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Blog

Q/R à Jean Beaujouan

12/05/2016
par Hélène Paumier
Langue: FR
Document available also in: EN NL

 

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Jean Beaujouan est psychosociologue. Il a travaillé en entreprise dans le domaine de la formation et de la gestion des carrières. Il a créé et dirigé plusieurs associations d’accompagnement des personnes financièrement fragiles, et il anime depuis 6 ans  des programmes diversifiés d’éducation budgétaire  et bancaire. Il anime par ailleurs des séminaires de sociologie clinique sur la relation à l’argent.
 

Quel est votre parcours ?

J’ai une double formation : d’administration des entreprises (HEC Paris), et de sciences humaines (maitrise de psychopathologie à l’Université Paris X Nanterre et sociologie clinique en institution privée). J’ai travaillé dans une banque dont 20 ans en tant que formateur et gestionnaire de carrière des cadres dirigeants. Depuis 30 ans, je travaille sur l’argent en tant qu’objet psychologique et sociologique, et depuis 15 ans j’anime des séminaires sur la relation à l’argent.

Comment le sujet de l’éducation à l’argent est-il venu jusqu’à vous ?

En 2007, j’ai créé une association d’aide aux personnes surendettées et j’ai constaté que la prévention du surendettement par l’éducation budgétaire et bancaire était aussi indispensable que la protection légale des personnes déjà surendettées: l’association a donc développé ces deux approches conjointement.

Quels sont les enjeux pour la formation pour adultes ?

Tout individu (ou presque) qui pratique une gestion rigoureuse de son budget acquiert une sécurité financière qui elle-même contribue à développer sa sécurité psychique, « matière première » utile pour réussir sa vie. Par ailleurs, il développe des capacités précieuses transférables dans d’autres secteurs de vie : courage, méthode, maitrise de ses désirs, autonomie, vision anticipatrice… La gestion du budget permet de bien vivre et de réaliser des projets, ce n’est pas une école de tristesse ni d’interdit !

Aussi, l’exclusion sociale est intimement liée au manque d’argent qui est elle-même assez souvent liée  – (mais évidemment pas toujours !)–  à de fortes incompétences en matière de gestion du budget. Apprendre à « bien » gérer son budget est souvent une voie pertinente pour sortir de l’exclusion sociale.

Quels sont les principaux besoins pour les personnes concernées ?

Lorsqu’une personne est en difficulté financière et gère mal son budget, sa plus grande difficulté est de faire le premier pas consistant à venir s’informer sur ce que sont ces ateliers d’éducation budgétaire et bancaire. C’est souvent le même type de difficulté  que rencontre une personne en souffrance psychique pour se décider à prendre un premier rendez-vous chez un psychothérapeute. Les personnes doivent surmonter des sentiments de honte et de culpabilité, et la crainte de ne pas trouver de solution. De plus, ils doivent affronter l’angoisse de découvrir à quel point leur situation financière est catastrophique et pourrait les contraindre à des remises en cause trop douloureuses pour eux-mêmes et parfois pour leur famille.Ces personnes ont besoin d’être informées de l’existence de ces ateliers d’éducation budgétaire, mais aussi d’être rassurées : il est donc important de leur dire : « C’est gratuit ; c’est sans engagement de votre part ; c’est un lieu protégé, confidentiel, bienveillant; ce n’est pas triste etc. ».

Selon vous et en tant que pédagogue, pourquoi le sujet est–il relativement peu traité/connu en France ?

Parce que nous manquons en France d’outil pédagogique à la fois rigoureux et complet techniquement, pas trop compliqué, et d’animateurs capables d’accompagner les participants  dans les aspects cliniques du travail pédagogique qui est à l’œuvre chez eux. L’éducation budgétaire et bancaire, c’est un mariage baroque entre les techniques de la comptabilité familiale et bancaires (à hauteur de 20% environ) et les savoir-faire de l’accompagnement psychologique (à hauteur de 80%): relativement peu d'animateurs sont à l'aise dans ces deux disciplines!

Comment est venue l’idée de créer  les ateliers de Crésus?

