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Autour du mot "Conseil" – Mais enfin de quoi parle-t-on ?

06/10/2015
by Thierry Ardouin
Langue: FR
Document available also in: EN BG

Cet article réalise un point sur un terme très utilisé : conseil. Il présente l'origine, montre la diversité et propose deux définitions pour en dégager les caractéristiques principales.

Qui n'a jamais eu affaire avec le conseil ? Qui n'a jamais donné ou reçu un conseil ? En un mot, le conseil est partout et correspond à un terme générique. Le conseil montre de multiples facettes :

  • Un lieu et un espace : la "salle du Conseil" avec une certaine solennité.
  • Une assemblée ou une équipe : une réunion de personnes, dans un endroit déterminé, qui émettent leur avis, "le Conseil", avec un dimension d'autorité.
  • Un acte ou une action : donner un conseil.
  • Un produit ou un résultat : avoir un conseil, un avis porté par quelqu'un sur quelque chose.
  • Une personne ou une équipe : à qui on demande un jugement ou une expertise.
  • Une méthodologie et un processus : réaliser un conseil selon un déroulement outillé et planifié.
  • Une relation : le conseil renvoie systématiquement à une mise en relation au minimum de deux personnes, groupes, structures ou organisations.

Le conseil est sans doute « une des plus vieilles activités du monde » et a existé sous toutes les latitudes et sous différentes formes : conseillers des princes, religieux ou ésotériques. A partir du XIXème siècle, le conseil s’est professionnalisé pour devenir un corps social spécifique avec sa diversité et ses disparités (Villette, 2003). Le conseil se retrouve à tous les niveaux de la société et du travail. Le conseil peut être politique, stratégique et décisionnel, institutionnel, organisationnel, méthodologique ou technique et opérationnel. L'activité de conseil prend de nombreuses formes et de nombreuses appellations.

 

De l'usage exponentiel du conseil

Alexandre Lhotellier (2000) dresse une liste impressionnante et vertigineuse du champ du conseil aujourd'hui (pp.34-35) qui apparaît à tous les niveaux et tous les moments de la vie personnelle, sociale, professionnelle, économique ou politique. Lhotellier parle de "l'inflation des pratiques nommées conseil", de "profusion", "d'accélération", de "parcellisation", qui amène de "la  confusion" et de la "suspicion" (pp.15-24). Et il interroge l'usage du conseil de manière provocatrice : "Serions-nous dans l'ère du "conseillisme" comme médecine des maladies sociales en période libérale ? Ou serions-nous atteints par une épidémie de "conseillite" comme maladie du conseil?" (p.46).

 

Partons de deux définitions…

"Partons d'une description générale : une personne, ou une équipe, supposée compétente, est consultée par une autre personne, un groupe ou une organisation pour émettre un avis sur un problème et indiquer ce qu'il convient de faire." (Bercovitz, 1987, p.67)

"Tenir conseil, c'est tenir ensemble la totalité du processus engagé dans chaque situation singulière concrète, processus qui se constitue dans et par la praxis de la personne (ou des ensembles de personnes)." (Lhotellier, 2000, p.69)

 

… et dégageons les traits communs du conseil

  • Une relation versus échange (économique, cognitif, technique, affectif, informatif) entre un client et un prestataire de service.
  • A l'origine, un problème ou une situation-problème à traiter ; présenté par le client comme relevant de la compétence ou de la posture extérieure du "consultant" et donc de la "non compétence, impuissance ou incapacité" du client (réelle, perçue, estimée, hors champ ou temporaire). Cet aspect peut être particulièrement difficile à reconnaître et/ou accepter.
  • Une demande, plus ou moins formulée, qui est une demande d'aide ou d'appui (orientations, directives à suivre, informations, apports ou assistance technique ou méthodologique).
  • Des savoirs, outils, méthodes, une expérience, voire une renommée considérés comme maîtrisés par l'intervenant.
  • Une relation de conseil s'inscrit dans une démarche contractuelle intégrant un objectif et les modalités de travail (durée, moyens, attendus ou livrables).
  • Une dimension de confidentialité.
  • Le travail avec l'intervenant débouche sur des recommandations et/ou des actions à réaliser dont la responsabilité et la mise en œuvre reviennent au client.

 

Et maintenant

Le terme "conseil" est bien un terme générique et la situation du conseil nécessite de dégager l'environnement et les caractéristiques de réalisation, les conditions de mise en œuvre et les acteurs partie prenante. Il s'agit donc de bien repérer les différences de situations, de définir et de cadrer le type d'intervention réalisée. Quelle soit individuelle, collective, sollicitée ou imposée, l'intervention de conseil doit être définie et contractualisée, en s'appuyant sur des professionnels.

