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Blog

Trois dispositifs de formation inclusifs en Belgique, France et Luxembourg

15/11/2018
po Jean Vanderspelden
Jezik: FR

Plus de 200 personnes ont répondu à l’invitation conjointe des équipes EPALE[1]/AEFA de trois pays européens francophones pour partager des repères et valoriser des bonnes pratiques concernant l’impact de la formation des adultes sur l’inclusion, en particulier pour les publics les plus vulnérables et éloignés de l’emploi. Préalablement en introduction de la conférence (en partie inversée), Eric MANGEZ, sociologue à l’Université Catholique de Louvain, a souligné les différents effets d’accélération de notre société, perturbant fortement les processus d’inclusion. Ils génèrent en continu de la complexité, et donc de l’incertitude, que les citoyens européens, surtout les moins qualifiés, assument diversement en fragilisant leur «capacité» d’insertion… ou en rendant notre société paradoxalement de plus en plus sélective.

Michèle MINNE, attachée principale de la Cellule Alpha du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est entrée dans le vif du sujet en présentant, d’abord les grandes lignes de l’action liée à un appel à projet belge : «Je prends ma place dans la société»[2], puis les principaux enseignements de cette expérimentation portée par le FSE. Les jeunes adultes 16-25ans étaient le public cible en situation, soit de NEET en Wallonie, soit de première exclusion à Bruxelles. Dans les dix projets retenus, trois axes d’accompagnement et de formation ont été travaillés dans une logique de co-construction avec les apprenants : remise à niveau, compétences numériques et citoyenneté. Il s’agissait, dans chaque action, de remobilisation des personnes avec des activités, souvent collectives, non formelles et ancrées sur leur territoire, concernant l’estime de soi et la reprise de confiance. Michèle MINNE a zoomé sur deux actions ; la première portant sur la découverte et l’appropriation de leur environnement via la recherche et l’exploitation critique de données locales, le tout avec un coaching individuel ; la seconde avec des femmes issues de l’immigration, dans le quartier de Molenbeeck visant, à travers la culture, le sport et l’informatique, à faciliter l’insertion dans des activités existantes dans ce quartier.

Samia GHOZLANE, en tant que directrice de la «Grande école du numérique»[3] a présenté la logique de cette initiative lancée en France en 2015. Contrairement à son nom le «GEN» n’est pas une «école» mais un réseau national. Ce réseau porte à la fois un label et une dynamique d’amorçage financier avec l’objectif d’inciter et d’aider des organismes à donner la possibilité à des publics jeunes, plutôt fragilisés, de se former aux diverses techniques du codage informatique. A l’aide du programme d’Investissement d’Avenir (PIA), cette initiative a été lancée sur un double constat paradoxal ; non seulement la France manque de compétences dans ce secteur du numérique en plein développement, mais en plus, près de 120 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans qualification ! Pour obtenir ce label, plusieurs conditions sont imposées : gratuité de la formation, 50% des effectifs non qualifiés, 30% de femmes, des quartiers prioritaires, etc…. Fin 2017, plus de 400 actions labellisées «GEN» ont formé plus de 11 400 jeunes avec des taux de placement de l’ordre de 74%. Le Groupement d'Intérêt Economique (réunion de partenaires publics, paritaires et privés) qui gère cette opération d’envergure, cherche à conforter ces approches innovantes en travaillant plus sur l’accompagnement d’ordre social (santé, logement, mobilité, etc..).

Raymond CECOTTO, directeur de la Fondation Association des Parents d’Enfants Mentalement Handicapés[4] (APEMH), basée au Luxembourg a enrichi le spectre des actions de formation favorisant l’inclusion en éclairant l’insertion des personnes mentalement handicapées ou déficientes. Cette fondation est pilotée essentiellement par des parents, des proches et des aidants. Elle est soutenue par les pouvoirs publics du Luxembourg. Elle se positionne comme un «Centre de compétences et de reconnaissance» pour aider les professionnels et les bénévoles à mieux prendre en compte les besoins, les envies, et aussi, les expertises des adultes handicapés. Il s’agit d’une nouvelle forme d’accompagnement où les rôles peuvent être, en partie, inversés en vue de construire des parcours nouveaux reposant sur la volonté des personnes handicapées ; je veux aller vivre en ville, je veux préparer ma retraite, je veux vivre mon corps et ma sexualité, je veux partager mes savoirs, etc… Cela repose sur une approche participative où les professionnels de la formation doivent animer et valoriser des dynamiques d’autoformation collective, tout en prenant en compte les spécificités et les attentes des publics concernés. Ces actions locales (FORCA, ENABLE, INCOUBA et autres) bénéficient toutes d’un accompagnement méthodologique avec l’appui d’un programme Erasmus+ pour faciliter les échanges entre pairs en vue de consolider ces actions innovantes.

En mettant en perspective sur ces trois dispositifs novateurs de formation inclusive en Belgique, France et Luxembourg, trois axes communs pourraient être dégagés : sortir de la logique diplôme pour interpeller et accompagner différemment les apprenants, proposer une co-construction de leur parcours individualisé, et enfin, miser sur l’informel, l’entraide et le collectif. On observe également une inversion possible et partielle des rôles entre apprenants et « appreneurs ». Tous ces projets intègrent les compétences numériques, l’une des huit compétences clés[5] du référentiel européen. La disparition annoncée de nombreux emplois avec les vagues d’automatisation liées à la digitalisation dans de nombreux secteurs d’activité, pose la question des conditions de l’inclusion dans notre société. Cette inclusion ne passera pas ou, plus forcément, par un emploi stable ! Apprenant pourrait devenir le seul métier durable.

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Jean Vanderspelden est consultant ITG Formation et expert thématique EPALE. Il est aussi le créateur du blog www.iapprendre.fr(link is external) . 

 


[1] /fr Plate-forme en ligne pour les acteurs européens de l’éducation et la formation des adultes

[5] Voir recommandation actualisée du Conseil de l’Union Européenne du 22 mai 2018 relative aux compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie (2018/C 189/01)

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