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Solidérance : quand la solidarité contribue à l’inclusion

11/11/2019
by André Chauvet
Tungumál: FR
Document available also in: EN DE

Nous avons échangé avec Frédéric Peyrou, Directeur adjoint de l’association Insert Net de Bordeaux à propos du projet Européen Solidérance (projet ERASMUS), dont il est un des initiateurs. Débuté en 2017, ce projet a été porté par un consortium d’organismes de la métropole Bordelaise, spécialisés dans la formation professionnelle, l’insertion et la solidarité.   Au regard des expériences menées, des impacts et réussites observés, un deuxième projet, Solidérance 2 se prépare en cette fin 2019, élargissant notamment le nombre de structures partenaires et les lieux de chantiers. 

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Solidérance : de quoi s’agit-il ? L’idée de ce projet remonte à 2016 où des personnes accompagnées par le CEID ont travaillé à la réhabilitation d'un camp de réfugiés syriens à Gastouni en Grèce. Cette expérience a été poursuivie avec l'envoi de salariés en insertion de l'entreprise Insert Net en 2017. Le constat des nombreux effets produits, générant une dynamique nouvelle, tant pour les publics que pour les habitants du camp, a amené la constitution du consortium (Insert Net, Les compagnons Bâtisseurs Aquitaine, le CEID- addiction) pour créer un dispositif innovant et alternatif dans le domaine de l'insertion sociale et professionnelle, Soliderance. Cette collaboration permettait notamment de mutualiser des compétences complémentaires : bâtiment, nettoyages et espaces verts, prévention, permaculture… afin de mener des chantiers plus efficients. 

Le projet est présenté ainsi : L’objectif de ce projet est de créer un dispositif qui permettra à une trentaine de personnes en insertion par an (issues de nos structures ou d’autres associations) de partir dans un pays européen, accompagnées par un encadrant technique d’insertion et un accompagnateur socioprofessionnel (chacun issu d’une des 3 associations) pour réaliser des travaux qui bénéficient aux populations en extrême précarité.

Concrètement, le chantier d’insertion a permis, « au travers d’une activité régie par un contrat de travail à des personnes, salariées de la structure, de vivre un séjour de rupture, porté par le dispositif de mobilité. L'action de production se déroule sur un camp de réfugiés ou hébergement. »

A l’origine, le projet est fondé sur une série de mobilités de 15 jours en Grèce et en Espagne à destination de jeunes sans qualification, bénéficiaires du RSA, publics isolés ou en errance.

 

 

Un pari et des enjeux pédagogiques

Une idée essentielle est au cœur de la démarche : porter secours, cela permet de se percevoir dans un autre rôle. Et d’être aussi regardé autrement.  Car, sur le plan pédagogique, c’est bien la rupture qui est recherchée. Non pas une rupture du lien de soutien mais bien la recherche d’un environnement nouveau dans lequel les points de repère sont à inventer en situation. Les personnes dites en insertion font également l’expérience d’apporter leur soutien à d’autres plus démunies. Mais pas démunies sur tous les plans. Et riches de ressources et d’énergie également.  C’est l’inversion du processus qui est recherchée et qui montre toute sa pertinence en situation. C’est bien le contexte qui est propice à reconsidérer les enjeux personnels et collectifs. De destinataire du soutien, chacun peut devenir contributeur d’une aide très concrète, en changeant simplement de lieu et de contexte. On peut se mettre à contribuer en apportant une aide dont les résultats sont à la fois visibles, utiles et dont on peut être légitimement fiers. Car accompagner des personnes en situation de grande précarité, c’est aussi observer le doute quant à son pouvoir d’agir voire la lassitude des hauts et des bas. Lassitude que l’on peut également retrouver du côté des professionnels. Alors, un chantier international présente toutes les caractéristiques d’une situation mobilisatrice : mise à distance de ses préoccupations personnelles, ré interrogation des schèmes ou présupposés intimes ou culturels, découverte de la force produite collectivement face à l’inattendu…on peut le percevoir comme un contexte capacitant, c’est-à-dire propice à la mobilisation des ressources de personnes qui n’avaient plus idée de ces ressources faute de les mobiliser dans leur cadre habituel et routinier.

