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Le projet professionnel, pilier de la formation des jeunes peu qualifiés et sans emploi

27/11/2017
by Camille POIRAUD
Langue: FR
Document available also in: EN DE

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Patricia Pottier, chargée de mission au Conseil Régional Ile-de-France, a participé à la co élaboration d’outils, à destination des jeunes en insertion professionnelle. Cette approche par compétences et sa représentation graphique ont été inspirants pour d’autres travaux sur les compétences, notamment ceux menés par l’AEFA autour des compétences transversales.(cf article EPALE ).

Le travail sur les compétences réalisé par la Région s’inscrit dans le cadre du dispositif d’insertion professionnelle « Avenir Jeunes ». Pourriez-vous le décrire brièvement ?

Ce dispositif s’adresse à 12 500 jeunes environ, chaque année, âgés de 16 à 25 ans, peu ou pas qualifiés et sans emploi. « Avenir Jeunes » est composé de deux programmes. L’EDI (Espace de Dynamique d'Insertion), concerne les publics les plus éloignés de la formation (pour diverses raisons : sociales, accès au logement…). Les jeunes plus « installés » dans une démarche de formation ou de recherche d’emploi peuvent intégrer le PPP (Pôle de Projet Professionnel). L’EDI peut conduire directement à un emploi, ou bien être suivi par un PPP.

Comment vous êtes-vous investie dans ce dispositif ?

En 2008 j’ai repris des études en master 2 « Cadres et consultants en formation continue » (Paris V), pour effectuer une reconversion professionnelle. Pour construire ma recherche, j’ai effectué un stage centré sur l’analyse du dispositif Avenir Jeunes et des partenariats mis en œuvre au cœur de ce dispositif.

Celui-ci proposait, à l’époque, différents outils et prestations réalisés en marchés publics séparés : pôles de mobilisation, plateformes linguistiques et d’accès aux compétences de base, pôles de diagnostic et d’évaluation Les parcours de formation étaient souvent très longs et déconnectés des projets professionnels des jeunes pour les publics ayant des besoins linguistiques ou ne maîtrisant pas les compétences clés. Par exemple, j’ai assisté à certains tests de positionnement qui pouvaient être proposés en français, mathématiques et FLE (Français Langue Etrangère). Ces tests étaient très scolaires, tellement loin de leurs préoccupations professionnelles ! Autre exemple : celui d’un jeune libanais arrivé en France, qui souhaitait entrer en CAP électrotechnique et ayant déjà une expérience professionnelle dans son pays. Il a été obligé d’apprendre le BA-BA du français sans jamais qu’il soit fait référence au référentiel associé à son CAP, afin de de développer des compétences linguistiques en situation et de préparer une remise à niveau en situation professionnelle pour accéder à un  Centre de Formation d’Apprentis (CFA).

Mon analyse montrait que de nombreux jeunes se décourageaient au fil de leurs stages ; on pouvait s’interroger de la réelle optimisation du dispositif pour faciliter l’accès à l’emploi des jeunes les moins qualifiés et ne maîtrisant pas assez la langue.

Quelle suite a-t-elle été donnée à la recherche et l’analyse   d’ « Avenir Jeunes » ?

Dès 2010, une démarche de recherche-action a été mise en œuvre par la Direction de la Formation professionnelle continue de la Région, cherchant à impliquer un maximum d’acteurs de l’insertion pour co-construire des solutions adaptées. Elle a été accompagnée par Mariela de Ferrari, didacticienne des langues et un comité d’experts. Des responsables pédagogiques d’organismes de formation, des conseillers de missions locales ont contribué à l’élaboration d’un nouveau « référentiel » basée sur la méthodologie des cartes de compétences ; méthodologie développée par M de Ferrari. Représentants des ministères et des collectivités locales, universitaires, directeurs de missions locales, formateurs et stagiaires y ont ainsi participé lors de comités de pilotage inter institutionnels. Un comité scientifique a réuni des experts universitaires et responsables de programmes nationaux.

Ces expérimentations ont donné lieu à la construction d’outils centrés sur les projets professionnels des jeunes, la valorisation des compétences détenues à l’entrée en formation, avec en premier lieu la co construction d’une « carte de compétences » rendant visible les compétences acquises ou à acquérir pour réaliser ces projets (cf extrait du schéma, avec 12 axes thématiques et 4 cercles de maîtrise. Retrouver la carte grand format ici). Les outils ont ensuite été testés auprès de 300 jeunes  et ont fait l’objet de réajustement en fonction des besoins exprimés par le panel de jeunes. La démarche impliquante de recherche action et les accompagnements sur le terrain ont permis de travailler au plus près des jeunes, des responsables des organismes de formation et des formateurs afin de déployer ces outils co construits. Rappelons que le dispositif accueille près de 12 500 jeunes par an, en entrée-sortie permanentes, ce qui nécessitait cette approche collaborative et réflexive avec les structures d’insertion professionnelle !

