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Un tiers lieu dédié au réemploi et à l’innovation sociale: l’exemple de La Mine dans le Val de Marne

Dans ce blog, David Lopez, expert thématique EPALE, présente un tiers lieu créé en 2016, à Arcueil (Val de Marne). C’est un projet se voulant construit comme un modèle proche de la sociocratie, ou la gouvernance dynamique: un mode de gouvernance partagée. La Mine est Implantée au cœur d’un territoire en devenir, notamment du fait des projets d’aménagement du Grand Paris. La structure souhaite s’appuyer sur le développement économique du territoire et l’implantation de nouveaux quartiers d’habitation pour promouvoir et développer son activité. Grâce à la présentation du lieu par Régis PIO, co-fondateur de La Mine, David Lopez propose quelques éléments de compréhension de la structure et des interactions entre différentes approches au sein de La Mine.

« Tiers-lieu » est un terme extrêmement utilisé pour indiquer de nouvelles pratiques sociales, et notamment celles qui concourent à trouver des solutions, à proposer des actions dans le champ de l’emploi, de l’insertion, de la formation, de la vie sociale. Le tiers lieu renvoie à une sorte de modernité.

Pourtant est-ce si nouveau ? Et les caractéristiques de ces tiers lieux sont-elles si définies ?

D’où vient le terme ? C’est une traduction de l’anglais « third place » qui fait référence aux environnements sociaux venant après la maison et le travail. Cette thèse développée par Ray OLDENBURG, professeur émérite de sociologie urbaine à l’Université de Pensacola (Floride), dans son livre publié en 1989 « The Great Good Place » n’est pas non plus nouvelle. Elle définit de manière plus précise ce que l’école de Chicago a analysé dès la fin du 19ème siècle. La Ville était vue comme un laboratoire social, avec les configurations de quartiers, la formation de réseaux et les rites de sociabilité.

Aujourd’hui, de nombreuses définitions cohabitent, en France, en Europe et dans le monde. Sans vouloir rentrer dans des définitions par trop normatives, disons que les Tiers lieux sont importants pour la société civile, la démocratie, l’engagement civique et l’appropriation des espaces sociaux.

EPALE France a réalisé une rencontre thématique sur les tiers lieux apprenants en octobre 2019, avec des exemples et des regards venant d’Italie et d’Allemagne. Une sélection d’articles peut être demandée à EPALE France. epale@agence-erasmus.fr

Dans ce blog, je vais présenter un tiers lieu créé en 2016, à Arcueil (Val de Marne). C’est un projet se voulant construit comme un modèle proche de la sociocratie, ou la gouvernance dynamique. C’est-à-dire un mode de gouvernance partagée qui permet à une organisation, quelle que soit sa taille, de fonctionner efficacement selon un mode auto-organisé caractérisé par des prises de décisions distribuées sur l'ensemble de la structure.

Grâce à la présentation du lieu par Régis PIO, co-fondateur de La Mine, je propose quelques éléments de compréhension de la structure et des interactions entre différentes approches, en œuvre au sein de La Mine.

  1. LA MINE.

La Mine est Implantée au cœur d’un territoire en devenir, notamment du fait des projets d’aménagement du Grand Paris. La structure souhaite s’appuyer sur le développement économique du territoire et l’implantation de nouveaux quartiers d’habitation pour promouvoir et développer son activité. La Mine a créé, et notamment ces deux dernières années, avec un développement important, plusieurs lieux et des activités diversifiées et complémentaires:

https://epale.ec.europa.eu/sites/default/files/img_20170603_175133604_1_1_1.jpg

- la ressourcerie est un centre de traitement et de revalorisation des encombrants et des objets assimilés ;

- le café associatif, café solidaire, est organisé comme un lieu de vie, de rencontres, de convivialité et de créativité ;

- le Fablab et l’atelier mettent à la disposition du public des outils de fabrication numérique et des moyens techniques pour réaliser des objets ;

- les activités hors les murs, comme La Braderie-Guinguette sont des initiatives en itinérance autour du réemploi sur les villes d’Arcueil, Cachan, Gentilly, Villejuif, Chevilly la rue, L’Haÿ-les-Roses, en direction des habitants des grands quartiers d’habitats collectifs localisés dans des quartiers politique de la ville.

A ce jour, La Mine développe son activité sur quatre dimensions principales :

- économique, avec une capacité à générer du revenu, par la consolidation des activités de la Ressourcerie, du café associatif, de l’atelier et du Fablab,

- socioprofessionnelle, par la création d’emplois pour les personnes en situation de précarité, par le développement de la filière « métiers du réemploi » et par la formation et l’orientation vers les métiers du numérique,

- culturelle, avec un lieu où les principes et les valeurs d’ouverture et de partage sont fondateurs. C’est un lieu de production de mouvement, au moyen de concerts, de conférences, du festival annuel “Woodstroc” et d’autres activités.

- territoriale, avec un lieu connecté au tissu urbain et encourageant les rencontres à travers des projets hors les murs : La ressourcerie mobile vers l’emploi (camion ambulant qui sensibilise aux métiers de la gestion des déchets et du réemploi), la Braderie Guinguette (marché du réemploi avec des animations organisées par appel à manifestations dans les quartiers de politique de la Ville).

  1. DE NOUVEAUX METIERS

Une des limites à l’introduction de nouvelles pratiques sociales soit dans le champ du numérique, soit dans le champ du développement durable et de l’environnement est la question de l’emploi. Notre société continue à appliquer à ces nouveaux enjeux, une lecture traditionnelle des champs professionnels. Les acteurs de terrain s’interrogent :

Quels nouveaux métiers ? Quelles perspectives de filières ? Comment créer et renforcer ces métiers ?

