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Peut-on favoriser l’émergence de projets de création d’entreprise ?

28/09/2015
David BOURNE
Valoda: FR
Document available also in: EN

                                                                                                                                                    

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Peut-on favoriser l'émergence de projets de création d'entreprise ?

« Nacre » : un dispositif bien rodé.

Entré en vigueur en 2009, le dispositif Nacre est un parcours d’accompagnement adapté au porteur de projet de création ou de reprise d’entreprise qui lui permet de bénéficier d’un ensemble de services d’appui technique financé par l’Etat. Ces services sont destinés à aider la personne à travailler et finaliser son projet de façon à favoriser le démarrage et le développement de son activité pendant les trois premières années.

L’accompagnement proposé dans le cadre du dispositif Nacre est assuré par des professionnels conventionnés par l’Etat et la Caisse des dépôts. Trois phases clés en constituent la trame : l’aide au démarrage, l’appui pour le financement du projet et l’appui au développement de l’activité.

La loi Notr du 7 août 2015 vient modifier la donne en matière d’accompagnement à la création ou reprise d’entreprise en confiant  aux exécutifs régionaux une compétence spécifique sur le sujet. Ainsi, l'article L.5141-5 (modifié) du code du travail stipule désormais que, "la région ou la collectivité territoriale régie par l'article 73 de la Constitution participe, par convention, au financement d'actions d'accompagnement et de conseil organisées avant la création ou la reprise d'une entreprise et pendant les trois années suivantes".

Si, sur un plan formel cette disposition n’entrera effectivement en application qu’à compter du 1 er janvier 2017,  les régions sont invitées à participer dès 2016 aux instances de pilotage et de programmation régionales des actions d'accompagnement à la création ou à la reprise d'entreprise.

En juin 2015, le gouvernement a lancé une opération intitulée « Tout pour l’emploi dans les PME-TPE ». A cette occasion, Pôle emploi s’est engagé à doubler le nombre de demandeurs d’emploi accompagnés dans la phase amont de leur projet de création ou de reprise d’entreprise en prévoyant de  porter de 35.000 à 70.000 le nombre de bénéficiaires de cette prestation. Dès lors, se pose la question d’identifier l’ensemble les demandeurs d’emplois qui pourraient bénéficier de cet accompagnement c’est-à-dire non seulement les porteurs de projets déclarés mais également les personnes susceptibles de le devenir.

Comment identifier les potentiels porteurs de projets ?

S’il est assez évident d’identifier parmi les demandeurs d’emploi les porteurs de projets de création d’entreprise déclarés, en revanche, identifier au sein de cette même population des personnes susceptibles de faire émerger un projet de création semble être un exercice plus difficile. Implicitement se pose en effet la question suivante : « Existe-t-il un profil du créateur d’entreprise ? ».

Cunningham et Lischeron[i] (1991) ont tenté, d’une certaine manière,  de répondre à cette question en s’intéressant aux différentes écoles de pensée relatives à « l’entrepreneurship ». Ces deux chercheurs ont ainsi identifié six conceptions théoriques qui considèrent l’entrepreneur selon des perspectives bien différentes. Deux d’entre elles focalisent tout particulièrement leur attention sur les qualités personnelles des entrepreneurs. On retrouve ici, d’une part, l’école qui souligne l’importance des caractéristiques psychologiques (valeurs, attitudes, besoins, etc.)  et, d’autre part, celle dite du « Grand homme ». Cette dernière considère que l’entrepreneur serait doté d’une faculté intuitive innée particulièrement développée qui distinguerait clairement cette figure quasi-mythique du commun des mortels. L’école dite classique, quant à elle, met en exergue la capacité du créateur d’entreprise à identifier les opportunités d’affaires. Deux autres, mettent l’accent sur la gestion (école du leadership) et l’action (école du management). Enfin l’école de l’intrapreneurship s’intéresse à la dimension entrepreneuriale présente dans les organisations existantes.

L’entrepreneur apparaît ainsi à certains comme un individu qui serait doté de caractéristiques psychologiques spécifiques le distinguant de Monsieur tout le monde. Pour d’autres, il serait surtout assimilé à un individu particulièrement orienté vers l’innovation et doté d’un sérieux sens de l’organisation et du management.

