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Quels leviers pour l’inclusion numérique ?

10/06/2020
door Hélène Paumier
Taal: FR
Document available also in: EN

 

Quels leviers pour l’inclusion numérique ?

C’est la question posée aux acteurs de la formation par l’équipe EPALE France pendant la période de confinement qui a touché l'Europe et le monde pendant plusieurs semaines. Alors que le tout à distance s’imposait dans tous les dispositifs d’accompagnement et de formation, comment ne pas accentuer les fractures numériques ?

Durant une semaine, un espace « mentimenter » été mis à disposition des acteurs de la formation afin qu’ils puissent librement témoigner de leurs expériences.

L’équipe EPALE et les coordonnateurs thématiques ont pu dégager les points saillants issus des contributions. 

 

Généralités


 

Une consultation sur les évolutions techniques, matérielles, sociales, de situation, en faveur de l’inclusion ? Nous aurions pu penser que tout avait déjà été dit sur les réseaux sociaux, blogs, journaux spécialisés durant ces semaines de confinement, et d’expérimentation numérique pour un grand nombre d’usagers.

Or, les témoignages de la consultation EPALE nous montrent que, ce qui pourrait passer pour des généralités, met en avant des faits, des recommandations et encore quelques questions, pour continuer d’avancer vers une inclusion élargie.

Les associations (AF-MP, EGGS ECHO) nous ont fait part de propositions pour favoriser une plus grande inclusion, telle que des activités ludiques, pouvoir accéder à des clouds privés gratuits, des solutions immersives de réalité virtuelle, soumettre des « e-dispositions ».  Que chacun puisse, selon sa culture, son âge, ses aptitudes, prendre en main des applications inclusives.

Nous relevons également, dans les différents témoignages, que la communication est au cœur de tous les agissements. Les usages numériques montrent la nécessité d’une communication qui être adaptée non seulement aux interlocuteurs, mais surtout au travers des outils utilisés. Si nous pouvons constater un gain en autonomie pour certains, comme en témoigne Solène, issue d’une structure privée, nous pouvons également noter les difficultés que la communication, en distanciel (par l’intermédiaire des outils numériques), représente lorsqu’on ne maîtrise pas les codes sociaux (langagiers et comportementaux en particulier).

Si Jérôme, formateur lui aussi, se positionne radicalement en écrivant que la pédagogie ne peut se faire que dans le face à face, il n’empêche que les outils numériques auront permis de maintenir un lien (pédagogique ou non) très précieux dans bien des situations.

L’appropriation des outils numériques aura pu être difficile par les formateurs eux-mêmes (comme en témoigne Stella, formatrice au CHU de Reims). La multiplication des outils proposés a sans doute favorisé cela. Si les structures professionnelles n’étaient pas déjà engagées dans des pratiques encouragées, accompagnées, aux usages numériques, nous convenons tout à fait qu’il a pu être difficile pour les enseignants et formateurs d’apprendre à utiliser, sur le tas, en un temps record, des outils, et en sortir des supports totalement efficaces en termes pédagogiques. Toutefois, régulièrement, les informateurs indiquent que dès la rentrée prochaine, ou dès le lancement de prochains programmes de formation, des séquences seront proposées en distanciel. A l’instar de Pierre-François Descheerder de l’IUT de Béthune, de nombreux formateurs semblent convaincus de l’intérêt d’utiliser le numérique en complément (et parfois davantage) de leurs contenus en présentiel.

Si les temps de préparation de contenus ont souvent été multipliés, cela peut constituer un investissement pour l’avenir. C’est ce que nous rapporte Christelle, en tant qu’indépendante auprès d’un public du domaine social. Certains types d’apprentissage sont difficilement compatibles avec le distanciel. Mais, même si des perfectionnements sont à apporter, les pratiques en distanciel restent une très bonne perspective pour l’avenir. Pour que l’inclusion soit massive, positive, efficace, il faudra veiller aux conditions dans lesquelles les apprenants se trouvent lorsqu’ils sont en distanciel.

Qu’il s’agisse de formation, de télétravail, il semble que nous ayons passé un cap. Nos pratiques actuelles nous permettent de sortir de la pression du développement des technologies ou d’une conjoncture particulière tel que le contexte du COVID19. Nous avons expérimenté, malgré nous parfois. Toutefois, nous avons tous des résultats d’expérience à réemployer dans des pratiques d’avenir, pour favoriser le développement de la formation et de l’inclusion.

