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La formation pour (ré)concilier numérique et transition écologique

Comment réduire l’empreinte carbone - et plus largement environnementale - du numérique ? C’est à cette question qu’ont répondu les intervenants d’un webinaire organisé par EPALE France le 21 octobre 2021. Partant du constat que cette empreinte est avant tout le fait des équipements, ils ont détaillé les compétences nécessaires pour concevoir et produire des appareils moins polluants ainsi que les formations possibles pour améliorer les usages.

Le replay est disponible ci-après : https://www.youtube.com/watch?v=GKyGD-lB2Is

 

gilles

Empreinte du numérique : les équipements avant tout

« Changer de téléphone, c’est une mauvaise idée » : dans le domaine du numérique, « contrairement à ce qu’on a pu entendre il y a quelques années, l’empreinte carbone est principalement le fait des équipements » et fabriquer un téléphone revient à émettre « entre 100 et 300 kg de CO2 ». C’est en ces termes que Gilles Babinet, le co-président du Conseil national du numérique, pose les termes des enjeux environnementaux du numérique qui sont au centre de plusieurs textes législatifs. En France, le sénateur Patrick Chaize (Ain, LR) porte ainsi une proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique. Et au niveau européen, complète Gilles Babinet, la Commission « mène le débat pour déterminer la façon de prendre en compte le numérique dans les enjeux de planification des émissions carbone, pour faire en sorte d’appliquer une taxe carbone sur les équipements importés qui soit proportionnelle aux émissions induites ».

Une production relocalisée nécessite « un espace de compétences »

Pour le coprésident du CNNum, « l’enjeu est aussi celui de la relocalisation », car l’empreinte carbone de microprocesseurs fabriqués en Chine ou en Asie du Sud-Est, où l’électricité est extrêmement carbonée, est trois à quatre fois supérieure à ce qu’elle serait s’ils étaient fabriqués en France. La relocalisation, qui est aussi une question de souveraineté, « ne se résoudra pas par un grand plan colbertiste, un airbus du microprocesseur mais par la montée en compétences d’une grande diversité d’acteurs - ce qui nécessitera une décennie ou peut-être une génération ». « Cet enjeu est avant tout politique et oblige à définir l’espace européen non comme un seul espace de marché mais comme un espace intégré d’expression de politiques industrielles et de compétences », ajoute-t-il.

Les industries à forte valeur ajoutée, meilleures pour l’environnement

Il rappelle qu’ « il y a quelques années, on se vantait de faire de l’Europe un espace sans usines ». « On réalise aujourd’hui qu’une dynamique forte nécessite de maîtriser des usines qui comptent de moins en moins d’ouvriers manufacturiers mais des acteurs de service industriel. » Il cite à ce titre Taïwan ou la Corée qui « ont su mettre en place des systèmes intégrés à très forte valeur ajoutée ». En Europe, il cite les les Pays-Bas comme pays intéressant « qui maîtrise une partie des technologies de fabrication des microprocesseurs avec l’entreprise ASML ». 

Gilles Babinet cite par ailleurs les modèles suisse, allemand, autrichien et scandinave qui « reposent largement sur l’apprentissage ». « La Suisse est un des pays de l’OCDE qui compte le moins de diplômés de l’enseignement supérieur mais propose une continuité dans l’apprentissage remarquable », souligne-t-il : « Apprentissage et industrie fonctionnent de conserve, ce qui pousse à concevoir des formations ni élitistes ni éloignées de la réalité, en mesure de convenir à des élèves de 14 ou 15 ans comme à des seniors. »

 

lise breteau

Des logiciels qui ne provoquent pas l’obsolescence du matériel

« 80 % de l’empreinte carbone du numérique provient des équipements », confirme Lise Breteau, avocate et membre du collectif Green IT. « Aussi, plus nous faisons durer nos équipements moins les usages numériques vont impacter l’environnement », résume-t-elle évoquant un enjeu corollaire : celui des logiciels. « Il est nécessaire de faire en sorte qu’ils résistent longtemps, sans saturer les mémoires ni ralentir le matériel, sans provoquer son obsolescence », explique-t-elle. Une question à prendre en compte « dès la conception d’un service numérique ». D’où l’importance des formations de professionnels en écoconception du numérique, « développeurs, ingénieurs ».

Pour autant, souligne-t-elle, « le bout du bout du low-tech consiste à se poser la question de la nécessité du numérique pour tel et tel service : une appli est-elle nécessaire ? un site web sursaturé de photographie et services annexes ? Parfois on a juste besoin d’un SMS ou même d’une conversation de vive voix. »

Une multitude d’indicateurs environnementaux à prendre en compte

Lise Breteau rappelle aussi que l’impact environnemental du numérique dépasse la simple question des émissions de CO2 : « on a parfois des tensions sur l’eau qui poussent à faire des choix entre le centre de données qui consomme beaucoup d’eau, l’agriculture ou l’eau de ville », illustre-t-elle. Autre indicateur à prendre en compte : les terres excavées. « Pour produire un microprocesseur, cela nécessite des métaux rares qui nécessitent d’excaver énormément de terre et d’utiliser des produits très toxiques qui sont ensuite rejetés dans la nature », détaille-t-elle. Elle estime que, pour réguler ces processus, « il n’y a pas d’autre solution que la contrainte réglementaire » : « le seul volontariat ne suffira pas, les contraintes induites sont très fortes. »

 

inr

Plus de 150 000 tonnes de déchets radioactifs produits par an

« On extrait chaque année 130 000 tonnes de matières rares dans le monde pour la production des équipements connectés », abonde Rémy Marrone, directeur de projet à l’Institut du Numérique Responsable (INR), « une réunion d’entreprises qui souhaitent discuter de l’empreinte environnementale du numérique ». Or, « pour une tonne de matière rare extraite, 1,4 tonne de déchets radioactifs est produite » : « on est donc à plus de 150 000 tonnes de déchets radioactifs produits par an » à cette fin.

