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Se former et accompagner pendant et après COVID-19 : le réseau des MFREO

14/04/2020
par André Chauvet
Langue: FR
Document available also in: EN DE

Dans cette série de 4 articles, nous traitons la question de la continuité du service dans le champ de la formation. Nous donnons la parole aux professionnels et réseaux afin de voir concrètement comment ils font face, ce qu’ils ont initié et les perspectives que cette situation inédite ouvre pour eux. Dans ce deuxième article, nous avons sollicité Philippe Ristord, Directeur du CNP afin qu’il nous parle de la manière dont le réseau des MFR a assuré une continuité pédagogique durant cette période de confinement. Le CNP-R (Centre national pédagogique et de ressources) a pour mission d’accompagner l’acquisition et le développement de la professionnalisation dans l’entrée dans le métier et le perfectionnement des 5 000 formateurs (moniteurs) du réseau des MFR (Maisons familiales rurales). Géré par l’ANFRA (Association nationale pour la formation et la recherche sur l’alternance), il est également un lieu ressource, de veille et de recherche dans les champs de l’éducation, de la formation professionnelle et des apprentissages expérientiels.

1- Comment la question de la continuité pédagogique s’est posée pour le réseau au moment de la décision de confinement ?

Il faut d’abord souligner plusieurs spécificités des MFR : 430 MFR, environ 100 000 alternants avec une mixité de publics (de 14 ans aux adultes), une pluralité de statuts (formation initiale, apprentissage, salariés, DE, …), une multiplicité de spécialités (350 qualifications différentes dans environ 35 domaines professionnels) ... le tout réparti sur les territoires ruraux ce qui déjà en temps ordinaires pose des questions de mobilité, de dispersion, de zones blanches …). Vous imaginez en période de confinement ! Par ailleurs, nous sommes dans la formation par alternance avec l’idée d’un « partage des pouvoirs de former » entre école, entreprise et milieu social (familial notamment). Cela nécessite d’avoir une attention (et un accompagnement donc) pour ces 3 acteurs du triptyque simultanément mais aussi rapidement.

Au moment du confinement, des alternants étaient en formation à la MFR, d’autres en milieu professionnel en entreprise avec des statuts différents (statut de stagiaire, donc d’élève ou d’apprenti ou de salarié donc sous des régimes différents). Les MFR font partie du service public (Contrat avec le Ministère de l’Agriculture) mais ce sont des associations autonomes gérées par un CA surtout représenté par des parents. Même si le mouvement est structuré en fédérations et Union nationale, l’isolement était un risque. Il fallait assurer la gestion et l’organisation des RH, la continuité pédagogique, l’accompagnement des partenaires (entreprises notamment). Et tout cela très rapidement car la situation était inédite sur de nombreux plans.

2- Comment la continuité s’est-elle mise en œuvre ? Qu’est-ce qui était mobilisable tout de suite ? 

Il est remarquable de constater que la priorité des équipes éducatives s’est naturellement tournée vers l’accompagnement personnalisé des alternants. L’attention a été portée à l’ici et maintenant des personnes : Où es-tu ?(domicile/entreprise), Dans quelles conditions ? (sécurité/matériel/connexion, …), tout cela afin d’associer au maximum les partenaires et d’être en réassurance sur notre capacité à poursuivre l’accompagnement dans la durée et donc de permettre cette continuité de lien. Les questions de « continuité pédagogique » plus « scolaires » sont venues après.

Nous avions schématiquement deux types de situations (même si la réalité est toujours plus nuancée) :  des équipes déjà aguerries aux outils et ressources numériques et donc au distanciel (environ 10%) et la majorité des équipes sans grande expérience dans la formation à distance.

Heureusement, la mise en place de notre plateforme W-@lter développée depuis 3 ans (accompagnée dans le réseau par un plan massif de formation interne, imaginée et portée par le CNP-R et pensée pour notre singularité pédagogique) a été une ressource essentielle pour permettre de proposer un outil « sur mesure », simple (pour les alternants et les formateurs), opérationnel, à destination de tous publics, rassemblant l’ensemble des outils et ressources existants et s’appuyant sur notre conception pédagogique. La situation a généré l’opportunité.  Cette «trousse de secours » (du parfait formateur de MFR confiné !) appelée : « La MFR à la maison » a été livrée à l’ensemble des 5 000 formateurs de MFR une semaine après le début du confinement ce qui est tout à fait remarquable dans le contexte de cette crise sanitaire majeure. Elle contient un kit « alternant » avec guide d’utilisation (tutos,…) et un kit  « équipe pédagogique » avec une classe virtuelle outillée, paramétrée et prête à l’utilisation, un « lieu » de travail en équipe, un « lieu » ressources regroupant l’ensemble des solutions (outils, ressources numériques, …) proposées par les Ministères, les institutions, depuis le confinement et un guide repères à la fois technique (tutos….) mais également sur le sens de la formation et l’accompagnement des alternants en période confinée notamment afin d’éviter les copier/coller d’une formation académique présentiel, en distanciel). Cette version 1 amènera une V2 puis une V3 car, dans le même temps, nous avons mis en place une stratégie collaborative (amélioration permanente) qui prend en compte les remontées de terrain.   

