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Des tiers-lieux pour soulager la détresse psychologique des étudiants - 3ème vague

Les tiers-lieux ouvrent leurs portes pour que les étudiants sortent de chez eux

 

Conversation among strangers. Photo: New York Daily News Archive/Getty Images

La fermeture de leur tiers-lieux est l’un des faits les plus durs à supporter pendant les confinements.

Et plus le temps avance et plus se prolongent les restrictions dues à l’épidémie, plus les tiers-lieux prennent de sens. De nombreux articles de journaux dans le monde entier font écho des ressentis des habitantes et habitants pour qui la fermeture de leur tiers-lieux est l’un des faits les plus durs à supporter pendant les confinements. Sans ces lieux de sociabilités, les sentiments de solitude sont accrus et peuvent, dans certains cas débouché sur des formes dépression.

Dans cette étude de l’université de Michigan, les chercheurs montrent comment la fermeture de tiers-lieux où les gens se rencontrent pour socialiser, s'exprimer et se soutenir les uns les autres (cafés, salons de coiffure, centres commerciaux, parcs ou bibliothèques) impactent les sentiments de bien-être, de protection et de soin des personnes, notamment les personnes en situation de précarité. La professeure d'épidémiologie à l'École de santé publique Philippa Clarke, développe “Tout le monde ne veut pas aller dans un centre pour personnes âgées ou un centre communautaire. Les tiers-lieux offrent des possibilités d'engagement social, de soutien social informel et d'abri le tout pour le prix d'une tasse de café (…) la perte potentielle de ces lieux peut avoir des conséquences directes sur la santé et l'isolement des membres les plus vulnérables de la société

Des tiers-lieux pour soulager la détresse psychologique liée aux sentiments de solitude.

Chez les plus jeunes, les conséquences psychologiques de l’absence de tiers-lieux est largement étudié. Certains auteurs, comme le philosophe de l’éducation Guy Coq postule depuis de nombreuses années que les lieux de la périscolarité, ou bien les espaces entre l’école et la maison sont pour les élèves des tiers-lieux. Autrement dit, qu’ils sont les tiers-lieux des apprenants. C’est le cas notamment de cette recherche action nommé TERAPI qui étudie les comportements d’étudiants français, italien et roumain dans leurs tiers-lieux. Ou bien de ce récent article de l’Université de Portland qui démontre que les campus universitaires sont essentiels pour cultiver un sentiment d'appartenance chez les étudiants, mais que cependant la place dédiée aux tiers-lieux dans leurs conceptions est très insuffisante.

À ce propos plusieurs études montrent que ces lieux ont une importance majeure dans les périodes d’adolescence notamment. Un récent article scientifique de l’Institut national de la santé publique au Japon vient compléter qui émettent l’hypothèse d’une corrélation directe entre la fréquentation de tiers-lieux et la diminution de comportements suicidaires chez les adolescents. L’étude explique que dans un tiers-lieu, les adolescents peuvent se détendre en se libérant de la détresse psychologique accumulée dans la maison familiale ou bien à l'école. Ils peuvent parler ou passer du temps avec des amis, ou en interagissant avec d’autres adultes (role models). En passant du temps dans un tiers-lieu, les adolescents développent le sentiment d’être inclus dans une communauté, ou du moins de ne pas être exclus ce qui contribue à une meilleure estime de soi. Toujours au Japon, cette conférence de la professeur Fumiko Mega de la School of Health Sciences étudie comment les tiers-lieux peuvent créer un sentiment d'appartenance à une communauté et soulager la détresse psychologique liée aux sentiments de solitude.

The Tokyo Dialogue: Third Places and Mental Health in the City - Fumiko Mega

 

 

 

 

Les conséquences des confinements sur les conditions de vie des étudiants

En temps de pandémie les questions soulevées par la solitude des étudiants sont devenues un sujet majeur. Plusieurs études, locales et nationales ont cherché à comprendre le quotidien de la vie des étudiants confiné. Cette étude de l'École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP) décrit les impacts de la crise sanitaire sur la santé mentale des étudiants à Rennes : 60,3% présentent de signes de détresse psychologique et 23,2% présentent des symptômes de dépression.