Une pratique responsable conduit à une diminution des coûts

L’INR a ouvert un MOOC pour permettre aux entreprises et aux collectivités de se former sur « le numérique responsable ». « L’objet du MOOC est de comprendre en quoi consiste cette empreinte et trouver des solutions », détaille-t-il : « il se compose d’une partie de 30 minutes et d’une autre de 4h30 pour aller plus loin et être en capacité d’agir au sein des entreprises, avec de petits gestes qui permettent d’avancer. » Un certificat de connaissance est associé au MOOC. « Pour faire en sorte que les choses changent, il faut montrer l’intérêt de la démarche, or une pratique responsable conduit aussi à une diminution des coûts : parfois remplacer une vidéo par un texte permet des choses extraordinaires au plan graphique tout en étant moins coûteux, moins énergivore et plus accessible aux personnes qui ont des déficiences ou simplement un mauvais accès à internet. »

 

good manager

Un projet européen pour recenser des bonnes pratiques pour réduire l’impact environnemental dans son organisation

Le projet européen Erasmus+ " The Good Manager ", mené avec plusieurs partenaires de France, Belgique, Bulgarie, Italie et Espagne, entend lui aussi fournir des outils pour aider les organisations à définir une stratégie numérique en tenant compte de l’impact de celui-ci sur l'environnement. Pour ce faire, les porteurs du projet s’appuient sur un recueil des bonnes pratiques dans les pays partenaires. « L’objectif est d’en recenser une soixantaine, nous en avons déjà identifié la moitié », détaille Nicolas Rodelet, responsable du Labo de l’édition à Paris&Co. Il cite l'exemple d' « une PME qui fabrique des produits de confort autour du pied » et qui, en 2015, « a décidé de mettre en œuvre une politique de reconditionnement du matériel informatique » : l’entreprise en est « à 40% de matériel reconditionné ». Un autre axe de leur réflexion est celui du « numérique correctement mis en œuvre », ce qui, poursuit Karine Duperret, directrice générale des Apprimeurs, permet aussi d’intégrer la question de l’accessibilité au numérique, d’autant plus cruciale « que la population est vieillissante ».

 

ping

Des initiatives citoyennes d’éducation au numérique responsable

Autre expérience, celle d’un un atelier partagé dans un quartier prioritaire de Nantes où ont été « remises au goût du jour des activités comme la couture ou la réparation de grille-pain », explique Julien Bellanger, chargé de développement à l’association Ping. « L’association est engagée à l’origine dans les logiciels libres, qui sont des logiciels qu’on peut modifier et réparer », poursuit-il : « Nous voulons mettre au même endroit ce qui relève d’internet, de la mécanique et de l’électronique pour travailler sur notre relation aux objets et à la consommation, via l’appropriation des technologies par le plus grand nombre. »

Par ailleurs, Julien Bellanger raconte comment, sous l’impulsion de la Maison du libre, le département de Loire-Atlantique a identifié et mis à disposition 60 ordinateurs, qui, une fois reconditionnés, ont permis d’équiper « tout un collège ». Dans la foulée, Nantes métropole a « créé une filière numérique responsable, du reconditionnement de parcs informatiques issus de grands groupes et de collectivités à l’accompagnement de publics, avec du matériel reconditionné et du logiciel libre. » En conséquence, l’association est sollicitée pour former des éducateurs en logiciel libre.

 

Franck Beysson

Un support pédagogique à destination des enseignants et des élèves

Comment éduquer les plus jeunes aux enjeux environnementaux et sociaux du numérique liés à la fabrication des appareils et à la fin de vie des déchets ? C’est sur cette question que s’est penché quant à lui Franck Beysson au sein de la Ligue de l’enseignement de la Loire qui a mis en place des supports pédagogiques pour les enseignants et les élèves sur les outils numériques et « leurs impacts concrets ».

Pour réaliser ce support, sous la forme d’une mallette pédagogique, « la difficulté a été de savoir comment en parler et sur quelles informations se baser », témoigne Franck Beysson qui met en exergue « les nombreuses informations contradictoires à disposition pour évaluer l’impact du numérique ». « Nous nous sommes entourés d’organismes qui ont cette expertise, comme Green IT, l’Ademe, ou Shift », raconte-t-il. Les malles pédagogiques, en carton, permettent « de parler du numérique sans numérique » et détaillent par exemple « le cycle de vie d’un smartphone et ses impacts environnementaux » ou posent les bases d’un « débat philosophique sur l’apport du numérique au quotidien ». « Il s’agit d’un projet européen avec des partenaires en France, Belgique et Italie doté de 320 000 euros de financement d’Erasmus +, complémenté par des financements propres et des financements de l’Ademe », précise Franck Beysson.

 

Sébastien Thierry

Les transitions numériques et écologiques au cœur d’Erasmus +

En effet, un autre point d’appui au service des compétences numériques est le nouveau programme Erasmus + pour la période 2021-2027 qui, rappelle Sébastien Thierry, directeur adjoint de l’agence E+, « se positionne fortement sur les thématiques environnementales ». En outre, l’Agence veut donner l’exemple : « on a commencé à mesurer notre empreinte carbone, liée à nos déplacements et aussi liée au numérique : plus de 80 % de cette empreinte est le fait des équipements. » L’agence a donc mis en place une démarche d’achats durables et a annexé à son règlement intérieur une charte écoresponsable.

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L'intégralité de la webconférence est disponible au lien ci-aprèshttps://www.youtube.com/watch?v=GKyGD-lB2Is

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