L’étape suivante a été de diffuser ces expérimentations auprès des différents réseaux de la Région.

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Extrait de la carte de compétences

Avez-vous rencontré des résistances ?

Les résistances de terrain ont pu être levées et très vite : les formateurs se sont rendu compte du changement de paradigme opéré par cette méthodologie d’évaluation et de démarche durant la formation : les jeunes deviennent acteurs de leur parcours, apprennent à s’auto évaluer, sont dans une posture réflexive et les compétences issues de la carte sont travaillées, de façon individualisée, tout au long de leur parcours. Il y a 2 ans, une apprentie de Master 2, Jessica Sakre,  a montré que les stagiaires ayant des besoins linguistiques ou ne maîtrisant pas les compétences clés découvraient qu’ils avaient acquis, grâce à l’appropriation des indicateurs de la carte, un lexique et une réflexion importante autour des compétences qu’ils avaient développées. Ces aptitudes leur permettaient d’être plus à l’aise lors d’un entretien professionnel ou lors de leurs stages en entreprise.

Par contre, j’observe que certains professionnels et financeurs de projets de formation restent sur une approche « classique », linéaire de la prise en charge des publics de l’insertion professionnelle, pour laquelle la maîtrise des savoirs de base et des compétences linguistiques, décontextualisées, sont premières et le travail autour du projet professionnel et des activités situées sont seconds.

Or différents travaux universitaires, citons ceux de Sylvie Cartier, à Montréal, autour des stratégies d’apprentissages de la langue écrite (compréhension et production), ont montré que des apprentissages non-linéaires, abordant directement des situations complexes en sollicitant l’analyse des stratégies d’apprentissage par les élèves eux-mêmes, permettaient des constructions cognitives qui optimisaient les apprentissages. Il n’est pas besoin de comprendre l’ensemble des situations pour pouvoir les appréhender : pas à pas des compétences partielles se développent, dans une démarche réflexive sur les stratégies mises en œuvre et interrogées avec des pairs ou individuellement. Cette réflexion est étayée par le formateur ou le professeur.  C’est ce que montrent également, dans le champ de l’insertion professionnelle, les différents projets conduits par Mariela de Ferrari et les recherches autour de l’évaluation linguistique de Patrick Chardenet, maître de conférences en sciences du langage

On rejoint ici les réflexions essentielles sur la pensée complexe du sociologue et philosophe Edgar Morin.

Comment impliquer d’avantage les jeunes dans leurs apprentissages ?

Pendant 25 ans, j’ai travaillé pour l’Education Nationale. J’ai notamment été directrice d’un établissement scolaire public en Essonne. Différents courants pédagogiques, dont celui de Freinet avec l’approche coopérative et la co élaboration des savoirs entre pairs, le sens donné aux apprentissages autour de projets d’apprentissages interdisciplinaires, étaient utilisés afin de favoriser l’implication des enfants, leur réflexivité dans des activités de groupe ou des activités de classe inversée. Et oui, déjà, la classe inversée faisait son entrée !

Soucieuse du devenir des jeunes, décrocheurs ou jeunes ne maîtrisant pas la langue, mes expériences professionnelles passées, mes recherches universitaires en linguistique, en ingénierie partenariale, m’ont permis de proposer cette nouvelle approche à la direction de la formation professionnelle du Conseil régional. La recherche action basée sur les travaux de Mariela de Ferrari et des experts qui étaient en appui de ce projet, ont permis cette impulsion, à l’échelon d’une Région.

Le dispositif régional Avenir jeunes favorise désormais l’auto-évaluation des compétences par les stagiaires qui deviennent les acteurs de leurs parcours de formation et de professionnalisation -bien entendu guidés par les formateurs impliqués dans cette démarche innovante. Nous avons créé, en appui de la carte de compétences régionale, un outil numérique qui permet d’éditer, avec le stagiaire, des graphiques de carte pour mesurer la progression de chacun mais également des tableaux de compétences acquises en début et fin de formation et un tableau des compétences à travailler en formation. Ces supports constituent, pour partie, le livret du stagiaire et son portefeuille de compétences.