 

Outils, techniques et process

 

Les outils choisis pendant cette période de formation et d'apprentissage à distance dépendent principalement des modalités pédagogiques, des habitudes numériques de la structure et de l’expérience d'usage des formateurs et enseignants. Au-delà des spécificités des structures, les contributions montrent la volonté des formateurs et des organismes de formation d’atteindre au mieux les objectifs pédagogiques et de garder le contact avec les apprenants. Nous avons donc toute une palette d’outils pour atteindre ces différents objectifs pédagogiques, orientés : « contenu de formation », « maintien du lien avec le groupe ou l’apprenant », « accompagnement individualisé » ou « favorisant les échanges intra-groupe ». Certains outils peuvent combiner ou servir à différents objectifs comme apporter des contenus tout en faisant réagir le groupe et repérer les apprenants en difficulté.

Ainsi, on notera la récurrence d'utilisation des logiciels ZOOM et Microsoft teams dans le but de réunir les apprenants et animer une session sous forme de classe virtuelle.

Pour permettre aux apprenants d'accéder à des cours autonomes en fonction de leurs disponibilités, Moodle est l'outil privilégié. Mais cet outil nécessite, le plus souvent, d’avoir été conçu en amont et déjà utilisé par les apprenants. Le plus souvent Moodle fait déjà partie de dispositifs hybrides avec des contenus structurés répondant à une logique pédagogique. Cette mise en œuvre est difficile en situation de crise et d’urgence, mais certains ont pu prendre conscience des approches multimodales.

Conscient de la difficulté pour les apprenants de rester mobiliser, les open badges ont été cités comme une réponse intéressante pour accroître l'engagement et la reconnaissance. Au même titre que l'utilisation des e-portfolio. Il s’agit bien ici de rendre l’apprenant le plus participant possible, et de maintenir son intérêt et engagement dans la formation.

Parmi les contributions apportées par les répondants, une catégorie d'outils numériques se démarque. Elle concerne la formation des formateurs et le partage d'expériences. Si la difficulté d'adaptation des pédagogies au mode distanciel a été soulignée à plusieurs reprises, de nombreuses ressources et outils de partage des connaissances ont été cités comme leviers parmi lesquelles :

Certains professionnels sont allés plus loin, en mettant en place des plateformes de simulations en ligne. Quelques questionnements plus techniques ont été partagés : un hébergeur qui s’est montré défaillant dans une école ou encore le changement de système d’exploitation pour repenser en profondeur l’utilisation du numérique.

Enfin, nombreuses sont les contributions à saluer la réussite de la continuité pédagogique. Cette continuité pédagogique et des apprentissages passent par l’utilisation mixtes d’outils, afin de s’adapter au mieux aux besoins des apprenants. Les participants font ressortir la nécessaire adaptation des outils et techniques et des modalités d’apprentissage pour permettre à chaque apprenant d’avoir sa place. Toutefois quelles que soient la variété des outils et leur adaptation, cela nécessite que les apprenants puissent y accéder notamment techniquement, géographiquement ou économiquement.

Il est intéressant de noter que les contributions montrent que les formateurs, tuteurs et accompagnateurs restent critiques dans l’utilisation des outils et que ceux-ci sont vraiment à adapter à leurs objectifs pédagogiques. Ils mettent aussi en évidence la nécessité de se former à l’utilisation de ces outils.

 

Conditions

Les différentes contributions insistent en premier lieu sur les barrières d’accès à la présence numérique. Les personnes les plus vulnérables ou celles qui ne maîtrisent pas les codes sociaux, les problèmes de lignes ADSL en milieu rural, l’absence de formation, l’absence de moyens pour disposer d’ordinateurs ou d’accès internet, sont autant de problèmes, de limites à accéder à l’outil numérique.

Répondre à ces problèmes, ce sont des conditions essentielles pour ne pas créer d’exclusion numérique.

Les contributions évoquent ensuite les conditions pour un nécessaire accompagnement des publics. Dans certaines situations, devant des blocages possibles, l’utilisation du téléphone ou d’applications grand public seront des outils indispensables pour rassurer des personnes isolées.

