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Réflexions et points de vigilance sur le futur marché du Conseil en Evolution Professionnelle

23/04/2018
par Frank SAVANN
Langue: FR

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Un nouveau conseil en évolution professionnelle (CEP) sera créé pour accompagner les salariés

L’annonce sur la mesure 6 par Muriel Pénicaud

Un conseil en évolution professionnelle sera mis en place pour les salariés, permettant de les accompagner dans leurs projets d’évolution professionnelle, conformément à l’accord signé par les partenaires sociaux.

Le conseil portera sur l’évaluation des compétences du salarié, la définition de son projet professionnel, les différentes formations disponibles, etc…

Dans chaque région, un opérateur du conseil en évolution professionnelle sera sélectionné par appel d’offres, selon un cahier des charges co-construit entre l’État, les partenaires sociaux et les Régions, et bénéficiant d’un financement dédié.

Le nouveau conseil en évolution professionnelle permettra de réduire les inégalités d’accès à la formation, en bénéficiant notamment aux ouvriers et employés.

Le décryptage

Le CEP a été créé par loi du 14 juin 2013 sur la sécurisation de l’emploi, et ses contours ont été définis par loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale. Sa mise en œuvre a été définie dans un cahier des charges par l’arrêté du 16 juillet 2014 qui précisait notamment :

Information par l’employeur notamment lors de l’entretien professionnel
Ouvert à tout actif, y compris travailleur indépendant, fonctionnaires titulaire, vacataires, contractuels
Non ouvert aux étudiants, sauf si celui-ci occupe un emploi
Conseil gratuit présenté dans un « langage et des supports intelligibles »
Dispensé par 5 opérateurs selon les publics :

- L’APEC (Association pour l'emploi des cadres),
- Les OPACIFS (organisme paritaire agréé au titre du congé indivduel de formation) : Fongecif, AFDAS, FAFSEA, FAFTT, Unifaf et Uniformation)
- Cap Emploi
- Pôle Emploi
- Missions locales

Les Régions peuvent également désigner des opérateurs après concertation avec le Comité régional de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelles (Crefop).

Pour garantir leur impartialité, les opérateurs régionaux "ne peuvent exercer ni une activité conduisant à la réalisation d’actions de formation ni une activité de service conduisant à la réalisation de prestations pouvant être mobilisées en appui du processus de définition et de mise en œuvre du projet professionnel".

Même si la prestation de CEP ne leur était pas rémunérée, des opérateurs comme l’APEC et les OPACIF y ont massivement investi en formant leurs conseillers et en allant même jusqu’à recruter. Thierry Dez, directeur général d’Uniformation, m’indique qu’à Uniformation le CEP a été mis en place en avril 2015, stabilisé par un prélèvement sur les fonds : « On y croit, on l’a toujours défendu avec des antennes CEP propres à Uniformation ». La qualité d’un CEP repose notamment sur la qualité des moyens tant humains que financiers.

Il s’agit en effet de répondre au plus près à une offre de service du CEP articulée sur 3 niveaux :

Un accueil individualisé : analyse de la situation professionnelle…
Un conseil personnalisé : aide à la formalisation du projet…
Un accompagnement à la mise en œuvre du projet : aide à la mise en œuvre du projet…

Le CEP, depuis les discussions de l'ANI et les premières expérimentations conduites dans quelques régions en 2013 et celui qui sera mis en œuvre après les réformes de 2018 est-il le même ? 

Les pistes de réflexion

Pas sûr ! Si son importance est confirmée et validée, si sa place est même réaffirmée et peut être même accrue, si ses principales fonctions de conseil avec ce que cela implique de mise en réflexion, d'analyse de la situation de la personne, d'élaboration d'une orientation d'évolution puis d'accompagnement, sont elles aussi réaffirmées, quelques questions - inquiètes - méritent d'être posées :

- le CEP est à l'origine une possibilité, pour tout actif, de pouvoir trouver un lieu neutre et un interlocuteur compétent. Il faut insister sur compétent pour réfléchir -au sens fort - à sa situation professionnelle et à ses évolutions possibles puis pour être aidé à mettre en œuvre ce qu'il faut pour atteindre des buts fixés. 

Première inquiétude, le CEP, s'il est trop central ne risque-t-il pas d'être obligatoire ? C’est pourtant ce qui se profile si l’on se réfère à l’avant-projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel :

« « II - Le projet de transition professionnelle doit faire l’objet d’un accompagnement par l’organisme désigné au titre du conseil en évolution professionnelle mentionné à l’article L. 6111-6. Ce dernier informe, oriente et aide le salarié à formaliser son projet et à le mettre en œuvre. Il établit un compte rendu transmis à la commission regroupant les représentants des organisations syndicales de salariés et des organisations professionnelles d'employeurs représentatives au niveau national et interprofessionnel mentionné à l’article L 6123-3. Cette commission valide la prise en charge financière du projet. » »

Si demain un opérateur parapublic ou privé se voit confier la responsabilité de réaliser le CEP dans un territoire, les opérateurs de compétence assureront une mission de traitement administratif et financier conformément aux décisions prises par une commission chargée d’arbitrer.