Alain Fayolle, Maître de Conférences à l’Université de Grenoble, a mené une recherche particulièrement intéressante sur le sujet[ii]. Elle consistait à analyser les différences de représentation qu’ont du créateur d’entreprise non seulement des enseignants en entrepreneuriat, des  experts et professionnels de la création d’entreprise mais également des entrepreneurs eux-mêmes. La conclusion à laquelle aboutit cette recherche est que « les personnes consultées ont tendance à minimiser les aspects du comportement entrepreneurial liés à des déterminismes  et à des traits « durs » de la personnalité et à maximiser ceux qui sont liés à des compétences et aptitudes managériales qui s’acquièrent et s’apprennent plus facilement ». Cette recherche souligne de manière remarquable l’importance de la dimension constructiviste inhérente à l’entrepreneuriat : « L’entrepreneur est « construit », façonné par de multiples apprentissages avant et pendant l’acte entrepreneurial ».

Approche constructiviste et émergence de projet de création d’entreprise.

L’approche constructiviste, largement développée dans le monde anglo-saxon notament sous l’appellation de “Life designing” (Mark Savickas, Jean Guichard), intègre depuis quelques années, en France, les pratiques d’accompagnement en évolution professionnelle.  Comme le souligne Valérie Cohen-Scali, enseignante au CNAM-INETOP, “Ce paradigme de la construction de soi et l’entretien associé à cette conception de l’orientation ancrent le conseiller dans un rôle de psychologue qui, par une démarche clinique, vise à préparer l’individu, d’une part, à donner du sens à ses expériences quotidiennes et, d’autre part, à se préparer à affronter d’éventuels changements de son environnement”. [iii]

Pour être particulièrement intéressante, l’approche constructiviste souffrait néanmoins, jusqu’à il y a quelques années encore, d’une difficulté majeure: sa mise en oeuvre concrète du fait de l’absence de véritables méthodes susceptibles d’être utilisées par les praticiens et leurs bénéficiaires.

En 2004, deux psychologues du travail, David J. BOURNE (France/Grande-Bretagne) et, par la suite, John O’Connor (Irlande), ont conçu et développé une méthode d’accompagnement inédite s’inscrivant totalement dans la perspective constructiviste et permettant d’aider une personne à revisiter ses expériences et à qualifier celles-ci en durées relatives, intérêts et sentiments d’efficacité personnelle.  La méthode “Talents & Transitions Patchwork®” ainsi conçue, met l’accent sur la production et l’organisation du sens de leur vie, de leurs actions et de leur environnement par les personnes elles-mêmes. Elle permet de développer chez les individus la capacité à décrire leur monde intérieur, à illustrer graphiquement et de façon originale les sentiments et les motivations associés à des expériences et à transcire également le sentiment d’efficacité personnelle éprouvé lors de la réalisation des activités constitutives des expériences en question. La méthode permet au conseiller d’investiguer avec le bénéficiaire l’univers de significations qu’il a construit à partir de ses expériences personnelles, professionnelles et extra-professionnelles. Toutes les composante du “projet” de vie se trouvent au sein même de cet univers représentationnel, y compris le “projet” non encore évoqué qui peut naturellement être un projet de création d’entreprise.

L’exploration narrative qui résulte du travail d’accompagnement mené à l’aide de la méthode “Talents & Transitions Patchwork®”, permet au bénéficiaire d’identifier une “suite possible” à sa propre histoire. Ce nouveau chapître s’avère généralement particulièrement motivant et porteur de sens dans la mesure où il renvoie à des thèmes de vie et des intérêts profonds qui indiquent comment la ou les manière(s) dont le bénéficiaire est susceptible d’intégrer le travail dans ses projets de vie.

David Bourne , psychologue, enseignant et chercheur en psychologie, chargé de mission à la Direction Générale de Pôle emploi (Direction de la Sécurisation des Parcours Professionnels) est spécialiste pour EPALE de la thématique des transitions professionnelles.  Par ailleurs, Responsable Recherche & Développement au sein de la société d'édition britannique OTT Partners, spécialisée dans la formation des praticiens de l'orientation et du conseil en évolution professionnelle.

 


[i] CUNNINGHAM, J.B., LISCHERON, J., (1991), “Defining entrepreneurship”, Journal of Small Business Management, vol.29, n°1, p.45-61.

[ii] FAYOLLE, A. : « Accompagnement des créateurs d’entreprise et amélioration de l’écoute mutuelle entre les entrepreneurs et leurs partenaires : une recherche sur la perception des uns et des autres ».

[iii] COHEN-SCALI,  V.,   KOKOSOWSKI, A.  Kokosowski, « La question de l’opérationnalisation du modèle de la construction de sa vie », L'orientation scolaire et professionnelle, 39/1 | 2010, 87-99.

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