3- Quels constats faites-vous aujourd’hui, 3 semaines après le début du confinement ?

D’une façon générale et par rapport à notre modèle MFR, il me semble qu’au-delà de la brutalité de la situation qui s’est imposée à nous, les MFR ont pu et su (re)découvrir une certaine agilité à gérer cette situation inédite. Justement parce qu’elle ne l’est peut-être pas tant que cela. Je m’explique. En effet, dans l’ADN des MFR est privilégiée, non pas la continuité pédagogique mais la discontinuité, la rupture, l’alter (l’autre) comme levier majeur d’apprentissage (et la « fonction polémique » qui va avec). Ainsi, historiquement, nous avons construit (au CNP-R) des démarches, des méthodes, des outils qui permettent de valoriser la discontinuité comme source d’apprentissage. Par ailleurs, par essence, en MFR, la moitié de la formation se déroule en milieu « confiné » dans le milieu socioprofessionnel. C’est la loi ROCARD de 84 qui le dit : « un temps plein de formation à rythme approprié » ou dit autrement « une continuité de temps dans une discontinuité de lieux ». 

Pour nous, faire de ce temps « hors l’école » une richesse d’apprentissage est donc une pratique commune et en l’occurrence une opportunité, certes brutale mais clairement apprenante si nous poursuivons les chantiers ouverts.

Au-delà de nos « valeurs » d’accompagnement des personnes qui font le « réussir autrement des MFR » il me semble que nos équipes ont été globalement bien armées pour ajuster les accompagnements au plus près des situations et des besoins. Nous recueillons des retours quotidiennement et nous verrons ensemble ce qu’il nous faut modéliser, modifier, faire évoluer, supprimer.

 Par ailleurs, sur l’outil et la démarche proposés, on peut faire un certain nombre de constats.  A la vue des sollicitations, des présences aux webinaires organisés pour présenter l’outil, du nombre de connexions après trois semaines de mise en place, des retours divers et variés, l’intérêt est grand et répond réellement aux besoins des équipes et des alternants. A ce jour, on peut considérer que l’ensemble de la démarche paraît pertinente. Bien sûr, cela ne règle pas la question de la « fracture numérique » liée au territoire, aux équipements et aux compétences (des alternants et des formateurs) qui nous semble à la fois un sujet central mais qui ne relève pas du même niveau de responsabilité et d’investissement.

4- Quelles perspectives vous semblent ouvertes en terme pratiques durables ?

A très moyen terme, notre questionnement est justement sur le durable. Après ce temps où se dévoilent et s’initient des pratiques innovantes, comment tenir la distance, notamment face aux publics les plus « fragiles » ? Pour nous MFR, associations familiales, comment permettre de faire vivre la responsabilité éducative des parents ? Comment leur (re)donner le « pouvoir d’agir » éducatif auprès de leurs enfants ? Enfin, comment accompagner les entreprises de stage (qui sont souvent des TPE) dans ce temps de crise et dans leur mission de co-formateur ?

 Plus globalement, peut-être que cette période permettra de (ré)affirmer la place centrale de la formation dans la société. Il s’agit d’un investissement pour l’avenir pour les personnes et pour la société, notamment après cette aventure « extraordinaire » (ou on aimerait que beaucoup de choses ne soient plus comme avant). Après le temps du médical et des urgences multiples, quels leviers pour (ré)inventer le monde de demain et comment ?

Est-ce que ce temps de « confinement » n’est pas une occasion unique de développer des accompagnements pédagogiques moins « académiques » (scolaires) et plus autonomisants ?

Il nous semble que c’est le moment de faciliter le « partage des pouvoirs de former » en mettant en œuvre des démarches de co-construction des apprentissages entre : alternants et les formateurs bien sûr ; alternants entre eux (pairagogie ) ; alternants et tuteurs ; alternants et le milieu socioprofessionnel.

En tout cas, cette période sera pour le CNP-R une belle occasion d’accompagner l’accélération de l’évolution des pratiques d’accompagnement.



 

Se former et être accompagné pendant et après le Covid-19 : Consulter les autres articles publiés sur ce thème.

 

Article 1 : Quels enjeux et réponses en terme d'innovation ?

Article 3 : Le conseil en évolution professionnel pour les actifs occupés

Article 4 : Le vécu du public jeunes

 

 

 

 

Pour poursuivre votre lecture : 

Les acteurs européens de la formation mobilisés pendant l'épidémie de COVID 19

 

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