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De « vieilles » et pourtant très actuelles pratiques d'Education Populaire

28/08/2019
David LOPEZ
Valoda: FR

Tout, ou presque a été écrit sur l’éducation populaire en France. Son histoire a été abondamment écrite et alimentée. Les organisations et les personnes qui s’en réclament ont longtemps été des sortes de « gardiens du temple ». Elle a été critiquée par différents pouvoirs en place, la taxant de dépassée, de « ringarde », d’obsolète et politiquement partisane. Face aux trois courants historiques, de nouvelles formes, de nouvelles visions se sont imposées, quelquefois opposées. Dans de nombreux pays, le terme n’était pas utilisé, alors qu’en France on a découvert que des pratiques de l’éducation populaire avait fleuri et prospéré dans d’autres continents et également en Europe. Aujourd’hui ses méthodes, en constante invention, prospèrent dans de multiples lieux : travail de jeunesse, éducation non formelle, formations en entreprise, dynamiques de projets participatifs, action politique. Et même si le terme n’est pas utilisé, les références historiques et pédagogiques sont évidentes. Sans prétendre faire un point exhaustif, la proposition du blog est de donner quelques pistes, en s’appuyant davantage sur les méthodes et les pratiques.

 

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ELEMENTS HISTORIQUES.

En France, le point de départ souvent cité est 1792, Rapport sur l’instruction publique de Condorcet. Ceci établit  plus que dans d’autres pays le lien entre éducation populaire et système formel d’éducation. Trois courants ensuite se créent qui continuent à irriguer l’éducation populaire d’aujourd’hui :

Le courant laïque républicain, contre l’obscurantisme. L’école pour toutes et tous et les actions d’éducation « complémentaires » de l’école : sport, culture, débats, réflexions, éducation des adultes.

Le courant chrétien social, contre la misère. Quelquefois en contradiction avec la hiérarchie, agissant sur le territoire pour combattre la pauvreté. Proche dans les méthodes et certaines formes de pensée des autres courants.

Le courant ouvrier révolutionnaire, contre le capitalisme naissant. La culture pour toutes et tous, pour agir sur la transformation sociale et politique.

En Europe, dans les pays nordiques les Folk High Schools sont créés en 1844 par Grundtvig. En Autriche, les Volkshoschule agissent pour l’éducation des travailleurs. En 1901,  l’Escuela Moderna est créée en Catalogne et en Espagne par Francesc Ferrer i Guardia, enseignant anarchiste qui sera exécuté par la dictature Espagnole du début du 20ème siècle. Ses conceptions se retrouveront en partie dans les travaux de Freinet en France et seront surtout exportées dans l’Amérique Latine, à Cuba et aux USA.

Ces différents courants et la vision que l’éducation est un acte politique au sens général, vont « enfermer » l’éducation populaire dans sa terminologie dans un concept très « Français ». Dans certains travaux universitaires Britanniques, ce qui fait une distinction entre « éducation non formelle, ou éducation des adultes » et « éducation populaire », c’est la vision collective politique de cette dernière, pour aller vers une transformation sociale. C’est moins affirmé dans l’éducation non formelle, et le rapport à la connaissance des personnes, au développement individuel y est quelquefois plus fort. Evidemment, les choses ne sont pas si tranchées. On trouve partout du collectif et de l’indivuel, de la connaissance technique et des aspects de transformation politique et sociale.

L’EDUCATION POPULAIRE AUJOURD’HUI

En France, on retrouve toutes les associations issues de l’histoire décrite précédemment (et d’autres plus récentes, associations étudiantes, de défense LGBTI ou de l’environnement. Ces organisations sont regroupées au sein du CNAJEP. http://www.cnajep.asso.fr . Leur antériorité ne les empêche pas de se rénover et d’inventer de nouvelles formes

De nouvelles associations plus axées sur la transformation sociale et politiques se sont créées au fil du temps et se revendiquent de l’éducation populaire. Certaines se regroupent dans des collectifs, d’autres agissent seules.

Il est paradoxal, alors que l’éducation populaire se renouvelle et continue à se transformer  que l’Etat reconnaisse très peu ce secteur dont la dimension sociale est évidente, et l’apport économique indéniable. En effet de nombreux emplois existent dans l’éducation populaire et un nombre très important de bénévoles, de militants qui apportent une contribution économique et sociale indispensable à la vie de la société Française.

 

LES METHODES DE L’EDUCATION POPULAIRE.