 

Ardouin Thierry

Professeur des Universités en Sciences de l'éducation - Université de Rouen - France

Ces travaux portent sur les questions de la professionnalisation, des compétences, des identités, de l’ingénierie et du conseil en formation. Il a publié de nombreux ouvrages, articles et coordonné des numéros de revues dans le champ de la formation des adultes et de l'intervention. Il intervient auprès d’organisations, d’entreprises ou d’institutions pour des missions d’études, audit ou ingénierie en France ou à l’étranger.

Références

Ardouin T., Lacaille S. (2009), L'audit de formation, Paris : Dunod.

Bercovitz Alain (1987), "Esquisse d'une analyse de la fonction conseil", in L’intervention, Connexions n°49, érès, p.67.

Lhotellier A. (2000), Tenir conseil. Délibérer pour agir, Paris : Seil Arslan.

Mougel P. (2003), « Les consultants aux savoirs incertains » in J.P. Astolfi, Education et formation : nouvelles questions, nouveaux savoirs, Paris : ESF.

Villette Michel (2003), Sociologie du conseil en management, Paris, Repères La découverte.

 

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  • Portrait de Sandrine Costil-Pesnel

    Afin de compléter cette excellente contribution sur le thème du « conseil », voici une sélection de quelques articles de recherche récents en français qui interrogent sur les métiers du conseil :

    Belorgey, N. (2014). Machiavel aujourd’hui : des consultants au travail dans le secteur public. La nouvelle revue du travail [En ligne], 4, [consulté le 20 décembre 2015]. URL : http://nrt.revues.org/1604

    Berrebi-Hoffmann, I., Lallement, M. (2009). À quoi servent les experts ? Cahiers internationaux de sociologie [en ligne], 1, [consulté le 21-12-2015] n° 126, p. 5-12. URL : www.cairn.info/revue-cahiers-internationaux-de-sociologie-2009-1-page-5.htm

    Boussard, V. (2009). Les consultants au coeur des interdépendances de l'espace de la gestion. Cahiers internationaux de sociologie [en ligne], 1, [consulté le 21-12-2015] n° 126, p. 99-113. URL : www.cairn.info/revue-cahiers-internationaux-de-sociologie-2009-1-page-99.htm

    Henry, O, (2013). Comment se forment les dispositifs de jugement ? Une analyse socio-historique des activités de conseil (1912-1952). Revue Française de Socio- économie, 12, 2, p.171-190.

    Maestripieri, L. (2014). Les jeunes consultants en management entre précarité et ambition. Recherches sociologiques et anthropologiques [En ligne], 45-2, [consulté le 21 décembre 2015], p. 127-147. URL : http://rsa.revues.org/1293

    Thine, S., Lagneau-Ymonet, P., Denord, F., Caveng, R. (2013). Entreprendre et dominer. Le cas des consultants. Sociétés Contemporaines, 1, n°89, p.73-99.

    Bonne lecture

  • Portrait de Thierry Ardouin

    Les commentaires invitent à poursuivre la réflexion sur le conseil. Est ce le conseil individuel ou organisationnel ? Effectivement le conseil peut être en direction ou être travailler avec une personne : conseil de type individuel, ou vers et avec un collectif ou une organisation (école, établissement, organisme, entreprise, région) : conseil de type organisationnel. Cette distinction est primordiale et ne fera pas appel aux mêmes atttentes, attittudes, outils, démarches, et compétences de la part de l'intervenant. Un autre point primordial est de savoir "d'où vient la demande ?" , qui est à l'origine de la "demande" ou de l'intervention de conseil. Le conseil fait partie de notre société, devant les enjeux, tant individuels qu'organisationnels, une posture professionnelle s'impose.

     

  • Portrait de David BOURNE

    Le Conseil en Evolution Professionnelle (CEP) est en place depuis bientôt un an. Se profile désormais le Compte Personnel d'Activité qui prendra un caractère universel et concernera toutes les personnes dès l'âge de 16 ans.

    Il est probable que l'émergence de ce nouveau compte  réinterrogera de façon non négligeable  la manière de concevoir  l'accompagnement et, par voie de conséquence, le conseil.

    Cela pose églement la question du modèle économique d'un accompagnement personnalisé de masse.

  • Portrait de Jean Vanderspelden

    Merci pour cet éclairage du conseil et des pratiques de conseil. Dans le champ des formations ouvertes (FOAD), l'accompagnement des apprenants qui alternent "présentiel et distance" est un des critères qualité des dispositifs innovants. Un accompagnement pédagogique résulte d'une somme évolutive de consignes (cadre fixé à l'apprenant) et de conseils (liberté donnée à l'apprenant, principe d'ouverture). La capacité collective de conseiller un apprenant dans son parcours, au sein de sa communauté d'ativités, me semble être un point clé pour instaurer un environnement d'apprentissage fertile.