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EPALE - ríomhArdán d’Fhoghlaim Aosach san Eoraip

Blag

[S’orienter tout au long de la vie ?] Aider à la décision par temps incertains

25/06/2019
ag André Chauvet
Teanga: FR
Document available also in: EN DE

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Aider à la décision par temps incertains

On peut convenir assez vite que l’enjeu pour chacun est de prendre des décisions éclairées tout au long de sa vie. Cela concerne tant le choix de sa formation que la conduite de son parcours professionnel. Cela peut passer par des choix réfléchis, des décisions de circonstance, des saisies d’opportunités. Mais quand on observe ces décisions à postériori, on y retrouve rarement une cohérence stratégique, une rationalité organisée mais plus souvent un mix entre désir pour soi et adaptation aux aléas. L’imprévu y est fréquent. Les sciences humaines et sociales… se sont construites sur les idées de stabilité et de prévisibilité … Les voilà bien déroutées. Il leur faut revoir leur logiciel analytique. … Il leur faut apprendre à penser ce qu’est vivre avec l’incertain…Décider ne peut plus simplement consister à trouver l’agencement moyens-fins le plus optimal. » affirme le sociologue Marc-henry Soulet dans l’introduction de l’ouvrage collectif "Action et incertitude. Les épreuves de l’incertain".

Imprévisibilité et liberté des choix

En effet, dans une société́ de l’accélération et de l’imprévisibilité́, faire des choix d’orientation éclairés suppose de prendre en compte une multiplicité́ de paramètres en jeu, certains contrôlables et objectifs, d’autres plus aléatoires, contextuels, et non maitrisables. S’orienter, c’est donc faire des paris à partir de données dont on nous dit qu’elles sont éphémères, peu éclairantes et sujettes à variations. Si l’on convient que l’incertitude rend la prévision aléatoire, une approche probabiliste peut être plus éclairante. Plutôt que de viser une « bonne » orientation discutable (bonne pour qui d’abord ?), c’est la réflexion sur le risque qui devient centrale. La liberté́ de choix est sans doute corrélée à la capacité́ à distinguer ce qui est lisible et contrôlable de ce qui est faiblement prévisible, en intégrant des stratégies de retour en arrière ou des alternatives. Mais cela suppose aussi de considérer qu’il n’y a jamais de liberté́ totale de choix. L’affirmer est un excellent moyen de désengager la responsabilité́ institutionnelle pour faire porter le poids des conséquences des choix sur l’individu. Un transfert de responsabilité́ en somme : l’institution fournit les ressources ; l’individu a la responsabilité́ d’en faire le meilleur usage. La réalité́ est plus nuancée. Notre libre arbitre existe et s’incarne dans une succession de micro décisions dont nous ne mesurons pas toujours les conséquences : soit que nous ne les voyons pas, soit qu’elles sont impossibles à prévoir. L’enjeu d’équité́ est bien alors de s’intéresser à la manière dont chaque personne pourra convertir les ressources qu’on met à sa disposition et celles qui lui sont propres pour avancer vers un objectif qui a du sens et de l’importance pour elle. C’est plus modeste mais sans doute plus réaliste et en tout cas cela peut permettre de concilier une conception de l’individu « capable », pouvant s’émanciper de multiples déterminismes et d’une politique publique soucieuse de permettre à chacun d’exercer ses droits et de s’affranchir des limitations que l’imprévisibilité́ et la complexité́ amplifient. Et sur ce point, le conseil et l’accompagnement peuvent assurer cette fonction de facilitation.

S’orienter par temps incertain : la part du risque

Une fois que l’on convient de la part des conciliations nécessaires dans un parcours de vie, la question des bons et des mauvais choix se pose différemment. Et l’appui aux personnes dans leur décision s’éclaire différemment. Si nos choix sont influencés par nos représentations des filières ou des métiers, le risque est toujours d’amener chacun à se replier sur le connu. Si l’on considère le risque comme un objet de travail dans l’aide à la décision, plusieurs approches peuvent aider les professionnels dans la construction de leurs interventions :

- La première relève d’une réflexion non plus uniquement sur le contenu des solutions envisagées mais sur ce que ces choix permettent, à court terme et à moyen terme. Regarder les hypothèses non plus uniquement dans leurs attraits ou leurs indicateurs visibles mais également dans leur potentiel d’appui ultérieur. En somme un critère d’utilité stratégique : à quoi cela peut me servir de choisir cela ?

