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L’intelligence artificielle fissure la boîte noire de l’apprentissage

Le concept d’intelligence artificielle (IA) enflamme l’imagination. Créer une machine qui maîtriserait les plus hautes facultés humaines, à savoir l’apprentissage et la résolution de problèmes, constituerait l’apogée du progrès. Les machines finiront-elles par transformer l’apprentissage lui-même ? Vont-elles faire des nous faire des chômeurs et des misérables, comme le prédisent certains ? Feront-elles de l’apprentissage continu une ressource omniprésente ou, au contraire, uniquement disponible pour une poignée de privilégiés ?

Artificial Intelligence.

[Traduction (anglais-français) : EPALE France

Auteur : Markus Palmen]

Le concept d’intelligence artificielle (IA) enflamme l’imagination. Créer une machine qui maîtriserait les plus hautes facultés humaines, à savoir l’apprentissage et la résolution de problèmes, constituerait l’apogée du progrès. Les machines finiront-elles par transformer l’apprentissage lui-même? Vont-elles faire des nous faire des chômeurs et des misérables, comme le prédisent certains? Feront-elles de l’apprentissage continu une ressource omniprésente ou, au contraire, uniquement disponible pour une poignée de privilégiés?

EPALE a discuté de l’importance de l’IA dans le domaine de l’éducation avec les professeurs Rose Luckin et Keng Siau.

 

Pour les deux universitaires, l’intelligence artificielle a un fort potentiel en matière démocratisation de l’éducation, si elle est développée en étroite collaboration avec des pédagogues.

  

IA : observer et optimiser

Selon Rose Luckin, l’IA joue deux rôles dans le domaine de l’éducation : elle permet à la fois de créer une infrastructure d’apprentissage intelligente et d’alimenter les technologies spécifiques (smartphones, réalité virtuelle, robots, etc.) qui nous permettent de l’exploiter.

Elle estime que le premier point, l’infrastructure (comme la technologie qui sous-tend un cours en ligne par exemple), est très prometteur dans la mesure où l’IA peut éclairer les processus de méta-apprentissage et révéler les mécanismes à l’œuvre.

 « L’IA a la capacité de nous montrer comment nous apprenons le mieux, quelles sont précisément les tâches qui nous posent des difficultés et celles dans lesquelles nous excellons », explique Rose Luckin.

En effet, si nous sommes en mesure d’identifier les blocages, cela signifie que les enseignants disposent des informations nécessaires pour tenter de les éliminer et optimiser la qualité de leur travail.

Sa capacité à tirer des conclusions à partir d’une immense quantité de données recueillies auprès d’un grand nombre d’apprenants permet à l’intelligence artificielle de cartographier les lignes droites et les points chaotiques de notre parcours d’apprentissage. L’IA ne se contente alors plus d’être une simple instructrice, il s’agit d’une observatrice attentive, tout comme le serait un être humain ; peut-être son rôle le plus crucial.

Cette fonction d’observation ne nécessite même pas que les apprenants soient connectés à une interface en ligne. Au contraire, de l’avis de Rose Luckin, l’IA pourrait éventuellement permettre de libérer du temps pour suivre des cours hors ligne.

« Nous pouvons collecter des données de manière passive, à l’aide de capteurs et de caméras, pendant que les élèves participent. Si l’intelligence artificielle et l’éducation fonctionnent correctement, les gens disposeront de plus de temps pour prendre part à des activités qui n’impliquent pas nécessairement de technologie numérique, comme l’art, le sport ou le théâtre. »

Les apprenants bénéficieront ainsi de tous les avantages d’un apprentissage personnalisé rendu accessible par l’IA. Keng Siau souligne que les prestataires de services éducatifs ont eux aussi tout à gagner dans ce processus et pourront en tirer de nombreux avantages :

« L’IA permet aux établissements de réduire le coût d’une prestation éducative de qualité. Par conséquent, davantage de personnes peuvent être formées. Au niveau mondial, cela bénéficiera grandement aux populations des pays sous-développés et en développement. »

Il estime également que l’IA et la ludification évolueront conjointement.

