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Comment Mark Twain a appris à piloter un bateau à vapeur sur le Mississipi.

28/08/2017
Langue: FR
Document available also in: EN DE

L’écrivain américain Mark Twain est d’abord connu pour les aventures de Tom Sawyer et d’Huckleberry Finn. Il l’est aussi pour son journal dont Barak Obama a dit que sa lecture lui avait permis de comprendre l’Amérique. Enfin, il est connu pour ses récits. Dans un de ces récits, intitulé « La vie sur le Mississipi », Mark Twain consacre plusieurs chapitres à raconter avec une précision et une drôlerie absolument uniques comment il a appris à piloter un bateau à vapeur sur le Mississipi. A cette époque, le jeune Mark Twain n’est ni journaliste ni écrivain et le prestige des pilotes des immenses bateaux à vapeur qui naviguent sur le Mississipi encore sauvage est tel qu’il décide de devenir lui-aussi pilote. A l’époque de cet apprentissage, le Mississipi est un fleuve indompté dont le cours évolue en permanence : le niveau de l’eau varie entre des crues qui envahissent les abords du fleuve sur des dizaines de kilomètres et des périodes d’assèchement pendant lesquelles le niveau très bas réduit les possibilités de manœuvre et accroît les risques de contacts avec le fond, les rochers, les arbres morts, les épaves. Les variations se font de manière très rapide, mais la sauvagerie du fleuve transforme aussi les berges, ou le lit même du Mississipi en permanence. La circulation de toutes sortes d’embarcations est intense, des arbres à demi immergés et toutes sortes d’objets flottants peuvent surgir à tout moment. La profondeur varie dans le temps et l’espace, des rochers affleurent, le brouillard peut tout obscurcir. On ne saurait trouver d’exemple aussi caractéristique de ce que la psychologie ergonomique appelle des « environnements dynamiques », autrement dit des environnements qui évoluent indépendamment des actions d’un professionnel et que celui-ci doit parvenir à se représenter suffisamment bien pour anticiper et ajuster l’action à ces évolutions.

Les pilotes sont eux, de véritables institutions, très reconnus et très bien rémunérés car leur responsabilité de pilote est considérable et leur compétence recherchée et admirée. La loi prévoit qu’ils n’ont de conseils et d’ordres à recevoir de personne, y compris du capitaine du bateau. L’apprentissage est long et Mark Twain doit payer 500 dollars de l’époque à valoir sur ses futurs salaires de pilote pour que monsieur Bixby accepte de lui apprendre « environ douze ou treize cent miles du grand Mississipi » (p.78).

Les chapitres du récit de Mark Twain consacrés à l’apprentissage peuvent nous apprendre beaucoup sur ce que peut être un apprentissage en milieu de travail, et sur le rôle que peut jouer un professionnel expérimenté et très pédagogue pour l’apprentissage. Monsieur Bixby ne se contente pas de mettre à profit les opportunités d’apprentissage qui se présentent sans cesse au fil de la navigation, il organise l’apprentissage et le nourrit de ruses. Il prend un vrai plaisir à lui faire découvrir l’étendue de son ignorance, et, pendant quelques semaines, on peut dire que le plus Mark Twain en apprend, le plus l’étendue de ce qu’il ne sait pas s’accroît. On a là une fonction essentielle des tuteurs ou compagnons plus expérimentés : suspendre la construction trop rapide d’un sentiment de compétence trop assuré pour mettre en évidence ce qui reste à apprendre.

Si Monsieur Bixby ne craint pas de prendre le risque du découragement de son apprenti, il n’hésite pas non plus à reconnaître les capacités qu’il a acquises. Il ne craint pas non plus de le placer dans des situations délicates, inédites pour le jeune pilote, et de retarder au maximum le moment d’intervenir. Ces façons de faire sont loin d’être partagées dans les milieux de travail par ceux qui exercent des fonctions de tutorat ou de formation.

L’une des richesses du récit de Mark Twain tient à ce que l’écrivain parvient à la fois à décrire

  • l’environnement de travail que les pilotes doivent maîtriser : un fleuve sauvage, sans cesse changeant, un bateau gigantesque et fragile rempli de passagers et de marchandises,

  • les risques, tromperies, sources d’erreurs et d’illusions, générées par cet environnement mais aussi par les illusions d’un sentiment de compétence trop précoce,

  • les actions et les trucs, les ruses du pilote, qui relèvent de stratégies pédagogiques très élaborées,

  • ce que ressent le jeune apprenti, tout au long de son apprentissage.

Comme on l’avait déjà souligné avec le livre « composer avec les moutons », il se peut que les livres qui nous apprennent le plus sur l’apprentissage ne sont pas toujours les livres écrits par des spécialistes de l’apprentissage. En tous les cas, peu de livres techniques et scientifiques sont aussi bien écrits, aussi drôles et passionnants et aussi riches d’apprentissage sur l’apprentissage.

 

On trouve les chapitres consacrés à cet apprentissage regroupés sous le titre : à quoi rèvent les garçons, devenir pilote sur le Mississipi. Editions Folio.

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=12&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwiX_fv3nvrVAhWIPhQKHW4ODiMQFghVMAs&url=http%3A%2F%2Fwww.gallimard.fr%2FCatalogue%2FGALLIMARD%2FFolio%2FFolio-2%2FA-quoi-revent-les-garcons&usg=AFQjCNFMLv21n1-wJIrqtPPWW4eiwpoZiA

 

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    Excellente histoire et excellent rappel.