 

Une expérience de décontextualisation riche, nouvelle et apprenante

Frédéric Peyrou précise les enjeux « Car ce qui compte surtout, c’est le partage au quotidien des mêmes épreuves, c’est le repère stable et sécurisant que garantissent ces encadrants face à un univers déroutant, car inconnu. Ils n’ont finalement pas d’autre choix que se raccrocher à ces adultes et à leur faire confiance, pour faire face au nouveau et à l’inattendu. »

Il poursuit : « Il s'agit d'amener les salariés à déconstruire certains mécanismes de pensées ou d'action, pour en construire d'autres, leur permettant par la suite, de s'inscrire durablement dans l'emploi. »

La finalité est de valoriser des publics en insertion grâce à une action de solidarité internationale pour les faire avancer dans leur propre parcours. " En plongeant dans un contexte totalement nouveau qui vient remettre en cause tant les réflexes acquis que les repérages traditionnels, l’espoir est bien de créer une mise à distance de la problématique initiale et de montrer aux bénéficiaires qu'ils sont capables de beaucoup plus qu'ils ne croient. »

 

Des apports multiples

Ces expériences sont à la fois riches et apprenantes pour tous. De nouvelles compétences sont développées liées à la fois aux exigences de la situation, aux réalisations techniques nécessaires et aux effets d’entrainement provoqués par le contexte. Il s’agit d’agir, d’améliorer le quotidien de personnes en situation d’inconfort voire de détresse. C’est aussi la découverte d’autres mondes, d’autres cultures. La logique est la même du côté des professionnels : la rencontre qui provoque dissonance, résilience et inspiration et qui permet de ne plus se sentir enfermé dans « soi » mais de pouvoir s’affranchir. Il y a quelque chose dans le projet comme un élargissement du terrain de jeu qui ouvre des perspectives. Comme si, jusqu’à lors, on n’avait pas vu si large ! Il s’agit aussi de créer des espaces de rencontres pour les professionnels, non pas pour modéliser des bonnes pratiques qui sont forcément en contexte mais plutôt pour faciliter des essais inspirants, du soutien et des ressources à partager.

 

 

De nombreuses perspectives

Tout d’abord, l’intérêt que suscite ce dispositif a amené d’autres structures à s’associer au projet pour sa poursuite et son développement. A ce jour le consortium compte sept partenaires au niveau français (ARE 33, BATI ACTION, CEID, CBA, DIACONAT, INSERT NET, PRADO) et un projet Solidérance 2 est engagé. Il y a des acteurs plus nombreux et de nouveaux lieux de séjour. 

Si ce projet symbolise un modèle de dispositif d’appui aux personnes, potentiellement transposable à de nombreuses situations de vulnérabilité, il est aussi une source de partage et d’apprentissage pour tous les professionnels confrontés à des difficultés similaires. Alors, au-delà de la création d’un guide qu’il s’agira de partager et de faire vivre, l’enjeu est sans doute d’inventer de nouveaux espaces de professionnalisation, fondés sur l’échange, la créativité et la réflexivité partagés. Car une question apparaît chaque fois que des expérimentations produisent des effets visibles et essentiels : qu’est-ce qui dans le projet est transposable à d’autres situations ? Comment faire la part entre ce qui relève de l’inventivité des acteurs en situation, de l’énergie des groupes, de ce qui est propre aux situations et aux contextes eux-mêmes ? Un nouveau challenge apparaît alors dans la continuité de ces belles réussites. Ainsi, pourquoi ne pas créer une plate-forme qui faciliterait les échanges et qui rende moins complexe l’organisation logistique et humaine de ces rencontres ?  Car les professionnels eux- mêmes peuvent atteindre parfois leurs limites, se sentir démunis et aspirer à un nouveau souffle, de nouvelles inspirations. Et un séjour à l’étranger est de fait une ressource, une expérience à vivre qui pourrait devenir non pas exceptionnelle mais tout simplement indispensable. Histoire que la réflexivité des professionnels ne tourne pas en rond et puisse s’ouvrir à d’autres mondes. Car la curiosité n’est pas seulement une qualité inégalement partagée. C’est aussi une compétence, un moyen pour chacun (personnes accompagnées, professionnels, institutions) de s’affranchir de ses propres modèles, croyances et limites en élargissant la perspective, en trouvant d’autres appuis, d’autres manière de réfléchir l’accompagnement, en suscitant la rencontre et l’inattendu. Une manière efficace de s’affranchir de ses propres limitations en changeant de cadre et de contexte. Ce qui paraissait impossible, inenvisageable ici peut alors se produire, chemin faisant, là-bas. Ou rien n’est tout à fait semblable. Solidérance en est l’illustration au quotidien, les participants en témoignent et cela ouvre de belles perspectives où la solidarité n’est pas un vain mot.

 

 

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  • Heike Kölln-Prisner's picture
    Das Projekt finde ich in vieler Hinsicht spannend. Dass es tatsächlich gelingt, Menschen, die in ihrer eigenen Umgebung nicht stabilisiert sind, in eine andere Rolle zu bringen, in der sie nun die Helfenden, Ratgebenden, Unterstützenden sind, finde ich einen großen Schritt. Dekonstruieren heißt auch Verunsichern, und wie gehen wir dann mit Ängsten, Vorurteilen um? Aber im Sinne europäischer oder weltweiter Solidarität ist das ein toller und mutiger Schritt!