Le projet de compléter le « traitement » du surendettement par sa prévention s’est imposé à moi presque naturellement. Je m’y suis lancé d’autant plus volontiers que le travail éducatif auprès de personnes travaillant en groupe m’a toujours passionné !

Quelle ingénierie de formation a été mise en place ?

Au début (en 2010), nous avons réuni des usagers volontaires et nous les avons invités à parler de leurs difficultés dans la gestion de leur budget, et ce sont eux qui nous ont appris l’essentiel de ce que nous savons. Morceau par morceau, j’ai commencé à structurer le contenu des séances et surtout à écrire des embryons de « polycopiés » qui résumaient ce que j’avais compris. Ces polycopiés constituent aujourd’hui un ensemble cohérent qui est en projet d’être édité. Nous utilisons beaucoup la pédagogie de la découverte : les animateurs posent des questions (par exemple « c’est quoi un budget ? » et « gérer son budget ? », ou encore « comment faudrait-il faire pour constituer une épargne de précaution ? » ; chaque participant apporte sa contribution ; l’animateur écrit tout au tableau ; ensuite nous discutons ; et l’animateur fait une synthèse et des commentaires. La philosophie de la formation n’est pas du tout : « Vous devriez faire telle ou telle économie », mais : « Notez chaque jour toutes vos ressources et toutes vos dépenses et prenez conscience de leur nature et de leur montant ». Si cette phase est acquise, la partie est presque gagnée, car les participants diminuent d'eux-mêmes leurs dépenses dès qu'ils découvrent "où passe l'argent", ce qui est pour eux une découverte troublante! Par ailleurs, nous avons développé des ateliers complémentaires, notamment des groupes de parole sur l’argent, des groupes de consultation sur l’argent, des ateliers intitulés « Comment classer ses documents ? » etc.

Et puis il y a des sessions collectives. C’est un formidable creuset ! D’abord chaque participant découvre qu’il n’est pas seul dans ses difficultés financières, mais que beaucoup de ses pairs ont les mêmes : effet salutaire de déculpabilisation. Au fil des séances, des liens d’amitié, et en tout cas de solidarité, se créent et chacun se sent soutenu et renforcé par ses collègues dans son travail de changement de vie.

Y-a-t-il des obstacles à l’entrée dans ce type de dispositif ?

J’en vois deux principaux :

1/ l’angoisse de découvrir le caractère calamiteux de sa situation financière (et les sentiments de culpabilité et de honte qui vont avec)

2/ la crainte que ce soit trop dur de changer ses habitudes de vie et de « tenir le coup » dans la durée.

Quelles évolutions chez les participants entre l’entrée et la fin des ateliers ?

Pour bon nombre de participants, ces évolutions profondes et réjouissantes : découverte rassurante que gérer son budget n’est pas aussi difficile qu’on le croyait ; prise de conscience que certains crédits sont vraiment toxiques et qu’il faut s’en protéger ; la découverte que l’argent, peut aussi se transformer en épargne (certains n’y ont jamais pensé !) et qu’une épargne de précaution, c’est sécurisant ; fierté d’avoir fait tout ce chemin d’autonomie ; bonheur de pouvoir enfin faire des projets, parce qu’on a appris à épargnerl’argent pour les financer etc.  Mais ces progrès fulgurants peuvent se révéler fragiles : la personne peut traverser une nouvelle crise de vie et retomber dans certains errements antérieurs. Le travail est parfois à reprendre six mois ou un an plus tard, à la recherche d’une indispensable consolidation.

Avez-vous une ou des anecdote(s) particulière(s) sur ces ateliers ?

Nos cycles « Mieux gérer son budget » et « Comprendre la banque et le crédit » s’étendent sur dix semaines à raison d’un atelier de deux heures par semaine. Certains participants s’inscrivent à ces cycles une seconde et parfois une troisième fois en nous disant : « On est tellement bien dans vos groupes! ». Cela manifeste que ce qui se joue dans ces groupes est infiniment plus que l’apprentissage de concepts, d’outils et de méthodes : c’est, une expérience d’échanges intimes, de solidarité et de « vivre ensemble » conduite par des humains qui sont en voie de transformer leur vie...!

N’hésitez pas à poser vos questions à Jean BEAUJOUAN ci-dessous

 

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