Cette autre étude du Centre Hospitalier Universitaire de Lille étudie à l’échelle nationale les conséquences des périodes de quarantaines sur un panel de 60 000 étudiants. Elle relève notamment les problèmes de revenus ou de logement, l'isolement social et la faible qualité des informations reçues étaient associés à une altération de la santé mentale.

Enfin l’enquête l’Observatoire national de la vie étudiante montre que la crise sanitaire a eu d’importants effets sur leurs conditions de vie : “Les signes de détresse psychologique ont été dans l’ensemble plus nombreux dans la population étudiante pendant cette période de confinement, de même que la consommation d’alcool ou le renoncement aux soins. La formation à distance, mise en place dans la plupart des établissements, a permis de révéler de nouvelles inégalités au sein de la population étudiante : avec le développement des cours en mode distanciel, disposer d’un ordinateur personnel, d’une bonne connexion internet ou encore d’un environnement calme, sont devenus particulièrement essentiels pour la réussite de chacun·e. Les étudiant·e·s étranger·e·s, par l’éloignement de leur famille et leurs conditions de vie et de travail plus précaires, apparaissent ainsi comme les grand·e·s perdant·e·s de la crise sanitaire.”

 

COVER : étude de l’impact de la crise sanitaire Covid-19 sur la santé mentale des étudiants à Rennes

Les tiers-lieux ouvrent leurs portes pour que les étudiants sortent de chez eux

Comme en appel un collectif composé de dirigeants associatifs, des députés, des universitaires et le psychiatre Boris Cyrulnik : les tiers-lieux présentent tous les atouts nécessaires pour répondre rapidement aux centaines de milliers d’étudiants dont la santé mentale a été profondément altérée par la crise sanitaire, engendrant isolement et distanciation physique et sociale.

Alors pour faire face à cette situation psychosociale inédite et avant que soit mis en place des solutions conjoncturelles et structurelles, les tiers-lieux ont de nouveau été un recours à la crise sanitaire. Cet article du monde relate que de nombreux tiers-lieux ont ainsi ouvert leur porte afin permettre aux étudiants de sortir de chez eux et de changer de cadre pour étudier.

C’est le cas du pavillon des Canaux, au bord du canal de l’Ourcq, à Paris, qui a rouvert ses portes, en février, à des étudiants épuisés de suivre leurs cours sur écran dans des appartements exigus. C’est également le cas de la salle spectacles située à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), l’Espace 93, qui s’est réinventée en espace de coworking ou bien des salles d’un cinéma d’ Anglet (Pyrénées-Atlantiques.) qui se sont transformés en amphithéâtre pour accueillir des cours en présentiel

À La CabAnne des créateurs, située à Schiltigheim près de Strasbourg, les étudiants réservent leurs créneaux plusieurs jours à l’avance pour venir réviser. Malgré sa capacité maximale de 40 personnes, la CabAnne ouvre à une dizaine d’étudiants par jour seulement afin de ne pas entasser les personnes et favoriser les moments conviviaux. Elle met également à disposition des équipements informatiques pour les nombreux étudiants qui n’ont pas de matériel adéquat.

Mais les bienfaits psychosociaux ne sont pas unilatéraux et les télétravailleurs se réjouissent également de cette ouverture à un nouveau public comme l'indique le rapport les responsables du WIP, à Colombelle, près de Caen : il faut dire qu’avant la crise sanitaire ces espaces n’étaient pas fréquentés par les étudiants (...) Ce sont deux mondes qui avaient du mal à se parler.

Et pour soutenir ces élans de solidarité citoyenne, l'administration public tente de prendre la mesure. Par exemple, la région Grand Est a voté l’allocation de 5 millions d’euros aux Universités et Crous pour aménager l’accès à des tiers-lieux pour les étudiants afin de réduire la fracture numérique et l’isolement des étudiants : À partir du mois d’avril, les étudiants pourront se rendre dans ces espaces de travail et utiliser les ordinateurs, imprimantes et autres objets numériques. Des jobs étudiants seront créés pour animer ces lieux.

Mais ca c'était avant le nouveau confinement d'Avril 2021. A ce stade, personne ne sait à quoi vont ressembler les jours qui viennent. Une seule chose peut être prise pour certaine dans ce monde incertain, nous n'avons jamais eu autant besoin de nos tiers-lieux!!! 

 

Antoine Burret, sociologue et coordonnateur thématique EPALE sur les tiers-lieux apprenants

 

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