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EPALE - ríomhArdán d’Fhoghlaim Aosach san Eoraip

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Quel rôle peut jouer la formation des adultes dans l’inclusion sociale ? une réflexion sur le rôle de la formation professionnelle à partir de la philosophie de John Dewey.

30/08/2018
ag patrick Mayen
Teanga: FR
Document available also in: RO DE

Cet article propose de contribuer aux réflexions pour répondre à la question posée à l’occasion de la conférence européenne EPALE & AEFA du 25 octobre à Bruxelles : quel rôle peut jouer la formation des adultes dans l’inclusion sociale. Nous proposons ici de reprendre la thématique de la formation en milieu de travail et de rappeler quel peut être le rôle de la formation professionnelle et de la formation par les situations de travail dans le développement des personnes et donc dans la dynamique de leur inclusion.

 

Dans un article à paraître dans le numéro 216 de la revue Education Permanente, Elisa Roblot et Luis Semedo, à partir des acquis d’un projet européen dans lequel ils sont engagés, soulignent que, dans la plupart des pays européens, la France y compris, le rôle de la formation en situation de travail pour le développement des compétences transversales, clés ou de base, est largement sous-estimé et largement sous-utilisé. Cela, malgré les études et projets qui montrent pourtant à quel point, le potentiel d’apprentissage et de développement de ces situations est élevé. Leur engagement dans une expérimentation FEST (formation en situation de travail) confirme ces constats. Ceci tient, non seulement au fait que les situations de travail nécessitent la mobilisation, la construction et le développement de ces compétences, mais aussi que, dans l’essence même du travail et de ses caractéristiques, on peut identifier des conditions d’apprentissage et de développement.

L’inclusion sociale ne tient pas seulement dans l’accès au travail ni même dans l’accès à un métier. Mais le développement de compétences, et, au-delà le développement des capacités de penser, de réfléchir de manière ordonnée, d’agir pour atteindre un but défini, sont des facteurs puissants pour l’inclusion sociale.

Le philosophe John Dewey dont toute l’œuvre comporte une préoccupation d’éducation et de pédagogie, est l’un des seuls philosophes à avoir consacré du temps et des pages à ce qu’il appelle les aspects professionnels de l’éducation, dans un beau chapitre de son livre intitulé Démocratie et Education (2011) qui constitue aujourd’hui, et pour le futur, un ouvrage étonnant et précieux.

John Dewey énonçait, donc, en 1916 quelques caractéristiques de ce qu’est une « occupation », terme qu’on peut aussi traduire, pour prendre le terme le plus proche en français, par métier, mais qui présente aussi l’intérêt d’en souligner la dimension d’activité profitable à une société et de possibilité de participation à part entière à cette société.

« Une occupation est une activité continue ayant un but. L’éducation dispensée au moyen d’occupations combine donc en elle-même plus de facteurs permettant d’apprendre que n’importe quelle autre méthode (…) Elle a une fin en vue, des résultats à atteindre. C’est pourquoi elle fait appel à la pensée ; elle exige que l’idée de la fin soit maintenue d’une manière constante, afin que l’action ne devienne pas routinière ni capricieuse. Comme l’activité doit être progressive, allant d’une étape à une autre, l’observation et l’ingéniosité sont requises à chaque étape pour découvrir et réadapter les moyens d’exécution. » (p. 402)

Pour Dewey, une occupation dont l’objectif est la réalisation de l’activité et non son simple résultat extérieur, remplit les conditions requises pour parvenir à l’objectif principal de toute éducation : développer la capacité de penser. A partir de là, tout projet d’enseignement, d’éducation ou de formation ne peut s’envisager qu’à partir de la question suivante : « quelles sont les conditions qui requièrent, favorisent et mettent à l’épreuve la pensée ? » L’habitude de penser, autrement dit de douter, de raisonner, de suspendre ses certitudes ou les actions et solutions immédiates qui se présentent à l’esprit, d’imaginer des scénarios d’action et de les mettre à l’épreuve, de contrôler et d’évaluer son action, est une forme de savoir-faire dont on peut penser qu’elle est à peu près la seule qui puisse permettre de faire face à ce qu’on désigne le plus souvent comme incertitude, inconnu, imprévisible, ou encore, changements rapides et incessants.

Ce à quoi John Dewey nous rend attentifs, c’est au constat selon lequel l’apprentissage d’une occupation ou d’un métier et l’exercice de ce métier recèlent un fort potentiel de développement des capacités de penser et peuvent donc être et continuer d’être profondément éducatifs pour les causes déjà citées plus haut et pour d’autres qu’il présente ainsi : « Un métier est aussi nécessairement un principe organisateur d’informations et d’idées, de connaissance et de développement intellectuel. Le métier fournit l’axe qui traverse une immense diversité de détails ; il ordonne les uns par rapport aux autres les différents éléments de l’information, des faits et des expériences. (…) [Un professionnel] est poussé par intérêt professionnel à noter les faits concernant ses occupations et à établir des rapports entre eux (…) à chercher des informations qui s’y rapportent et les retiennent. La profession agit à la fois comme un aimant qui attire et une colle qui assure la cohésion. Organisée de cette manière, la connaissance est vivante car elle se rapporte à des besoins ; elle s’exprime et se réadapte dans l’action continuellement, si bien que cette dernière ne se fige jamais. »

L’une des voies d’accès au savoir les plus répandues et les moins considérées est le travail. Le travail requière des savoirs, des savoir-faire. Il requière de penser, autrement dit, de prendre et d’interpréter des informations, de faire des diagnostics, d’identifier l’état et l’évolution d’une situation, de poser et de résoudre des problèmes, de chercher des solutions, de trouver ou d’imaginer des actions possibles et de prendre des décisions, d’anticiper, de contrôler son action, de l’ajuster, d’effectuer et d’enchaîner des gestes précis (Mayen & Lainé, 2014) [1] Bref, il demande intelligence et l’intelligence ne peut pas s’exercer sans les instruments que sont les savoirs. Parce que le travail exige l’usage de savoirs et savoir-faire, il joue un rôle essentiel comme moyen de formation et d’éducation continues.

Il demande une formation professionnelle, souvent assez longue et exigeante qui correspond aussi à une formation de l’esprit. En effet, l’enseignement professionnel et la formation professionnelle ne se réduisent pas à l’acquisition de « gestes » qui seraient dépourvus de pensée. Par la formation professionnelle et l’apprentissage d’un métier, ce sont les savoirs propres à un domaine professionnel, et des savoirs associés qui sont appris et développés par leur mise à l’épreuve des situations et des problèmes que les futurs professionnels pourraient rencontrer dans leur travail. Chaque domaine professionnel constitue une culture, une manière propre de raisonner, d’aborder les problèmes, de relier des effets à des causes, bref, de penser, d’agir et d’apprendre.

  

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Patrick MAYEN est professeur en sciences de l'éducation à l'Université de Bourgogne Franche Comté / Agrosup Dijon et expert thématique EPALE France.

 

 

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