chevron-down chevron-left chevron-right chevron-up home circle comment double-caret-left double-caret-right like like2 twitter epale-arrow-up text-bubble cloud stop caret-down caret-up caret-left caret-right file-text

EPALE - ríomhArdán d’Fhoghlaim Aosach san Eoraip

Blag

Le rêve d’une « nouvelle normalité » pour l’enseignement supérieur

17/06/2020
ag Mahira Spiteri
Teanga: FR
Document available also in: EN DE

This blog post was originally published in English by Maria Cutajar.

En mars dernier, nous avons été obligés d’abandonner nos salles de classe habituelles et de donner nos cours en ligne. Les fournisseurs et l’assistance technique de logiciels de vidéoconférence et d’enregistrement de cours ont été bousculés alors que les facultés étaient encouragées à fonctionner en mode virtuel.  Sans préparation ni formation, beaucoup ont essayé de faire de leur mieux au vu des circonstances pour continuer à dispenser leurs cours magistraux face à des groupes nombreux et à répondre aux questions des étudiants en ligne dans des groupes de travaux dirigés plus restreints. À juste titre, les experts du domaine de l'enseignement et de l’apprentissage au moyen de la technologie se sont inquiétés. Nombre d’entre eux ont activement tenté d’attirer l’attention sur le fait que ce à quoi on assistait était de « l’enseignement à distance en situation d’urgence » (Hodges et al. 2020) et de « l’imitation des pratiques » (White, 2020). Ils étaient tels des voix de l’autre côté de l’océan s’efforçant de faire entendre leur message de détresse malgré le grondement de la tempête.  Ils ont fait de leur mieux pour être entendus concernant le fait que la situation actuelle n’avait rien à voir avec un enseignement et un apprentissage en ligne convenablement organisés. Avec raison, ils ont appelé à la prudence en recommandant d’éviter d’adopter une approche trop différente entre l’enseignement en présentiel et l’enseignement à distance alors de rigueur. Les rabat-joie ont vu ces turbulences liées à la pandémie telles une injure à l'évolution du domaine de l’apprentissage en ligne. Les rêveurs ont vu la situation comme le début d’un nouveau royaume technocratique de l’enseignement et de l’apprentissage. Les visionnaires continuent d’attirer l’attention sur les vents du changement qui étaient visibles avant les récentes turbulences et sur le fait que ces dernières témoignent du besoin de reconnaître ce que nous savons et ce que nous ignorons, d’admettre que nous devons continuer à apprendre, à repenser et à renouveler nos pratiques afin de réinventer nos modèles d’enseignement et d’apprentissage actuels pour l’avenir proche et lointain. Nous ne le devons pas seulement à nos étudiants, mais aussi à nous-même et à la communauté au sens large.

S’agissant des autres secteurs, dans le domaine de l’enseignement supérieur, nous nous sommes à présent remis en route en faisant le premier pas vers ce que certains ont initialement appelé la « nouvelle normalité », puis ont de plus en plus décrit comme la « normalité » et qui exhortent à présent de parler de « statu quo ». Il serait dommage de dépenser notre énergie pour revenir à la « normalité » d’hier sans prêter attention aux signaux d’alarme (que nous avons choisi d’ignorer pendant de nombreuses années, mais que les turbulences liées à la pandémie ont mis en lumière), sans remarquer la résilience et les éléments invisibles qui ont émergé de ces turbulences. Nous devons, à l’inverse, nous montrer à la hauteur du défi et des opportunités qui se présentent à nous dans cette « nouvelle normalité ». Concernant l’enseignement et l’apprentissage – dans l’enseignement supérieur et dans tous autres secteurs – nous n’aurions retenu aucune leçon des difficultés et des efforts de ces dernières semaines si nous reprenons notre activité là où nous l’avons laissée il y a quelques semaines et si nous continuons comme si de rien n’était. Ce qui était auparavant des signaux d’alarme silencieux sont devenus perceptibles au cours des dernières semaines.  Il serait alors regrettable, et en contradiction avec ce que nous défendons en tant qu’éducateurs et professionnels de l’enseignement supérieur, de revenir à nos habitudes précédentes comme si rien ne s’était passé. Nous avons fait (et faisons encore) face à une expérience inédite en matière d’enseignement et d’apprentissage. Il s’agit d'une expérience que nous avons vécue et à partir de laquelle nous avons acquis des connaissances. Elle continue d’être partagée et permet de réfléchir aux bons et aux mauvais côtés du présent et du futur, et aux notions de physique et de virtuel. Les opportunités et les défis, les hauts et les bas demeurent le sujet et l’objet de nos discussions. Ne laissons pas ce riche savoir individuel et collectif se perdre. De nombreux chercheurs travaillent sur l’élaboration d’un historique pour la postérité regroupant toutes ces connaissances individuelles et collectives issues d’expériences vécues. Nous devons veiller à ne pas perdre cette opportunité unique d’améliorer, d’étendre et de développer l’apprentissage et l’enseignement au sein de ce qui était déjà considéré, avant la crise sanitaire, comme « l’université numérique » contemporaine (Gourlay et Oliver, 2018 ; Johnston, Macniell et Smyth, 2018).  

