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EPALE - ríomhArdán d’Fhoghlaim Aosach san Eoraip

Blag

INCLUSION SOCIALE DE JEUNES DEFAVORISES

27/02/2020
ag David LOPEZ
Teanga: FR
Document available also in: EN DE

 

Les différences d’origines entre les personnes défavorisées et leurs accompagnateurs sont-elles un frein à l’inclusion ? Quels outils de validation et de reconnaissance ?

Dans les projets ERASMUS +, tout comme chez les associations travaillant dans le champ de l’éducation populaire, il y a quelquefois une confusion dans les termes utilisés : travail de jeunesse, éducation des adultes, animateur de jeunesse, voire animateurs de communautés (terme plus souvent emprunté au vocabulaire « Anglais Européen ». Pourtant de plus en plus, en France en tous cas, les associations agissant dans le champ de l’éducation populaire, utilisent les outils de l’éducation des adultes, pour la formation, les méthodologies de projet, l’usage des référentiels en compétences de base dans le champ de l’éducation non formelle.

J’ai voulu présenter le projet COMANITY. Il a réuni des organisations de 5 pays, dont la plateforme Lifelong Learning Platform.

Lifelong Learning Platform est un réseau de réseaux du champ de l’éducation ( formation professionnelle, universités, éducation non formelle, parents d’élèves, étudiants, jeunesse, éducation formelle,…) créée il y a 15 ans pour être l’interlocuteur représentant la société civile, de la commission européenne et faire des propositions en matière de politiques éducatives en Europe.

J’ai interrogé Pauline BOIVIN, chargée de mission auprès de la plateforme et en charge de différents projets européens.

 

1) Pauline, la Lifelong Learning Platform a été partenaire du Projet COMANITY. Peux-tu le présenter en quelques mots et présenter les partenaires.

Le projet COMANITY répond à un enjeu de taille : l’inclusion sociale des jeunes défavorisés. Il vise à créer un nouveau rôle dans le travail en direction de la jeunesse, celui d’« animateur de communauté ». Il propose un programme innovant pour impliquer activement les jeunes dans leur(s) communauté(s). L’animateur agirait ainsi comme un médiateur social, pour créer une passerelle entre les jeunes marginalisés et les services institutionnels, agissant  en direction de la jeunesse.

Ce nouveau rôle permet aux travailleurs de jeunesse de se mettre dans la peau des jeunes marginalisés, pour comprendre leurs besoins et fournir une soutien crédible et fiable, les aidant à réaliser leur potentiel et à jouer un rôle actif auprès de leur communauté. Le programme de COMANITY est constitué d’un cadre de compétences pour les animateurs de jeunesse, d’une formation et d’une méthodologie leur permettant d’impliquer activement les jeunes qu’ils encadrent.

La méthodologie est la « recherche-action participative ». Son objectif est d’accompagner les jeunes comme « coproducteurs de connaissances », travaillant main dans la main avec les animateurs de communauté, dans le développement de solutions locales. La recherche-action est, à l’origine, une méthode qualitative de recherche qui peut s’appliquer à un large champ d’actions (secteur social, santé, etc.). Dans le cadre de COMANITY, le programme a été testé dans quatre pays européens (Grèce, Angleterre, Italie et Espagne) avec un grand succès !

Le projet COMANITY est un projet européen coordonné par Arcola Research (GB) financé par le programme Erasmus+ et impliquant huit autres organisations en Europe (Grèce, Espagne, Italie, Angleterre, Belgique) dont la Lifelong Learning Platform. Il a duré deux ans de décembre 2017 à décembre 2019. Parmi les partenaires du projet, on trouve des organisations diverses telles qu’un Institut de recherche, une ONG, une municipalité, une coopérative et une université. 

 

 

2) La fonction d’"animateur de communauté" semble-t-elle opérante dans les différents pays européens? Et quelles seraient les différences avec un travailleur social ou un éducateur ?

Je pense que oui. Certains pays emploient déjà une approche similaire au projet, en utilisant la recherche-action. En Grande Bretagne ce n’est pas nouveau ! Ensuite, il n’y a pas de règle commune même dans un même pays. Certains organismes connaissent très bien les méthodes employées par le programme COMANITY, d’autres moins. Dans tous les cas, les partenaires, expérimentés ou non, ont trouvé beaucoup d’intérêt dans le projet.

Ce qu’on observe au niveau européen c’est qu’il y a souvent deux voies de formation pour devenir travailleur de jeunesse. On peut se former à l’université, ce qui est génial pour connaitre les problématiques sociétales, les questions de déterminisme social ou liées aux inégalités. Mais il s’agit de parcours qui, parfois, manquent d’aspects pratiques. Au final, peu de travailleurs de jeunesse se lancent à travailler avec des jeunes marginalisés parce qu’ils ne viennent pas du même monde et n’ont pas l’expérience pratique nécessaire pour gagner la confiance dans les communautés.

L’autre voie de formation, c’est bien sûr l’expérience du terrain, il s’agit des travailleurs de jeunesse qui ont accumulé une très bonne connaissance pratique. Seulement, ces travailleurs et volontaires manquent parfois d’une vue d’ensemble sur les problématiques sociétales et ont peut-être un accès ou une connaissance plus limitée aux ressources publiques mises à leur disposition (financements, services sociaux et de la jeunesse, soutien psychologique etc.).