« La ludification de l’apprentissage est un thème de recherche d’actualité qui a le potentiel de rendre l’éducation amusante et engageante », déclare Keng Siau.

 

IA, un développement axé sur la pédagogie

Les deux chercheurs soulignent que l’utilisation de l’apprentissage assisté par IA n’en est encore qu’à ses débuts à l’échelle mondiale, mais que c’est un secteur voué à croître de manière conséquente à mesure que ses possibles applications se développeront. Cela signifie-t-il que nous aurons bientôt tous un tuteur qui nous accompagnera tout au long de notre vie, comme le suggèrent les éditions Pearson spécialisées dans l’éducation ? Ou l’IA sera-t-elle réservée à ceux qui pourront se le permettre ?

Keng Siau imagine que l’utilisation de l’intelligence artificielle suivra le cycle de vie général de l’adoption des technologies : innovation, premiers utilisateurs, maturité et adoption généralisée.

« Nous nous trouvons actuellement dans la phase de l’adoption précoce. Quand la technologie arrivera à maturité, le nombre d’utilisateurs augmentera et les prix baisseront. »

Il espère également que le futur marché de l’IA sera diversifié.

« Dans le domaine de l’apprentissage assisté par IA, il est possible qu’une poignée de bons programmes dominent totalement dans certains thèmes éducatifs. Si cela se produit, il sera difficile d’assurer la diversité et de mutualiser les idées », affirme-t-il.

L’IA devrait donc être réellement accessible aux masses. Rose Luckin voit quant à elle l’intelligence artificielle comme un potentiel outil de démocratisation de l’apprentissage, mais il faut toutefois rester vigilant ; le nouvel idéal en matière d’éducation devra assurer un bon mélange entre enseignement assisté par IA et via des tuteurs humains lorsqu’il se généralisera.  

« Il existe un risque que les apprenants privilégiés profitent d’un enseignement équilibré entre technologie et interactions humaines, tandis que les plus pauvres devront se contenter d’un apprentissage essentiellement basé sur l’IA contenant peu d’échanges humains », prévient Rose Luckin.

Elle pointe également un autre risque : les applications éducatives doivent être développées en étroite collaboration avec les pédagogues, les chercheurs et les autres intervenants du monde de l’éducation.

« Nous ne voulons pas que des systèmes mal conçus et artificiellement intelligents sapent les promesses de cette technologie. »

  

Siau Keng.

 

Keng Siau est directeur du Département des techniques d'information de l'Université des sciences et des technologie du Missouri, aux USA. Ses recherches portent sur les impacts économiques et sociaux de l'IA.

Photo credit: Keng Siau´s archive

Rose Luckin.

 

Rose Luckin est professeur au laboratoire des connaissances de l'University College de Londres. Elle développe une pédagogie centrée sur l'apprenant, et cherche à montrer comment l'IA peut faciliter les processus d'apprentissage, tant pour les formateurs que les apprenants.

Photo credit: UCL

Glossaire

 

Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle ou IA désigne généralement les machines et les ordinateurs capables d’imiter les fonctions cognitives humaines liées à l’apprentissage et à la résolution de problèmes. Les possibles applications de cette technologie sont nombreuses, allant de l’alimentation des moteurs de recherche Internet et des algorithmes de publicité en ligne aux voitures sans conducteur, aux drones militaires et à l’éducation.

 

Apprentissage automatique

L’apprentissage automatique est considéré comme une subdivision de l’intelligence artificielle, incluant également les statistiques. Il consiste à « enseigner » à des programmes informatiques comment apprendre et tirer des conclusions à partir d’un ensemble de données sans avoir été programmés pour cette tâche spécifique. Les applications possibles incluent la robotique, l’archivage, l’analyse des marchés boursiers et les jeux vidéo.

 

En savoir plus sur EPALE

Sources et lectures complémentaires


Markus Palmen est journaliste, écrivain, producteur audiovisuel et travailleur indépendant. Depuis août 2017, il est le coordinateur thématique d’EPALE pour les politiques. Pendant huit ans, Markus a été directeur de la publication et rédacteur en chef de la Revue européenne sur l’éducation et la formation tout au long de la vie.

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