Les turbulences des dernières semaines ainsi que les résultats d’études nous ont donné matière à réflexion en ce qui concerne l’actualisation et l’amélioration de l’enseignement et de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. En analysant les évènements du passé récent et du présent (comme point de départ pour l’avenir), j’ai réalisé qu’il était urgent de mettre en place des systèmes permettant aux facultés d’évaluer et de repenser continuellement leur modèle d’enseignement afin que les approches et les méthodes soient en adéquation avec les besoins pédagogiques présents des étudiants (tout en étant tournées vers l'avenir proche et lointain). C’est notre rôle en tant que faculté de donner l’exemple (en nous impliquant dans l’apprentissage tout au long de la vie et dans tous les domaines de la vie) afin que nos pratiques demeurent efficaces. De même, nous devons mettre en place des systèmes pour permettre à nos étudiants d’évaluer et de repenser leurs aptitudes et leurs compétences afin d’être capables de participer plus activement et plus efficacement à leur apprentissage avec d’autres personnes. [Je remarque en passant le besoin de mettre en place davantage d’outils de détection (et d’évaluer constamment leur efficacité) afin de rester à l’écoute des difficultés que de nombreux étudiants (et éducateurs) affrontent en silence en raison de la fracture numérique, et de concevoir des systèmes de réponse pour qu’eux aussi puissent s’épanouir. Nous devons constamment évaluer nos systèmes de soutien pédagogique au moyen d’espaces et de lieux dédiés (physiques et virtuels), et nous assurer qu’ils soient temporairement adaptés (étant donné la vitesse à laquelle le monde évolue).]
En fin de compte, le message à retenir de ces dernières semaines est que nous devons repenser notre modèle actuel, qui imite une figure d’autorité prescriptive, s’imposant comme juge des réussites et comme source de savoir. En tant qu’éducateurs dans l'enseignement supérieur (et je développerais cela davantage dans ma réflexion pédagogique), nous devons encourager les partenariats et l’enseignement mutuel parmi les enseignants et les étudiants, entre eux ainsi qu’avec la communauté au sens large. Cela permettrait de développer les capacités de discernement et de création du savoir comme résidant potentiellement en chacun d’entre nous et nous englobant tous. Ultimement, nous serons en mesure de construire des modèles d’apprentissage et d’enseignement (et de manière générale, des communautés) qui se rapprochent de ce que nous considérons comme des modèles de vérité.

Références

Gourlay, L., et Oliver, M. (2018). Student Engagement in the Digital University. New York, EU et Oxon, RU : Routledge.

Hodges, C., Moore, S., Lockee, B., Trust, T., et Bond, a. (2020). The Difference Between Emergency Remote Teaching and Online Learning. Educause Review. Disponible à https://er.educause.edu/articles/2020/3/the-difference-between-emergency-remote-teaching-and-online-learning(lien externe)

Johnston, B., Macniell, S., et Smyth, K. (2018). Conceptualising the digital university. Cham, Suisse : Palgrave Macmillan.

White, D. (2020). The need for Presence not ‘Contact Hours’. Disponible sur le site David White : digital - learning - culture : http://daveowhite.com/presence/(lien externe)

Share on Facebook Share on Twitter Epale SoundCloud Share on LinkedIn Share on email