7 ans après la création de ces outils, quelles activités menez-vous pour poursuivre et diffuser l’approche par compétences ?

Tout d’abord depuis 2012, nous menons des accompagnements dans les organismes de formation pour déployer des « parcours sécurisés » en direction des stagiaires du dispositif. Ainsi, des entreprises, des Centres de Formations d’Apprentis, des organismes de formation qualifiante deviennent des partenaires précieux et participent de la préparation opérationnelle des stagiaires durant le parcours d’accès à l’emploi, à la formation qualifiante par la voie de l’alternance ou non. Dès qu’un jeune a validé son projet, il peut, au sein du dispositif régional Avenir jeunes, entrer dans un parcours dit « sécurisé » : les contenus du parcours sont co construits avec des partenaires qui s’engagent à réserver une place dans leur structure ou organisation, à l’issue de la formation. On se place toujours dans cette ingénierie partenariale au cœur de laquelle les ingénieries pédagogiques et les activités sont co construites entre partenaires qui sont pourtant de cultures professionnelles différentes. Ce qui est très intéressant !

Nous avons, depuis, fait un important travail de rapprochement de nos outils avec les autres référentiels autour des compétences. Par exemple, nous avons mis en correspondance notre carte avec le référentiel CléA du COPANEF et nous avons partagé notre démarche régionale et notre outil lors des travaux d’élaboration de la carte des compétences transversales de l’AEFA ; 6 axes structurant la carte AEFA sont identiques aux axes de compétences de la carte régionale. Il s’agit là encore de la même approche méthodologique et d’une référence aux travaux de M de Ferrari.

Je suis impliquée dans d’autres groupes de travail de l’AEFA autour de la promotion de l’alternance et de la sécurisation des parcours d’apprentissage. Ces thématiques sont également prioritaires pour la Région Ile-de-France.

Par ailleurs, j’interviens régulièrement lors de rencontres, séminaires ou dans des groupes de travail afin de présenter ces outils.

Ainsi j’étais ravie de constater que le département de Seine-Saint-Denis, dans son dernier appel à projet de formation, a adopté une approche par les compétences, en lien avec le projet professionnel des bénéficiaires du RSA.

Il reste encore à travailler la complémentarité des acteurs, à l’échelle d’un territoire, notamment avec les structures associatives qui accueillent des publics ayant des besoins linguistiques souhaitant accéder à l’emploi ou la formation qualifiante. De plus, le développement des compétences numériques, en lien avec le projet d’insertion professionnelle, est un sujet qui devient crucial pour les publics ne maîtrisant pas les codes écrits de la langue française.

Quel écho ces travaux ont-ils trouvé en Europe ?

Nous avons été sollicités par la Belgique et la Suisse, qui souhaitaient utiliser ces outils en se les réappropriant. Il n’y a aucun problème de notre côté, puisque ces outils sont dans le domaine public– il convient simplement d’apposer le logo de la Région Ile-de-France et de citer les sources!

Quels pays sont-ils les plus inspirants concernant l’insertion des publics les plus éloignés de l’emploi et de la formation ?

En tant qu’experte au CIEP (Centre International d’Etudes Pédagogiques) depuis une vingtaine d’années, j’ai pu découvrir et accompagner des politiques éducatives et de formation, menées en Europe. Je pourrais par exemple citer la Finlande, pour son approche éducative transdisciplinaire intégrant une approche par les compétences. 

J’ai également été intéressée par la place de la formation linguistique pour les publics migrants au Danemark. De plus, la réflexion engagée en Allemagne sur l’alternance ne peut qu’interpeller dans notre contexte de renforcement de l’apprentissage des jeunes.

Et il y a sûrement d’autres pays qui développent des actions innovantes en matière de formation et d’emploi. La question à se poser est « Dans une approche systémique et par les compétences situées, comment optimiser les apprentissages des publics, jeunes ou adultes en insertion professionnelle, en tenant compte des besoins de chacun et des pré requis d’accès à l’emploi ou à la formation qualifiante ?

 

Retrouver la carte de compétences et les fiches pratiques du guide "Evaluer pour se former dans les formations régionales" sur EPALE: ici

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  • Portrait de Barbara HILLER
    Merci bien pour avoir traduit cet article en français.
  • Portrait de Barbara HILLER
    Vielen Dank für die deutsche Übersetzung dieses Beitrags.