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Apprentissage et engagement citoyen

20/11/2015
Nina Geis
Valoda: FR
Document available also in: DE EN

À l’heure actuelle, les gens s’engagent de plus en plus dans des initiatives et des projets citoyens, par exemple des initiatives citoyennes pour la planification urbaine et des transports, dans des projets de jardinage urbain pour une consommation durable ou des initiatives d’accueil des réfugiés. On y débat sur des perspectives différentes du monde et on y cherche des possibilités d’aménagement en commun. Dans le cadre de cet engagement, un savoir thématique (p. ex. pollution atmosphérique, planification des transports, nucléaire, production alimentaire, économie équitable, droit d’asile) est réuni, généré et discuté collectivement. L’engagement devient ainsi un champ d’apprentissage sciemment conçu. Vu de l’extérieur cependant, le savoir produit dans ce cadre est perçu de manière très différente. Les multiples possibilités d’apprentissage restent souvent négligées dans la planification et le quotidien de la formation, tandis que le savoir acquis est considéré avec méfiance. On craint le risque d’apprendre des choses inutiles. C’est pourquoi Finke, dans le cadre du mouvement des sciences citoyennes, appelle à une « réhabilitation du savoir quotidien normal ». [1]

 

La diversité de l’apprentissage dans les initiatives citoyennes

 

Il s’agit donc de porter le regard sur de telles actions d’apprentissage et de les considérer dans leur singularité. Une étude empirique personnelle qui a analysé dans ce contexte des actions d’apprentissage dans les initiatives citoyennes a pu montrer qu’un scepticisme global envers le savoir acquis dans l’engagement (trop simplifié, trop peu de perspectives intégrées, etc.) est sans fondement. [2] C’est ainsi que des thèmes tels que la planification des transports urbains sont débattus à partir de perspectives très différentes : particules fines, bruit, impact sur la santé, diversité des usagers, impact de la planification locale au niveau régional, national ou communautaire, etc… Les membres des initiatives ont recours de manière très diversifiée aux connaissances et aux ressources spécialisées de la formation institutionnalisée (p. ex. les ouvrages scientifiques, la participation à des ateliers, des tables rondes et des conférences). Une différence essentielle de la génération de savoir d’experts et de profanes réside dans « l’espace [différent] de génération et d’application du savoir ». [3] Le savoir généré dans le cadre d’initiatives citoyennes et d’autres initiatives urbaines est étroitement associé au contexte du quotidien respectif et aux objets de problèmes que l’on y rencontre. Les membres des initiatives citoyennes génèrent de façon très autonome et délibérée leurs thèmes d’apprentissage, les lieux et les chemins. Leurs actions d’apprentissage ne se basent pas sur un résultat défini au préalable, mais se déroulent dans un processus dont le résultat est au départ incertain. En organisant des fêtes de parc ou des sorties à vélo, on opte en toute conscience pour des arrangements sans engagement, à bas seuil et moins « formels ». Contrairement aux cadres établis d’enseignement-apprentissage, la pratique de l’acquisition du savoir dans les initiatives citoyennes vise « un large accès au savoir et la participation active de nombreuses personnes à son exploitation ». [4]

 

Quel rôle jouent de telles activités citoyennes pour la formation institutionnalisée des adultes ?

Il convient tout d’abord de percevoir, de reconnaître l’engagement citoyen dans ses différents aspects et de ne pas évaluer d’emblée le savoir acquis dans ce cadre en catégories « bon » et « mauvais ». On peut observer à l’heure actuelle que l’apprentissage coopératif doit s’exercer d’une manière très contrôlée dans de nombreux établissements d’enseignement, par exemple dans le contexte scolaire à travers des règles (p. ex. le respect du temps et des thèmes impartis). On pourra objecter que « lorsqu’on lance des processus dans lesquels tous les détails doivent suivre un plan précis et les résultats sont d’ores et déjà définis, la collaboration ne peut pas fonctionner ». [5] Dans ce contexte, il convient de s’interroger comme actrice/acteur pédagogique sur les hypothèses et les stipulations qui régissent l’action personnelle : est-ce que j’intègre ou non dans le cadre de manifestations le savoir relevant de contextes quotidiens ? Est-ce que j’évalue ce savoir d’emblée selon les catégories « bon » ou « mauvais » ? Dans quelle mesure suis-je disposé(e) à accorder aux apprenants une participation à la préparation et l’organisation de manifestations ? etc. Si l’on prend au sérieux le caractère ouvert, la diversité des perspectives et l’absence de contrainte comme éléments essentiels de l’apprentissage initié par soi-même, il peut être judicieux de comprendre la coopération entre la formation des adultes et les initiatives et projets citoyens comme une offre ouverte qui peut être utilisée de façon plus ou moins intensive en fonction de l’intérêt, de la situation et de la thématique. Cependant, les thèmes et les méthodes d’apprentissage ne se laissent pas a priori définir ou contrôler en bloc.

 

Explorer les coopérations et les rattacher aux pratiques existantes

 

Une coopération entre les initiatives et les établissements de formation n’est pas toujours un phénomène nouveau. C’est ainsi que les initiatives citoyennes utilisent souvent pour leur travail les locaux des établissements de formation. On peut donc se rattacher à ces pratiques. Un exemple : des initiatives se présentent elles-mêmes comme « fournisseurs de formation » en organisant des conférences, des sorties et des ateliers. Parallèlement à l’utilisation d’infrastructures, on pourrait envisager davantage de possibilités de coopération thématique, telles que l’intégration de manifestations au programme de manifestations et leur publicité, l’organisation de manifestations communes, la création de groupes thématiques (p. ex. le développement durable), etc… Aucune limite n’est imposée aux idées dans ce contexte. Il sera judicieux de prendre acte des projets et initiatives sur le terrain, d’entamer un dialogue ouvert avec leurs acteurs et d’explorer des possibilités d’action commune. Je suis intéressée de savoir si et comment vous coopérez avec des initiatives citoyennes, et quelles sont les expériences que vous avez faites dans ce domaine.

 

Jana Trumann a soutenu un doctorat à la chaire Formation des adultes de l’université de Hambourg sur le thème « Apprendre dans le cadre d’initiatives. Un moment conflictuel de la participation et de la formation politiques ». Depuis 2010, elle est collaboratrice scientifique à l’université de Duisburg-Essen à la faculté des Sciences de l’éducation, section Formation des adultes/Formation politique. Son travail porte principalement sur la formation des adultes, la recherche pédagogique dans sa dimension subjective, la participation et la formation politiques, la politique d’éducation. (Source du profil professionnel : Erwachsenenbildung.at)

 

 

[1] Peter Finke (2014) : Citizen Science. Das unterschätzte Wissen der Laien. Munich, p. 62.

[2] Jana Trumann (2013) : Lernen in Bewegung(en). Politische Partizipation und Bildung in Bürgerinitiativen. Bielefeld.

[3] Finke op. cit.

[4] Finke op. cit., pp. 7 et suiv.

[5] Mark Terkessidis (2015) : Kollaboration. Berlin, p. 314.

 

 

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