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EPALE - Eiropas Pieaugušo izglītības e-platforma

Emuārs

Et si on parlait d'évaluation?

30/09/2016
Isabelle Houot
Valoda: FR
Document available also in: EN

 

- Quelle(s) définition(s) donner à l'évaluation dans le contexte de la formation ?

L'évaluation, c'est à la fois une anticipation et un regard rétrospectif portés sur nos actes accomplis.

Prenons un exemple: entreprendrions-nous quelque voyage que ce soit si nous n'avions aucun moyen d'apprécier les distances ni aucun moyen de nous représenter le point d'arrivée ? Il a certes fallu que Christophe Colomb dispose d'une caravelle mais aussi qu'il rêve des Indes pour finalement découvrir l'Amérique.

L'évaluation est présente dans toutes les sphères de la  vie sociale, elle correspond au besoin que nous avons de nous faire une idée des choses et sur les choses afin de les admettre dans notre univers propre. C'est à partir de cet "ordre des choses" que nous construisons en permanence, que nous pouvons agir dans le monde.

Cette évaluation des choses s'étend aussi aux êtres et à leurs actions: nous pouvons vivre avec les autres parce que nous sommes en capacité de les appréhender en tant que personnes à la fois semblables et différentes de nous.

Evaluer c'est comparer, rapporter l'inconnu au connu.

Pour entreprendre une action, nous avons besoin d'estimer "les mesures à prendre" ; une fois l'action réalisée, nous jugeons de son degré de sa réussite en fonction de ces mêmes mesures. Nous essayons alors de répondre à cette question : jusqu'où l'action accomplie répond-elle à nos attentes ?

En d'autres termes, évaluer c'est prendre la mesure des choses et attribuer à cette mesure une "cotation" puisée dans une échelle de valeurs.

Dans le contexte de la formation, l'évaluation consiste à juger en quoi et comment les résultats obtenus correspondent aux attendus. C'est la raison pour laquelle il est impossible de dissocier la question de l'évaluation de celle de la formulation des objectifs de formation.

 

- Quels sont les différents temps d'une évaluation dans le cadre de la formation ?

L'évaluation intervient tout au long d'une action de formation

Rapportée à l'action de formation elle-même, elle y est présente dès l'amont : fixer des objectifs de formation, c'est déterminer le terme de l'action pédagogique ainsi que les critères qui permettront de dire si  l'on peut considérer cette dernière réussie ou non.

Rapportée aux apprentissages réalisés durant le temps de la formation,  elle  pour fonction de répondre à la question : qu'est-ce que chaque élève, chaque étudiant, chaque stagiaire, a acquis durant le temps de sa formation ?

A l'issue de la formation, c'est à partir de l'évaluation que l'on pourra décider de reconduire l'action à l'identique ou bien de la modifier.

 

- Quelle importance faut-il donner à l'évaluation ?

L'évaluation est essentielle à l'action de formation comme aux apprentissages parce qu'elle permet de sortir de l'implicite, de dépasser le point de vue spontané que nous avons de nos actes, de nous-même et des autres. Evaluer c'est aussi échanger, s'inscrire dans un collectif.

Lorsque j'apprends, je suis amenée à donner un sens nouveau pour moi à une idée, un concept, un acte … Mais ce sens nouveau ne peut prendre sa valeur que rapporté au "sens commun" admis et validé par la communauté éducative dans laquelle j'évolue.

L'évaluation permet de situer ses apprentissages à son propre regard et  au regard des autres et de leurs attentes. Elle jalonne le parcours d'apprentissage et permet à l'apprenant de s'y repérer. Elle ouvre la porte du dialogue formatif entre le formateur et le formé.

Mais si l'évaluation est indispensable à l'estimation des acquis, elle comporte cependant bien des pièges que le formateur ne doit pas ignorer.

 

- Quelles limites et quels pièges à l'évaluation ?