Bien sûr, de nouveaux champs ont fait irruption dans la société Française, mais leur visibilité est souvent peu accessible, et notamment à des personnes qui pourraient s’inscrire dans des démarches nouvelles.

La Mine développe une promotion forte des métiers du réemploi. La structure veut permettre la découverte de nouveaux métiers liés à la gestion des déchets. La Mine veut aussi insister sur les possibilités d’emploi du numérique. Ces deux axes sont en lien avec les quartiers de politique de la Ville. La question de l’accès de toutes et de tous à ces métiers est essentielle. Les quartiers ne peuvent et ne doivent pas être exclus de ces nouvelles opportunités en devenir.

Concrètement, La Mine souhaite favoriser le recrutement d’agents valoristes. Les agents valoristes sont des techniciens, professionnels du réemploi, du recyclage et de la valorisation des encombrants. Ils valorisent et revendent des objets collectés. Un référentiel et un code ROME existent (K2304) . https://www.orientation-pour-tous.fr/metier/agent-valoriste,15393.html

La Mine veut également recruter des encadrant-es techniques et envoyer des jeunes passer un diplôme universitaire (DU) de Fabmanager, afin de devenir responsables ou animateurs-trices d'Espaces Publics Numériques (EPN), de Fablab ou de centres sociaux.

https://epale.ec.europa.eu/sites/default/files/img_20181018_121618_1.jpg

Sur ces secteurs, de nombreuses expériences de formation existent depuis 2014, mais leur réalité doit être renforcée par le lien au territoire et donc à des emplois possibles, liant les acteurs locaux, collectivités, employeurs.

De manière concomitante, la Mine agit concrètement pour le réemploi des déchets. Son cœur de métier est le réemploi des déchets ménagers et assimilés. Elle gère, sur le territoire du Grand Orly Seine Bièvre, un centre de récupération, de valorisation, de revente et d’éducation à l’environnement. Son activité s’inscrit dans le schéma de gestion des déchets du territoire. Au quotidien, La Mine donne priorité à la réduction, au réemploi puis au recyclage des déchets en sensibilisant son public à l’acquisition de comportements respectueux de l’environnement. La quantité d'encombrants traités et l'ensemble des visites organisées permettent d’accompagner le public dans la prise de conscience, ce qui entraîne forcément un impact dans la lutte pour la réduction des déchets.

La Mine sensibilise aussi à l’obsolescence programmée. L’atelier de fabrication numérique (Fablab) s’inscrit dans un projet de sensibilisation à la lutte contre l’obsolescence programmée. Le public peut s’y initier à l’utilisation et la programmation de machines de fabrication numérique (imprimante 3D, kits arduino). L’atelier permet également la réalisation des pièces détachées pour la réparation du petit électroménager. L’ambition est d’agrandir le Fablab afin qu’il se développe sur 110 m2, aulieu de 30 m2 initiaux, d’acquérir de nouveaux matériels : une découpe laser, une fraiseuse numérique, une outilthèque, une machine impression numérique textile grand format…. et de créer un poste de FabManager.

  1. DES CHIFFRES

En 2020, la Mine c’est :

- 30 emplois créés : 8 permanents (6,5 ETP) et 23 salariés en Insertion (13,5 ETP) ;

- 64 recrutements en contrat à durée déterminé d'insertion (CDDI), les salariés se sont relayés sur les postes ;

- 125 tonnes d'encombrants collectés ;

- 205 adhérent-es ;

- 84 bénévoles dont 27 actif-ves régulier-éres ;

- 152 000 euros de chiffres d’affaires avec la boutique ;

- 1 festival et 35 animations culturelles.

  1. UNE VISION

Toute cette action est sous-tendue par des choix, discutés collectivement au sein des diverses instances. Je reprends quelques éléments. Ceux-ci ne sont pas présentés de cette manière dans le manifeste voté par le Conseil d’Administration de La Mine.

« Nous dénonçons avec force la société productiviste dans laquelle nous vivons qui nous incite par tous les moyens à consommer. Consommer toujours plus. Consommer au détriment de la nature (gaspillage et pollution). Consommer, même si nos moyens financiers ne nous le permettent pas (surendettement des ménages, crises sociales, aliénation du plus grand nombre).

Nous militons pour un monde décroissant qui (re)définirait notre modèle économique en prenant comme concept de base la résilience. Il s’agirait de permettre à nos sociétés de se reconstruire en s’appuyant sur un principe d’équilibre à tous les niveaux. En premier lieu par la nécessité d’adapter l’empreinte écologique des activités humaines au caractère limité des ressources disponibles. Et plus largement par un réajustement des disparités Nord/Sud.

La pandémie du coronavirus de 2020 et le confinement qui s’en est suivi, nous a suggéré plus de radicalité dans notre approche. Elle a confirmé notre raison d’être, réaffirmer nos valeurs, notre engagement et notre envie de collaboration avec le plus grand nombre.

Le tiers lieu la mine se définit comme une maison des communs dédiée au réemploi et à l’innovation sociale reposant sur cinq piliers : l’écologie, la justice sociale, l'économie sociale et solidaire, l’éducation populaire, le numérique responsable."

  1. DES REFERENCES

- Site internet : https://ressourcerie-la-mine.com/ 

- La Mine en vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=gKx_PiMwYOk&feature=youtu.be 

- Présentation de La Mine par Régis PIO : https://www.youtube.com/watch?v=cLBdn6AMqQU 

 

 

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