« Notre mission se limiterait à une activité de gestion administrative alors que nous avons déployé des ressources et disposons de réelles compétences en la matière » réagit Thierry Dez à l’hypothèse d’un opérateur tiers, nouveau sur le territoire.

En clair, un opérateur territorial assurerait le CEP, une commission arbitrerait et en cas d’avis favorable l’opérateur de compétences financerait. Une chaîne d’acteurs interviendrait ainsi sur des dossiers CEP dont dépendraient des projets individuels d’orientation ou de transition professionnelle.

Dès lors qu'un individu devra demander à bénéficier d'un financement ou d'une autre mesure par exemple un bilan de compétences, ne devra-t-il pas d'abord faire la preuve qu'il est passé par un CEP ? De même en cas de licenciements collectifs, les personnes ne devront-elles pas passer par le CEP.

Or, c'est son caractère libre et confidentiel qui en a fait sa valeur aux yeux des personnes dans les premières expérimentations. Une préoccupation récurrente était alors la confidentialité (envers l'employeur, l'entourage, la famille, le plus souvent). Comment penser la confidentialité quand il y a obligation de rédiger des documents et des feuilles de route où tout pourrait ensuite "suivre" les individus dans leur parcours ?

Que se passera-t-il demain ?

 

Les points de vigilance

Le CEP, peut-il rester "neutre" dès lors que les institutions qui le proposent ne sont-elles mêmes pas neutres du tout ? Ainsi un opérateur dont le rôle est de former ou de traiter de formation est-il prédisposé à réfléchir aux situations des personnes du point de vue de la formation et tel autre opérateur chargé de l'emploi risque bien d'être prédisposé à réfléchir et orienter en fonction de finalités d'emploi.

Or, une partie des évolutions professionnelles envisagées par les personnes ne portent ni ne passent par la formation, l'accroissement des qualifications ou la recherche d'un autre emploi. Les opérateurs sont-ils à même de l'entendre et d'agir ensuite avec les personnes dans des directions vers lesquelles ils ne sont pas prédisposés et... moins compétents ?

On peut en douter.

La possibilité de disposer d'opérateurs neutres, pas marqués "jeunes" ou "demandeurs d'emploi" ou "formation" permettrait aussi aux personnes de ne pas être assimilés à des catégories. En outre, les opérateurs eux-mêmes, spécialisés dans certaines catégories de publics ont des difficultés à appréhender les demandes et besoins des autres types de publics.

On en vient à la question de la professionnalisation des opérateurs et de ses conseillers. En général, il y a une sous-estimation très forte de la nature et du niveau des compétences requises pour conduire de bons entretiens d'orientation ou de CEP.

Les personnes ne viennent jamais avec des questions simples. Toutes les dimensions de leur vie sont impliquées et souvent imbriquées :

Les questions d'évolution professionnelle sont toujours en même temps des questions d'évolutions de la vie personnelle et touchent toujours de près la vie personnelle et notamment familiale,
Les questions de mobilités qui font l'objet de discours trompeurs comme quoi tout le monde voudrait bouger, changer, se déplacer.

Or, changer d'emploi, aller en formation longue, suppose des questions de logement, des questions de transport, de réorganisation de la vie familiale et de risques sur la qualité et l'équilibre de la vie familiale, etc. Un grand nombre de facteurs interviennent dans l'analyse de la situation d'une personne et des choix qu'elle peut faire. Les entretiens de conseil n'ont rien d'une procédure qui supposerait questions et réponses. Les enjeux émotionnels sont toujours présents et la dimension relationnelle doit être maîtrisée par des conseillers compétents à cet égard aussi.

Enfin, il faut des conseillers qui disposent de très nombreuses connaissances dans des domaines différents, emploi, économie territoriale, formation, santé, droit du travail et partenaires de médecine du travail, travailleurs sociaux, etc.

Et connaissance ne veut pas dire information qui serait magiquement disponible sur le web ! Or, peut-on penser que des milliers de professionnels peuvent devenir des conseillers d'orientation compétents ? Non, certainement pas, surtout au vu de la brièveté et de la nature des formations qui ont été proposées souvent par les opérateurs (les cinq big five) qui ont assuré (?) le CEP de 2015 à 2018. Certes, certains professionnels de ces organismes étaient déjà des professionnels du conseil, compétents, formés et expérimentés, mais en nombre limité.


Il y a un plan d'investissement dans les compétences et il est encore plus nécessaire et vital qu'il y ait un plan de professionnalisation et de compétences pour les professionnels de l'orientation et du conseil. Rien ne serait pire que l'attribution de marché du CEP selon des critères uniquement financiers ou de proximité de surface avec le CEP. 

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Frank Savann & Patrick Mayen sont experts thématiques EPALE France 

 

 

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