De manière étrange, alors que les pratiques de l’éducation populaire ont plus de 100 ans, il est peu aisé de trouver des « catalogues » de méthodes utilisées. Une des raisons est sans doute que pour ses acteurs et ses pédagogues (activistes, comme on dirait en Europe) le fond et la forme sont indissociables. « Dis-moi quel est l’objectif et je te dirai ce qu’il faut faire ou mettre en place ! ». L’éducation populaire voulant se démarquer d’une éducation descendante où le savoir et les connaissances sont dispensées par le (un) maître, les associations ont souvent refusé de créer des catalogues, des prêts à porter méthodologiques.

Une deuxième raison est que les références méthodologiques sont multiples. Et donc, il est possible de trouver des méthodes dans plusieurs lieux :

  • Les pédagogies actives,
  • Le scoutisme,
  • Les pédagogies non violentes et de la culture de la paix,
  • L’école Sud-américaine (Paulo FREIRE),
  • Le théâtre de l’opprimé,
  • L’entrainement mental,
  • Les activités de jeunesse,
  • L’éducation des adultes,
  • L’animation socio-éducative,
  • La pédagogie institutionnelle
  • Le militantisme politique (écoles syndicales, attac,…)
  • L’action de solidarité internationale……
  • Et bien d’autres….

Pour des outils concrets, il est intéressant d’aller voir du côté du Conseil de l’Europe https://www.coe.int/fr/ Celui-ci a longtemps publié des outils pour l’éducation des jeunes et pour l’éducation aux droits démocratiques. L’office Franco-Allemand pour la jeunesse a également créé des outils pédagogiques utilisables et réutilisables dans de nombreuses situations.

Quoiqu’il en soit, il est possible de regrouper ces méthodes autour de cinq grands objectifs :

  • CREER UN GROUPE.
  • AGIR POUR COMPRENDRE ET MODIFIER L’ENVIRONNEMENT PERSONNEL ET SOCIAL.
  • FAVORISER UNE PAROLE LIBRE, POUR CONSTRUIRE COLLECTIVEMENT DES SAVOIRS ET DES CONNAISSANCES.
  • DEBATTRE
  • DECIDER COLLECTIVEMENT ET AGIR.

Les outils et méthodes sont à inventer et réinventer. Je ne rentrerai pas dans les détails techniques. Je suis sûr que chacune et chacun peut trouver des références dans tel ou tel ouvrage, tel ou tel site, telle ou telle association.

CREER UN GROUPE.

Se présenter par deux puis présenter l’autre dans un groupe de quatre. Insister sur des caractéristiques à définir (plat de cuisine préféré, sport, langues parlées, « secret »,…) Ce mode de présentation peut être décliné à l’infini (par 2, 4, 8 ….). La présentation peut se faire à partir d’une représentation graphique : le blason, le tableau, la fleur. Découper en plusieurs catégories le graphe pour parler de soi professionnellement, personnellement, goûts, couleurs. Faire ensuite présenter au groupe par une autre personne.

Des petits jeux corporels mettent en forme un groupe : se regarder, se parler, courir, se frôler. Les jeux sont multiples et là aussi, infinis. Avec des objets ou non (balles, instruments divers, parole….).

L’espace est important pour une première prise de contact dans un groupe. L’aménagement de la salle doit veiller à établir une égalité de place. Les tables créent une distance. Si on veut faire écrire et exposer au mur, le matériel doit être en conséquence (affiches, feutres, post-it, espace pour exposer et pouvoir lire ou voir.

Faire une photo de chacune et chacun qui ensuite sera complétée par des indications communes au groupe.

……..

 

AGIR POUR COMPRENDRE.

Souvent les méthodes utilisées sont des méthodes pour structurer la parole, le discours et prendre des décisions ou apprendre quelque chose. Ne pas négliger le fait de faire ensemble. Il faut du temps, mais c’est important d’agir. Par exemple, si l’on souhaite comprendre un environnement physique, professionnel, d’expérience, le visiter ensemble et ensuite échanger sur le vécu de chacun.

Un jeu de découverte, vécu ou créé est toujours plus impliquant que de parler. J’ai observé un travail sur l’histoire des migrations dans une région Française, où il était demandé d’inscrire sur une carte sa propre place, ce que chacun avait vécu du côté de l’école, des loisirs, du travail. Puis ensuite d’analyser l’impression générale de la carte, les mouvements, les lieux de fixation,…

Le théâtre Forum, les méthodes issues du « théâtre de l’opprimé » inventé par Augusto BOAL au Brésil, puis à Paris sont des outils pour « parler par le vécu » « dire par l’image ou la sensibilité ». Une association, en a fait un mode d’action. https://www.reseauarcencieltheatre.org/nos-methodes-d-education-populaire

FAVORISER UNE PAROLE LIBRE

Débats mouvants, et autres méthodes pour favoriser une parole libre et engageante pour chacune et chacun.