Il faut baisser les barrières d’accès à la présence numérique et pallier ainsi les difficultés de publics en « illectronisme ». En effet, le distanciel peut mettre en difficulté ceux qui ne maitrisent pas les codes sociaux et, ainsi, créer l’absence de spontanéité devant les outils.

Des solutions sont possibles. Par exemple il vaut mieux privilégier des webinaires plutôt que des connexions en live. Il faut sans doute explorer l’utilisation de connexions « off line » pour éviter le stress de se confronter en direct aux autres, à travers un outil peu maîtrisé.

Une des autres conditions clés est la formation :

  • Formation des enseignants et des autres formateurs. Même si les outils numériques sont au programme des ESPE depuis 3 ans, la formation continue des enseignants doit être renforcée. Pour les formateurs et les enseignants, il faut des formations simples aux outils numériques (corriger en ligne, récupérer des documents divers, créer des questionnaires…).
  • Formation des apprenants : utiliser des fonctionnalités simples (agenda et carnets de correspondance, par exemple), se former aux outils collaboratifs.

Il faut aussi réfléchir aux méthodes d’apprentissage et à la place de l’interactivité formateurs/formés. Tout d’abord, il faut préparer des temps d’acculturation à la e-formation. Motiver, capter l’attention sont des objectifs à creuser. L’autonomie complète de l’apprenant devant une machine est un leurre. Des outils permettent de raccrocher les personnes qui décrocheraient. Moodle semble un bon outil, dans ce sens.

Il faut aussi réfléchir à la dépendance aux logiciels propriétaires et aux formats, à la protection et au respect de l’intimité numérique. C’est une des conditions de la liberté d’accès.

Pour finir, les questions de reconnaissance et de pédagogie, sont également une des conditions de réussite. Le référentiel DIGCOMP ou C2i2 sont des leviers de certification.  Les formateurs et enseignants doivent aussi créer des situations problèmes pour sortir du modèle des usagers qui « cliquent comme des moutons ». Cela passera par changer les manières d’enseigner. Ce qui se fait en distanciel doit être repensé comme tel. Cette rénovation pédagogique est aussi une des conditions de réussite.

 

Perspectives

 

Les perspectives énoncées dans les différentes contributions sont à mettre au regard de l’analyse que l’on fait de la crise sanitaire, des contraintes et des opportunités générées. Les propositions renvoient à plusieurs registres. Certaines sont opérationnelles validant les possibilités d’une approche plus hybride de la formation introduisant de nouvelles modalités (digitalisation de l’offre, introduction de modules distanciels, de visioconférences, de tchats, de forums, création d’avatars, réduction de la place des claviers par des TV interactives;..) ; d’autres renvoient à une autre manière de concevoir des espaces de communication et plus largement interrogent la posture du formateur et sa capacité à mettre en scène le savoir pour le rendre à la fois accessible et appropriable par tous et partout. Cela suppose d’autres manières d’envisager les processus coopératifs et l’entraide dans la construction du savoir. On y perçoit également un élargissement de la réflexion à des dimensions plus éthiques et relationnelles. On y convoque la philosophie du Care : le souci de l’autre et la bienveillance nécessaire pouvant compenser la possible froideur des outils numériques. On y retrouve également des positions tranchées, polémiques qui risquent de perdurer : entre les enthousiasmes générés par les surprises de la période (développer l’autonomie et l’entraide, construire une pédagogie du face à face différente, continuer à interagir dans une dynamique de solidarité collective...) et le doute, voire le scepticisme radical (la pédagogie numérique est une illusion....). Ces perspectives sont conditionnées par une avancée sur les facilités d’accès et d’utilisation pour tous, ce qui n’est pas encore le cas.

Article rédigé par Roseline LE SQUERE, André CHAUVET, David LOPEZ, Thierry ARDOUIN et Hélène PAUMIER 

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  • afbeelding van Thierry Ardouin
    Pour poursuivre les échanges, j'ai posté dans les ressources,  une video du centre Ceregard sur : "Illettrisme, illectronisme : de quoi parle-t-on ?" . Centre de Ressources Illettrisme du Gard (Ceregard).

    Définir les termes c'est caractériser les situations et aussi chercher  l'inclusion numérique.