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Application moncompteformation : Liberté́ de choisir son avenir professionnel vue par l’utilisateur et impacts sur les acteurs

28/11/2019
door André Chauvet
Taal: FR

Application moncompteformation : Liberté́ de choisir son avenir professionnel vue par l’utilisateur et impacts sur les différents acteurs

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De profondes transformations à venir 

La loi "Pour la liberté́ de choisir son avenir professionnel" a été adoptée le 1er aout 2018. L’intensité des débats (2500 amendements examinés), montre bien les tensions et les enjeux de ce texte. C’est que la loi ouvre des débats multiples, philosophiques, sociologiques tant sur les plans individuels et collectifs qu’au niveau juridique et organisationnel. Le 21 novembre 2019, l’application moncompteformation était présentée à grands renforts d’interventions multiples, et avec une couverture médiatique rarement vue pour un dispositif de formation. Presque 30 millions de salariés et demandeurs d’emplois auront ainsi un accès direct et personnalisé aux offres sur le marché de la formation, afin de gérer leur propre compte. C’est que l’application est un symbole : elle incarne un changement de paradigme et modifie profondément les relations entre utilisateur (la personne qui choisit la formation) et l’ensemble des acteurs qui sont parties prenantes de ce choix. On peut débattre de l’ambiguïté de la notion de liberté de choix, trouver des défauts à l’appli, contester les possibilités réelles d’achat direct…les débats sont multiples et intenses. Néanmoins, au-delà de ces aspects, on perçoit vite que certains principes et mesures auront des conséquences très significatives sur l’ensemble du système d’acteurs. Quoi que l’on en pense, la réduction du rôle des intermédiaires et les possibilités d’utilisation directe du CPF modifient radicalement le rapport entre l’offre et la demande. Et nécessitent d’être anticipés. Jusqu’à lors, les différents intervenants de la chaîne de service (construction des certifications, définition des parcours, modalités de financement et d’accès) se sont plus préoccupés des besoins collectifs que des usages individuels, laissant finalement peu de marge de négociation aux personnes, dépendantes de financements externes définis par des règles faiblement négociables. L’arrivée du CPF est un bouleversement dont on ne mesure pas vraiment encore les conséquences, d’autant que les effets et les usages possibles sont multiples. En tout cas, pour les organismes de formation (prestataires de développement des compétences aujourd’hui), la disruption est en marche. Pourquoi ? Tout d’abord, redonner du pouvoir dans le choix de la formation, c’est basculer d’une logique experte (le parcours est prédéfini et la personne n’a guère le choix) à une logique de négociation/ conciliation, où la personne va chercher à optimiser sa position au regard de ses intentions et priorités. 

Voir le monde du point de vue de l’usager 

Cela suppose pour l’organisme de formation d’être d’abord dans le monde de l’usager et de s’intéresser à ses préoccupations en premier lieu ? La personne a-t-elle vraiment besoin d’une formation ? D’accéder à une qualification ? Comment prendra-t-on en compte ses expériences ? Quelle réduction de parcours et de coût seront possibles ? En somme, ces arbitrages se feront au regard des enjeux de son évolution professionnelle. C’est déjà̀ le cas dans de nombreuses situations mais c’est la centralité́ de cette approche qui va changer la donne. La question devient : quelle est la meilleure stratégie pour chacun. Or, ce ne seront plus les besoins qui seront les seuls critères mais bien les demandes et les usages. Plusieurs critères vont apparaitre très vite centraux : l’utilité́ perçue (est-ce que tout cela est bien nécessaire à mon évolution professionnelle ?) et la personnalisation (sera-t-on capable de me proposer des actions sur mesure, compatibles avec mon expérience, mes priorités et à un coût acceptable ?). Pour les organismes de formation, il s’agit alors de distinguer ce qui relève de la notoriété́ générale (prestige et attractivité́ liés à un réseau et aux certifications qu’il délivre) de ce qui renvoie à l’agilité́ dont il devra faire preuve dans les rencontres avec le client-utilisateur. Tout cela aura des conséquences significatives tant sur l’organisation interne, le modèle économique et l’ingénierie pédagogique.

Car ces éléments s’articulent également avec une transformation des modalités d’apprentissage (impacts du numérique) qui font du multi modalités un avantage concurrentiel significatif pour de nombreux acheteurs de formation. 

Même si chacun peut avoir sa propre analyse, que les débats sont nécessaires, il parait important d’anticiper ces inflexions notables et d’avoir en tête les enjeux sociétaux qui traversent cette question apparemment technique : contribuer à ce que chacun puisse mobiliser ses droits, faire des choix éclairés au regard de ce qui est important pour lui et avoir le sentiment de pouvoir agir sur son propre destin. C’est aussi un enjeu de sentiment d’appartenance et de communauté de destin. Car l’application peut être réduite à une vision purement individualiste des parcours professionnels. On peut aussi la regarder comme une possibilité de contribuer à ce que chacun soit partie plus prenante des décisions qui le concernent. C’est donc aussi un enjeu collectif.

 

 

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