Ecriture d’une histoire personnelle puis lecture au groupe. « Comment as-tu pris conscience de ton rapport à l’environnement, au genre,  aux différences sociales,…. ». Ici les règles d’écoute doivent être claires et exposées préalablement : pas de jugement, écoute sans interrogation personnelle,…. A partir de l’écoute collective, tenter par petits groupes d’écrire une nouvelle histoire collective.

Cadavre exquis. Donner un point de départ, puis chaque groupe ajoute sans savoir ce que l’autre a écrit un élément. Par exemple. Vous êtes une famille de migrants arrivant en France en 1950, imaginez votre histoire sommaire de 1950 à 1960. Puis un autre groupe continue……Et on débat ensuite collectivement après la lecture de l’ensemble.

 

DEBATTRE.

Ici le plus important est de fixer les règles du débat. Temps de parole, respect de l’écoute, objectifs assignés au débat… Depuis 100 ans toutes les formes sont essayées : petits groupes / grands groupes, groupes évolutifs, prise de parole sans questions, prises de parole polémiques,….

Deux exemples de méthodes, souvent utilisées dans des groupes Européens :

Fishbowl. Pour 50 personnes maximum. La salle est organisée en cercles concentriques autour de 4 ou 5 chaises qui sont les premiers panelistes. L’animateur pose une question assez large qui permet des interprétations multiples et une ouverture au débat. Puis les 4 ou 5 panelistes donnent leur avis (dans un temps court), puis peu à peu des personnes de l’assistance viennent prendre la place d’un ou d’une des panelistes considérant que les discours peuvent être enrichis. Et ainsi de suite pendant un temps limité, avant une nouvelle question.

World café. Des tables de 8 à 10 personnes maximum (Cela peut être moins, suivant la taille du groupe). Chaque table a à répondre à la même question, puis les participants tournent en laissant une personne du groupe précédent pour expliciter ce qui a été dit et permettre ensuite de répondre à une nouvelle question. Les règles de changement peuvent changer, en fonction des objectifs finaux : Que veut-on atteindre ?
 

DECIDER COLLECTIVEMENT / AGIR.

Ce sont d’abord les mouvements syndicaux, puis politiques qui ont affiné les méthodes au cours du dernier siècle et encore maintenant. Puis les mouvements de luttes « nouvelles » : groupes féministes, groupes activistes, groupes LGBTQI ont pour des raisons d’efficacité créé des règles qui aujourd’hui font  référence : temps de parole limité, argumentaires progressifs, limitation du nombre de prises de parole,…

La question de la décision est toujours en discussion dans l’éducation populaire : vote majoritaire ? Quel pourcentage ? Minorités / majorités ? Décisions au consensus ? C’est à chaque groupe pour son efficacité de se mettre d’accord. Le processus de décision du dispositif est lui-même un outil d’éducation populaire.

 

CONCLUSIONS TRES, TRES PROVISOIRES.

Les méthodes s’inventent, se créent, se modifient au fil des années, des décennies et bientôt des siècles d’existence de l’éducation populaire. Le point de référence est la bonne « vieille » ancienne méthode du projet : Environnement > Objectifs > Méthodes > Evaluation.

Se poser les bonnes questions, affirmer quel est l’objectif final et choisir les bons moyens d’y répondre efficacement, puis analyser le vécu et enrichir de futurs développements. Et tout cela dans un environnement où l’apprenant est au centre du dispositif dans une égalité de connaissance et de place. L’apprenant doit être une part importante d’un collectif, tout en évoluant lui-même personnellement.

C’est à la fois très ancien et très moderne.

David LOPEZ, Coordonnateur Education Populaire EPALE

 

DES REFERENCES :

https://www.reseauarcencieltheatre.org/nos-methodes-d-education-populaire

http://www.education-populaire.fr/  et http://www.education-populaire.fr/liens-a-suivre/

http://www.cemea.asso.fr/

https://www.youthforum.org/fr

https://eaea.org/

http://lllplatform.eu/

 

VOIR DANS LES RESSOURCES : Dossier Education populaire en Europe (Français et Anglais)

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