- Le deuxième suppose de faire de l’indécision un objet pédagogique. Sur ce plan, nos amis québécois ont institué dans les années 90 pour les étudiants des ateliers collectifs autour de l’indécision, permettant à chacun de réfléchir à son rapport au risque et au choix. S’intéresser à ses propres croyances est un très bon moyen de s’en affranchir. De plus, cette réflexion peut être à la fois collective et ludique. Elle permet de mettre de la dissonance collective dans des processus intimes qui peuvent vite tourner en rond. Cela permet de répondre à la question : « Qu’est ce qui fait que pour moi décider est difficile ? »

- Le troisième renvoie à la capacité à apprécier le risque ce qui suppose d’analyser à la fois les données objectives et prospectives mais également les paramètres plus subjectifs (par exemple le poids du point de vue des autres dans ma décision). De nombreux outils (questionnaires notamment) existent depuis plusieurs décennies et ils sont intéressants dans leur potentiel de mise à distance de la décision. Cela permet de répondre aux questions : « Quelles sont mes priorités ? Sur quels critères puis-je négocier ? Quels sont les risques acceptables ? »

Mais ces approches renvoient plus globalement à deux facteurs décisifs dans les processus de choix liés à des biais cognitifs bien connus. Tout d’abord, nous avons tendance à nous replier sur le connu ce qui restreint les possibilités. Comment choisir ce qu’on ne connaît pas ? Et comment choisir ce qui n’existe pas encore ? Cela nécessite un travail d’ouverture au non connu, de développement de la curiosité largement développé dans les approches inspirées du Life Designing. Mais cela suppose aussi de prendre en compte la peur de l’échec, très ancrée dans notre société. Cette peur peut-elle même être un objet de travail pédagogique. En ce sens, s’intéresser à l’entreprise dans le champ de l’orientation n’est pas nécessairement la résurgence d’approches adéquationnistes. L’entreprise est un lieu où la question de l’ouverture et du risque se vivent au quotidien : aléas, innovations, faible prévisibilité des réactions clients, apparition soudaine de concurrents…tous ces éléments rythment la vie des organisations nécessitant des ajustements incessants et rapides, tout en conservant une continuité dans les valeurs et ses finalités. Si l’analogie a des limites, on perçoit la nécessité d’approches plurielles, ouvertes qui permettent d’associer une réflexion à la fois sur les intentions les goûts et les talents de chacun mais également une attention aux opportunités qui peuvent se présenter, une veille sur les secteurs qui apparaissent. En somme, penser l’orientation dans une approche préventive, expérientielle et pédagogique et non dans une rationalisation nécessairement restrictive. Aider chacun à faire des choix éclairés certes, mais en ouvrant et découvrant des perspectives. Si l’imprévisibilité est inquiétante, elle peut être également stimulante car rien n’est écrit.

« Or cet ailleurs est peut-être l’endroit où vous auriez aimé aller mais vous ne le saviez pas » dit finement Gelatt (1998) inspirateur de nombreux et étonnants travaux sur les incertitudes positives et la prise de décision créatrice. Un moment propice pour les relire et les utiliser ? L’équité sociale est aussi à ce prix.

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   André CHAUVET est consultant formateur dans les domaines du conseil en évolution professionnelle et de l'accomapgenment des parcours. Il est également coordinateur thématique EPALE France pour le thème des transitions professionnelles

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1 - 1 as 1 á dtaispeáint
  • Jean Vanderspelden's picture
    Merci André pour cet article tout en nuance, sur notre capacité évolutive, individuelle et collective, à gérer plutôt positivement, tout au long de nos vies, le risque et l'opportunité, les risques et les opportunités, en vue de lui donner du sens, via nos activités, dont le travail.

    A coté des huit compétences européennes, dont "Apprendre à apprendre", je propose d'ajouter une neuvième qui pourrait tourner autour "Apprendre à devenir" pour optimiser nos décisions et nos indécisions et qualifier nos explorations et l'exploitation raisonnées de l'inconnu... démultiplié avec l'essor du territoire numérique accessible au plus grand nombre.