploi, la formation, la vie sociale. Ce sont toutes les recherches et propositions que nous menons actuellement au sein de l’association RECONNAITRE fondée en février 2018. Avec le projet « Badgeons le centre Val de Loire » (badgeonslecvll.fr), financé sur fonds FEDER, nous souhaitons modéliser ce dispositif de reconnaissance dans chaque région pour, là encore, faire de l’inclusion numérique, non pas un artéfact mais une réalité d’action. Le service public de la reconnaissance est notre vision.

 

  1. les pratiques ou plutôt la conditionnalité d’accès aux pratiques

Notre propos porte un regard critique de l’adaptation des usagers à tous les offres que le marché a su produire dès le début du COVID : visio gratuites, cloud étendu, forfait Smartphone élargi… S’il faut saluer les efforts vertueux mais temporaires de quelques G.O (géants opérateurs !), il faut reconstruire la suite. Pour nous, il faut que l’Union européenne puisse accompagner très fortement l’installation de solutions libres et gratuites pour tous les habitants. Rappelons que des  solutions ergonomiques, (comme les « chatons » de Framasoft : sorte de suite google libre , fonctionnel et localisé en France). Pourquoi ? Car ces dernières années ont laissé place à l’émergence de milliers de Start up qui ne répondent que partiellement à la demande sociale puisque la commande publique est morcelée dans notre organisation de l’Etat décentralisé. 

Si l’on veut accompagner les pratiques : savoir-faire une téléconsultation, aider son enfant sur un ENT, accéder à son droit, parler avec ses proches, archiver ses données, se protéger des intrusions numériques ...; il faut mettre en face des outils vertueux sur le plan des libertés individuelles et solidaires en proximité. 

Une piste, suite au travail d’un an de repérage des lieux de médiation numérique en région Centre Val-deLoire les acteurs et le consortium on fait émergé un besoin nouveau : l’accompagnement inclusif aux usages du quotidien. Beaucoup d’espaces de médiation numérique sont en capacité de le faire, se trouve légitimés par le public lui-même car en hyper proximité. Mais nous butons sur le modèle économique pour partie. La région CVL poursuit un effort considérable d’un acte de formation grand public intitulé VISA Numériques mais il est forcément au marché public de formation et exclut par nature les petites associations qui n’on ni le souhait, ni l’ingénierie pour répondre à ce type de marché.  Nous souhaitons tester le Pass numérique, sorte de chèque numérique à l’image d’un chèque culturel qui permet à des publics de fréquenter des espaces de médiation numérique avec des chèques pris en charge par des institutions. Complémentaire de l’offre de formation VISA ce serait un moyen que les territoires adaptent leurs solutions à leurs habitants.

Conclusion provisoire : des start-up oui mais au service de tous ! Les start-up sont là pour créer et nous aider à innover, la politique publique pour rendre leurs solutions accessibles, c’est ce maillon qui manque aujourd’hui à l’inclusion numérique de masse).  C’est un cri vain que d’exiger l’inclusion numérique si l’Europe, l’Etat et les collectivités ne ré-équilibrent leurs efforts pour l’accès à tous au numérique pas de façon urgente, reflêchée quant aux moyens, confiante dans les territoires pour s’organiser sans tutelle excessive.

 

Mathieu Muselet entreprend depuis 1992 des projets qui allient l’ingénierie d’accompagnement et la médiation numérique en vue d’incarner concrètement l’idéal d’émancipation individuelle et collective dont l’éducation populaire est la source. Son parcours est jalonné de créations de projets éducatifs et culturels avec des jeunes et des publics fragilisés socialement, d’expériences personnelles en France et à l’étranger notamment au Cameroun. Il expérimente et déploie les Open Badges qui pour la Ligue de l’enseignement deviennent progressivement une évidence pour engager une société de la Reconnaissance qui sera plus attentive à rendre visible les valeurs, expériences et savoirs de chacun.es. Créateur du tiers-lieu « la Grange Numérique », il anime le réseau Badgeons le Centre Val de Loire.

 

 

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  • afbeelding van David LOPEZ
    Merci Mathieu, pour cette presentation et analyse. Si nous voulons aller vers une Europe inclusive, effectivement, les actions d'accès et d'éducation au numérique doivent être elles aussi inclusives. Le blog est très "inspirant" et utile.....