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Prévenir les ruptures de parcours : une expérimentation de terrain en région Grand Est

17/05/2019
par André Chauvet
Langue: FR
Document available also in: EN DE HR CS

La question du non recours au droit et des abandons dans les parcours préoccupent tous les acteurs impliqués dans le champ du conseil et de la formation, quelle que soit leur fonction (financeurs, travailleurs sociaux, formateurs, conseillers.).

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Le constat est simple mais l’analyse complexe. Ce n’est pas parce que les personnes ont des droits qu’elles les mobilisent. Ce n’est pas non plus parce que des dispositifs paraissent pertinents que les personnes s’en saisissent. En ce sens, il ne peut y avoir de politique publique inclusive si l’on ne prend pas en considération les différents paramètres influant à la fois sur la mobilisation des personnes, leur persévérance mais également sur la nature des appuis susceptibles de les aider. Prévenir les ruptures de parcours est donc un enjeu central à la fois par les difficultés individuelles générées et par les impacts sur toute la chaîne de service. On peut également y ajouter tout simplement les coûts générés par des dispositifs non mobilisés intégralement donc ayant raté leur cible. Si tout le monde s’entend sur la nécessité d’agir et d’élaborer des dispositifs de prévention, on perçoit la difficulté car un certain nombre d’éléments restent flous. Quelles sont les raisons de non mobilisation des services proposés ? Quels sont les facteurs individuels amenant les ruptures de parcours ? Quels seraient les services les plus à même de prévenir ces abandons et d’accompagner les personnes dans une continuité ? Si les études sont nombreuses et les dispositifs multiples, il nous manque souvent un élément clé : quel est le point de vue des personnes ? S’agit-il simplement de situations singulières spécifiques ? Ou y a t-il des éléments clés et des récurrences dans les raisons ?

La région Grand Est, dans le cadre du CPRDFOP « Performance Grand Est », a souhaité initier une action, pilotée conjointement par la région et le Fongecif Grand Est permettant de créer les conditions d’une mobilisation par les publics bénéficiaires de l’offre de services proposée, afin de remédier et d’anticiper les ruptures de parcours. Dans ce cadre et afin de faciliter l’atteinte de cet objectif, le Fongecif Grand Est a engagé début 2019 une étude approfondie de terrain permettant de recueillir le point de vue des personnes engagées dans un parcours d’évolution professionnelle. Pourquoi ce choix ? Lionel Lemaire, responsable du projet au Fongecif Grand Est précise les observations qui ont fondé ce choix. « Jusqu’à présent, nous avons souvent construit des offres de services de soutien des parcours à partir d’une représentation à priori des besoins des personnes, aussi bien sur la forme que sur le contenu. Pour atteindre l’objectif, et aussi construire une ingénierie plus participative, il nous semblait essentiel d’avoir des éléments de points de vue des personnes concernées. C’est la raison pour laquelle nous avons fait le choix de mener des entretiens individuels non directifs qui permettent de recueillir de nombreux éléments précieux du vécu des personnes, de leurs difficultés, des ressources qu’ils mobilisent, de ce qui les a aidées.  Nous avons deux principes dans cette action qui sont essentiels : placer l'usager au cœur de la démarche et favoriser la collaboration partenariale. D’où un travail avec plusieurs acteurs au niveau du territoire choisi.  En somme, il s’agit de repérer les facteurs de rupture et les leviers de sécurisation des parcours, sur un territoire donné, afin de créer des conditions d'engagement et de mobilisation des publics (utilisation des ressources, évolution des services, aménagement d'un cadre collaboratif…).

L’étude suit son cours. Une quarantaine d’entretiens, avec des personnes volontaires ont déjà été menés et de nombreuses données sont en cours d’analyse. Les données sont évidemment anonymes et les entretiens menés au plus près des territoires de vie des personnes. Un collectif d’usagers sera constitué afin de partager les éléments de synthèse et d’échanger sur les pistes. Une restitution à l’ensemble de acteurs est prévue à l’issue de ce travail de recueil et d’analyse afin de construire des pistes de travail. Lionel Lemaire confirme l’intérêt de telles démarches et leur enjeu en terme d’adaptation d’offre des services aux préoccupations des personnes. « Dans la période collective traversée par le doute, le risque est que les institutions paraissent lointaines, contraignantes, décalées…l’enjeu est pour nous de tisser des liens de proximité avec un usager qui peut être en difficulté mais ne pas savoir comment s’y prendre. Comme dans d’autres secteurs (santé, social), on ne peut plus imposer des services aux personnes sans qu’elles soient à minimum parties prenantes, impliquées dans leur co construction. »

Et il nous semble que la lutte contre les abandons et le non recours est à ce prix. Remettre de la confiance où il y a une possible défiance, penser proximité alors qu’il y a un réel risque d’éloignement et de désaffiliation. Redonner la parole à des personnes qui ont une expérience et qui doit guider l’action publique. L’équité sociale est en jeu.

 

 

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    André CHAUVET est consultant formateur dans les domaines du conseil en évolution professionnelle et de l'accomapgenment des parcours. Il est également coordinateur thématique EPALE France pour le thème des transitions professionnelles. 

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