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Bienvenue au cours de danse! Moyenne d'âge: 77 ans

10/10/2016
par Camille POIRAUD
Langue: FR
Document available also in: EN BG FI HR

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En pénétrant dans le centre communautaire, deux rangées de têtes parfaitement permanentées m'observaient de l'autre côté du couloir. Je me demandais si elles avaient réalisé que ce jeune freluquet était leur nouveau professeur... J'ai traversé timidement la piste de l'Institut (workingmen's institute) et  aisalué Wendy, mon assistante, avant de mettre mes chaussures de danse, sous le regard de 14 paires d'yeux qui observaient chacun de mes mouvements.

Il m'a paru étrange de me présenter comme professeur à un groupe de seniors qui avaient en moyenne 40 ans de plus que moi. Ce n'est pas tous les jours que l'on se sent intimidé par des mamies ou des papis, même quand ils vous sourient. J'étais habitué à enseigner à des enfants, à être le plus vieux, l'adulte plus avisé, mais là j'étais confronté à l'opposé, enseigner à des personnes ayant le triple de mon âge.

Wendy, professionnelle chevronnée, avait l'habitude de tout ça et commença la classe, mais après avoir élue ma partenaire, une charmante dame habillée en lavande, j'ai compris qu'elle était plus nerveuse que moi, en partie gênée d'être dans les bras d'un jeune de 27 ans, et à cause de l'appréhension pour quelque chose de nouveau. Après quelques échanges sur mes motivations à enseigner bénévolement la danse à cette classe (l'amour de la salle de bal et un désir de mieux connaître l'ancienne génération), et un gloussement ou deux à cause d'un faux pas, les tensions ont disparu.

Le rythme du cours était ralenti, non pas parce ces personnes apprenaient lentement, mais parce que je devais adapter mon cours à leurs besoins et à leur confort. Danser un foxtrot à fond de train avec des individus aux os fragiles, dont l'équilibre est précaire, ayant une arthroplastie et des chaussures pour pieds sensibles n'est pas pratique (et un cauchemar sur le dos), mais avec une bonne semelle, moins de pirouettes et plus de retenue dans les mouvements, tout se passe bien.

Bien-sûr, certaines personnes étaient plus souples que d'autres et pouvaient aller au-delà de leurs zones de confort. J'ai fait faire des pirouettes à une dame sur la piste au cours d'un foxtrot plutôt énergique. À la fin du morceau, nous étions tous deux hors d'haleine, alors elle s'est mise à rire en versant des larmes de bonheur et elle a dit, « Je n'avais pas fait ça depuis l'âge de 19 ans ! Je vous remercie, car je me suis sentie jeune à nouveau ». Ce qui m'a rappelé pourquoi j'avais voulu être bénévole, ­et le pouvoir de la danse sur le corps et l'esprit.

D'ailleurs ceci m'a amené à m'interroger sur les motivations de mes élèves. Pour certains, il s'agissait de revivre un moment de leur jeunesse, pour d'autres de rester actifs et d'apprendre quelque chose de nouveau, mais pour la plupart c'était à cause de la solitude. Certains d'entre eux avaient perdu leur conjoint ou leur frère ou sœur et recherchaient simplement de la compagnie dans une ambiance où ils ne sentaient pas vieux.

Pour moi, ce cours occasionne de grandes conversations (même si la danse est un peu reléguée au second plan), mais pour eux il s'agit d'une bouée de sauvetage ou comme l'a dit un jour Anne, 84 ans, durant un tango « il reste encore de la vie dans ce vieux chien !».

Ross Clarke est journaliste indépendant et écrit des articles sur les modes de vie. Il est conseiller d'éducation en Espagne où il vit. Il a enseigné l'anglais en tant que langue étrangère à des apprenants de tous les niveaux au Royaume-Uni et en Espagne, et ses conseils englobent tous les aspects de l'éducation supérieure au Royaume-Uni. Il enseigne la danse durant son temps libre et le CLIL (Content and Language Integrated Learning) est sa spécialité.

 

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