Le premier piège est sans doute celui de vouloir trop vite ou trop systématiquement coter les acquis résultant d'un apprentissage. Ce piège est souvent alimenté par la croyance en la valeur absolue de nos notations. Apprendre, c'est dépasser ces certitudes, s'ouvrir à une nouvelle compréhension qui quelquefois peut aller bien au-delà du critère d'évaluation.Si l'évaluation est présente tout au long de la formation et en pose les jalons, elle ne doit cependant pas conduire l'apprentissage: l'apprentissage est avant tout une expérience vécue, celle d'un univers nouveau (à découvrir, dans lequel se risquer….) à partir de laquelle l'apprenant va élaborer sa pensée. Lui seul peut vraiment jauger le chemin qu'il a parcouru. La mesure des acquis consiste à comparer la progression constatée d'un élève à une trajectoire fictive prédéterminée par le formateur, c'est important car c'est cette mesure des écarts qui sert de repère à l'un comme pour l'autre pour attribuer une valeur aux progrès accomplis. Cependant cette valeur ne se confond pas avec la mesure; elle est un jugement portée sur l'écart observé en référence à l'attente du formateur et à celle du formé lui-même. L'évaluation est faite de comparaisons et de jugements portés sur le résultat de ces comparaisons. La valeur que nous accordons aux choses et aux actes est toujours relative, il convient de pas l'oublier.

Car là réside certainement le second piège: confondre action réussie et apprentissage : l'élève a réussi son exercice, l'apprenti sa tâche, il n'y a  donc plus à discuter, c'est acquis ! Mais que cache ces expressions: "c'est acquis" ou "non acquis" ou encore "en cours d'acquisition" ?

Que pouvons-nous déduire vraiment de l'exécution conforme d'une consigne donnée si nous ne savons rien de la manière dont l'apprenant s'en est saisi, l'a interprétée et en a usé pour réaliser ce qu'on lui demandait, si nous ignorons tout de ce qu'il a retenu de cette expérience …. On peut "rater" son travail (même celui dit "d'évaluation") et avoir cependant beaucoup appris! L'inverse est également vrai.

Si ce second piège est si fréquent c'est parce qu'il se double d'un troisième, également redoutable et extrêmement présent dans le monde du travail en particulier: celui qui consiste à confondre performance et compétence.

Le risque est en effet grand pour le formateur, largement enjoint à constituer et utiliser des "référentiels de compétences " (très largement utiles pour définir les attendus) dans le cadre de l'évaluation des apprentissages comme des formations, d'en venir à littéralement "prendre pour acquis" les compétences de l'apprenant en oubliant que la compétence n'est finalement que le jugement porté sur une performance constatée. Autrement dit, autant nous pouvons observer et juger que quelqu'un est compétent dans une situation donnée, autant affirmer que quelqu'un a des compétences est sujet à caution. Il faut être performant pour être jugé compétent. Pour être compétent, il faut avoir … des acquis.

-Qu'est-ce qui s'évalue ? Comment évaluer ?

Ce qu'évalue un formateur ce sont précisément ces acquis qui résultent d'un parcours d'apprentissage. Ils permettent à l'élève d'être plus ou moins performant en situation et par conséquent jugé plus ou moins compétent. Ils sont de différentes natures: ce sont les connaissances que l'apprenant s'est appropriées, les aptitudes à agir qui en découlent, les habiletés qu'il a développées dans et par l'activité d'apprentissage .Ce sont bien ces "résultats d'apprentissage" (learning outcomes) qui intéressent le formateur, c'est sur ces derniers que doit porter la focale de l'évaluation.

C'est en cela que ce que j'ai nommé plus haut "le dialogue formatif" s'avère non seulement nécessaire mais essentiel pour conduire une évaluation. Sans ce retour réflexif organisé par le formateur au cœur même du parcours d'apprentissage, sans cette mise en mots de l'expérience d'apprentissage partagée entre le formé et le formateur, les acquis restent dans l'ombre et il n'y a donc pas d'évaluation possible.

A l'échelle d'une action de formation, de la même manière, l'attention est autant  à porter sur la conformité (ou non-conformité) des résultats obtenus aux objectifs fixés que sur les événements qui ont permis ou non de l'atteindre.

En définitive, si l'évaluation permet de prendre la mesure d'un chemin à parcourir ou celle d'un chemin parcouru, elle contribue surtout à en fixer une valeur socialement partagée.

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