Avec COMANITY, on a essayé de faire en sorte de combler cet écart entre les deux voies, et surtout, de favoriser l’implication des jeunes marginalisés comme travailleurs de jeunesse à leur tour. Il est évident que partager une expérience de vie rend bien plus crédible et fiable aux yeux de la communauté que si l’on vient d’un autre milieu. In fine, c’est une question de confiance. 

 

3) Vous avez développé des modules de formation appuyés sur 3 grandes thématiques. Peux-tu les présenter rapidement ? Et surtout dire quelles sont les compétences recherchées que vous avez pu identifier ? Comment rattacher ces compétences à des validations ou des reconnaissances possibles?

Les trois grandes thématiques sont : les compétences émotionnelles, les compétences spécifiques des animateurs de communauté et les compétences numériques. Pour chacune de ces thématiques, on a listé un nombre de compétences et sous-compétences à développer. Quelques exemples :

Pour la thématique « compétences émotionnelles », on trouve les compétences intra-personnelles (conscience émotionnelle, confiance en soi) et interpersonnelles (empathie, responsabilité sociale…), l’adaptabilité (résilience, sens de l’initiative…) et les compétences affectives (gestion du stress, optimisme…). Pour la thématique « compétences spécifiques de l’animateur », on a l’organisation et la gestion de l’information et des ressources, « cartographier des communautés, les compétences interculturelles, la médiation communautaire ». Pour la thématique « compétences numériques », on a « création de contenu numérique, communications en ligne, l’alphabétisation numérique, l’utilisation de ressources numériques ».

On a cherché à développer un cadre de compétence complet qui permet aux animateurs de communauté de répondre aux besoins spécifiques des jeunes marginalisés. Notamment, la charge émotionnelle liée à l’exclusion (colère, frustration, manque de confiance en soi) peut être très forte parmi les personnes marginalisées, c’est pourquoi, il est très important que les travailleurs de jeunesse soient formés à ces questions. Par ailleurs, il est possible que certains travailleurs de jeunesse ne sachent pas forcément comment exploiter les ressources numériques et les nouvelles technologies (comme les réseaux sociaux) dans leurs activités avec les jeunes. Il nous a donc semblé important d’identifier toutes les compétences utiles que ces futurs animateurs pourront acquérir et transmettre aux jeunes, afin de faciliter leur émancipation.

Pour certains des partenaires du projet, malgré leur longue expérience de travail avec des jeunes défavorisés, certaines compétences étaient tout à fait nouvelles ou pas encore envisagées. Du coup cela a montré la pertinence du cadre de compétences.

On a créé ensuite une formation basée sur ce cadre de compétences. Les partenaires du projet sont convaincus que ce programme pourrait inspirer les programmes de formation existant destinés aux travailleurs de jeunesse, ou pourraient être proposés par les administrations publiques ou réutilisés par des ONG. Dans plusieurs pays européens, il n’existe pas encore de formation professionnelle des travailleurs de la jeunesse. C’est pourtant une priorité européenne. Avec le programme COMANITY, il n’y a pas besoin de réinventer l’eau chaude. Le programme peut être librement utilisé par n’importe quelle organisation ! On n’a pas lié le projet à de la validation ou à une reconnaissance spécifique. Cela dit, n’importe qui peut passer un test gratuit sur le site internet pour évaluer ses compétences.

 

4) Pourquoi avoir choisi un KA3 et comment le travail avec les politiques publiques a-t-il été mené?

A la Lifelong Learning Platform, nous sommes convaincus de la valeur ajoutée de la coopération au niveau européen. Cela permet d’apprendre de tout un chacun et d’échanger de bonnes pratiques. Certains pays européens sont plus avancés en la matière et inspirent d’autres pays pour s’améliorer. C’est aussi une expérience interculturelle formidable. Lors de la conférence finale, des jeunes de quatre pays européens se sont retrouvés pour présenter leur vécu dans le cadre du projet. Ça leur permet de voir que les réalités entre les pays se ressemblent.

Hasard du calendrier, le jour même de la conférence finale du projet, les délégations permanentes des Etats membres de l’Union européenne se réunissaient à Bruxelles pour approuver un document qui souligne l’importance d’améliorer la qualité de la formation dans le secteur de la jeunesse. Une des recommandations était de développer un cadre de compétences ! Une belle occasion pour promouvoir COMANITY auprès des représentants politiques des Etats membres de l’UE. Il nous a d’ailleurs été recommandé d’envoyer les résultats du projet COMANITY à la Croatie, qui occupe actuellement la Présidence du Conseil de l’Union européenne.

 

5) Que voudrais-tu rajouter de notable, à mettre en avant, à travers ce projet ?

L’approche du projet est innovante dans le sens où elle ne se focalise pas sur le jeune en tant qu’individu, mais insiste sur l’importance de son appartenance à une ou plusieurs communautés. Le programme allie théorie et pratique pour répondre à un enjeu qui est encore trop peu une priorité pour les politiques publiques.

David LOPEZ (Coordonateur Education Populaire EPALE France) et Pauline BOIVIN

 

Site internet du projet : https://comanity-project.eu

Site internet Lifelong Learning Platform : http://lllplatform.eu

 

 

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