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Pourquoi les FEST sont-elles si peu reconnues ?

08/10/2016
minn Anne-lise Ulmann
Lingwa: FR

Les formations en situation de travail (FEST) peinent à se faire reconnaître parce qu’elles marquent une rupture avec l’histoire de la formation professionnelle continue. Un rapide retour sur l’histoire peut venir éclairer certains aspects de la situation présente.

Le rapport de la formation au travail n’est pas récent mais il est conflictuel et d’une certaine manière, constitutif des tensions passées et actuelles qui régissent les relations entre les employeurs, contraints par la loi jusque très récemment d’organiser et de financer les formations, les syndicats, porte-parole des attentes des salariés et les professionnels de la formation, chargés de la conception et la réalisation des programmes d’apprentissage.

Historiquement, le rapprochement entre le travail et la formation fait l’objet de nombreuses controverses.  Le temps n’est pas si loin où un syndicat comme la CGT, militait pour que la formation ne devienne pas « l’ambulance du social », notamment quand ses fonds étaient principalement consacrés à financer des actions de reconversion liées aux licenciements.

Ce refus des syndicats se fonde sur l’idée que la formation est d’abord une ressource pour le salarié avant d’être un moyen à la solde de l’employeur. Dans ce contexte où les rapports de classe sont très affirmés, la formation doit être protégée des mésusages que pourraient en faire les employeurs. Elle doit être résolument réservée pour le développement personnel des salariés, leur culture, l’évolution de leurs qualifications et se tenir à distance d’usages immédiatement opérationnels nécessaires à son travail. Pour cela, Elle s’organise en un système « séparatiste » (Luttringer 2015) qui met à distance de son travail le salarié qui se forme. La forme la plus courante et aussi la plus simple à organiser est celle du stage, qui constitue une unité de temps et de lieu circonscrites, plus facile à protéger.

Ainsi, quand la distance qui sépare le travail de la formation s’amenuise au point de faire se rejoindre voire se recouvrir ces deux sphères, la crainte d’un détournement d’usage des savoirs au seul profit de l’économique est toujours présente. L’espace intermédiaire destiné à découvrir de nouveaux champs de savoirs qui ne soient pas réduits à l’acquisition de savoir-faire immédiatement utilisables pour le travail est dès lors revendiqué.

Cette tension historique de la formation prend sans doute aujourd’hui des formes plus atténuées ou moins idéologiquement liées aux rapports de classes. Elle perdure néanmoins de diverses manières, creusant un sillon profond entre des conceptions antagonistes divisant les tenants d’une formation soutenant des valeurs issues de l’éducation populaire pour contribuer au développement des personnes et ceux visant l’adaptation des personnes pour répondre plus directement aux impératifs des transformations socioéconomiques. Les FEST, constituent de ce point de vue de véritables menaces qui viennent mettre en danger cette conception séparatiste de la formation. 

Cette conception séparatiste de la formation, qui s’ancrait dans un contexte socioéconomique différent de celui d’aujourd’hui, continue d’influer sur les évolutions actuelles, en empêchant parfois la créativité pédagogique, parfois aussi en véhiculant des conceptions erronées sur l’apprentissage.

Le stage organisé hors de l’entreprise, continue de séduire, non parce qu’il contribue à protéger la formation d’un tournant utilitariste qui de fait a gagné, mais parce qu’il comporte des facilités de gestion.

 Comme unité circonscrite dans le temps et dans l’espace, le stage se compte facilement. Il permet donc de rendre compte simplement des usages faits des fonds mutualisés aux instances de contrôles. Cette simplicité, qui est aussi un gain de temps, a séduit les différents organismes de contrôles, qui ont défini l’action de formation en référence à cette modalité pédagogique. Avec un stage, on peut savoir avec précision le nombre d’heures réalisées, le nombre de stagiaires... Certes, les apports réels de la formation sont plus flous, mais comme les autres critères restent faciles à renseigner, on peut fermer les yeux sur celui-ci...

Le stage séduit aussi parce qu’il est un lieu protégé. Dans l’espace du stage, la parole des stagiaires n’est pas bridée par le rapport de subordination inhérent au contrat de travail. Espace défendu, hors d’atteinte de l’emprise juridique, il offre des garanties pour que les conditions de l’apprentissage soient respectées. Si ces conditions sont importantes, ne pourraient-elles pas aussi être envisagées avec d’autres formats pédagogiques ?

Il nous semble que le stage perdure comme un format dominant pour d’autres raisons...

Si le format pédagogique du stage perdure c’est qu’il se rapproche de la modalité scolaire. Le stage fonctionne à l’identique d’un groupe classe, dont la durée est déterminée à l’avance et les contenus d’apprentissage identifiés. Comme sa forme se réfère à la sphère académique, celle de l’école, le stage contribue à renforcer le clivage entre la théorie d’un côté, là où s’enseignent les savoirs, et la pratique de l’autre, l’espace professionnel de l’entreprise. Cette représentation clivée, erronée dès que l’on regarde même sommairement le travail, contribue à hiérarchiser les relations sociales. Ainsi la conception séparatiste de la formation se prolonge avec une conception de la formation clivant la théorie et la pratique et renforçant le savoir au détriment des savoirs d’action. Cette séparation contribue à maintenir la suprématie du monde académique sur celui des mondes professionnels. Sur le plan de la pédagogie, elle contribue à maintenir l’illusion, dans de nombreuses situations pédagogiques et notamment l’alternance, que la théorie apprise à l’école sera appliquée en situation professionnelle réelle.

Dans ce contexte, les FEST doivent faire leurs preuves sur trois points :

  • Apprendre en situation de travail ne réduit pas la formation à l’opérationnalité immédiate mais bien au contraire, permet de théoriser à partir de l’action. Cette modalité de formation peut alors redonner une place mieux reconnue au travail et à son analyse
  • Les FEST comme tout action de formation suppose de réfléchir en amont de leur réalisation à un programme d’apprentissage et à des objectifs de travail. Elles peuvent donc, comme d’autres formats pédagogiques, faire la preuve que les fonds employés ont servi à la formation
  • Les FEST peuvent contribuer à davantage de créativité pour permettre le développement conjoints des personnes et des organisations

 

 Anne-Lise ULMANN est maitre de conférences au CNAM et experte thématique EPALE. 

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Qed jintwerew 1 - 1 minn 1
  • Jean Vanderspelden's picture

    Merci Anne-Lise pour cet éclairage des FEST.

    Les FEST entrent de directement dans le champ des Formations Multildomales qui s'associent différentes situations d'apprentissage complémentaires. On pense d'abord à l'alternance de formations présentielles et de formations distancielles, mais aussi de l'alternance de formation et d'autoformation accaompagnée, d'alternance de formations formelles et informelles, et aussi de Formations en centre et de Formation En Situations de Travail. Cette diversité sera garant d'une meilleure implication des apprenants, et donc, de leur réussite dans ces formations multilmodales, dite FOAD. Pour résumé, de mon point de vue, les FEST viennent entichir le spectre large des FOAD.