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LES BRIGADES SOLIDAIRES, une réponse concrète aux problèmes dans la restauration.

01/12/2020
par David LOPEZ
Langue: FR

Face à des difficultés d’emploi et des besoins de développement de la qualité dans les métiers de la restauration, trois partenaires se sont unis, de manière complémentaire, sur un territoire, pour apporter des réponses concrètes à une population d’apprenants, mais aussi à un secteur professionnel. Sur les départements du Nord et du Pas de Calais, l’originalité consiste à construire des parcours qui répondent autant à des besoins d’acquisition de compétences spécifiques dans les métiers, qu’à des besoins de compétences transversales, sociales et relationnelles.

  1. Les protagonistes.

La collaboration n’est a priori pas « naturelle » pour ces trois organisations. Un syndicat professionnel, une école de formation et une fédération d’éducation populaire ont décidé d’unir leurs forces pour apporter des réponses globales aux problèmes de l’emploi et du chômage, au développement qualitatif du secteur de la restauration.

L’UMIH (Union des Métiers des Industries de l’Hôtellerie) représente, défend et promeut les professionnels indépendants de l’hôtellerie, de la restauration, des bars, des cafés, des brasseries, du monde de la nuit et des professions saisonnières, dans toutes les régions et départements de France. L’Union fédère 72% des entreprises syndiquées indépendantes. Dans ce projet, c’est la structure du Nord - Pas de Calais qui est concernée.  https://umih.fr/fr/lUMIH/network-map/adherent/UMIH-du-Pas-de-Calais

« A l’Ecole des Chefs » est une école spécialisée dans les métiers de la restauration et de la salle.  Les parcours de formations proposés sont basés sur un enseignement technique, axé sur la réalisation et la maitrise des gestes professionnels, et une connaissance de la culture professionnelle des métiers visés. Les formations sont validées et animées par des professionnels réputés par leur niveau d’expertise et par leur envie forte de transmettre leur savoir. https://alecoledeschefs.com/

La Ligue de l’enseignement est une fédération nationale. Créée en 1866 par des républicains soucieux de permettre à tous d’accéder à l’éducation et à la culture, c’est un grand mouvement d’éducation populaire, une association complémentaire de l’école publique, laïque et indépendante. La Ligue de l’Enseignement réunit des hommes et des femmes qui agissent au quotidien pour faire vivre la citoyenneté en favorisant l’accès de toutes et de tous à l’éducation, la culture, les loisirs ou le sport. L'Union Régionale et ses deux fédérations du Nord et du Pas-de-Calais développent un programme d’interventions en faveur des associations, des collectivités territoriales qui organisent des activités éducatives, culturelles, sportives ou de loisirs pour les habitants de la région. Elle fédère aujourd’hui un réseau d’environ 2 000 associations et de 110 000 adhérents dans toute la région. De très nombreux bénévoles agissent au quotidien, avec une équipe salariée. http://www.laligue-npdc.org/

  1. Le projet.

L’idée est de mettre en place un parcours coordonné de formation pour des personnes éloignées ou très éloignées de l’emploi. En moins de 100 jours (97 très exactement) les « Brigades Solidaires » se formeront dans le secteur de l’hôtellerie. Plus de 50 sessions sont prévues en 2021 et 2022. Les formations seront appuyées sur des besoins identifiés par le syndicat employeur et ses partenaires sur des territoires ciblés (Calais, Montreuil, Lens, Noeux les mines, Métropole Lilloise, Hazebrouck, Arrageois – Bapaume). Des comités de pilotage seront alors créés. Les personnes en formation sont identifiées par les structures spécialisées de l’emploi et de la formation (Pôle emploi, missions locales,…).

              Une formation sera composée de 3 phases:

  1. compétences transversales (41 jours). Il est important de commencer par cette action. La consolidation des connaissances et des compétences de base, la confirmation de l’orientation professionnelle, après une découverte des différents environnements possibles de l’hôtellerie et de la restauration, les interventions sur le savoir être, tous ces éléments permettront de comprendre les enjeux et une prise de confiance en soi. Seront parties intégrantes de ce dernier point, le développement personnel, la compréhension des réseaux sociaux et des informations, la notion de laïcité, la lutte contre les discriminations. Enfin, des pratiques artistiques et théâtrales permettront de renforcer des techniques de recherche d’emploi, tout comme d’appuyer la confiance en soi. Cette phase sera animée par la Ligue de l’enseignement ;
  2. découverte des bases / métiers (40 jours). Un tronc commun de 91 heures intégrant les problèmes de développement durable, de transition écologique, de sécurité alimentaire et des personnes et des lieux, de cohésion professionnelle, de filières d’approvisionnement sera à destination de tous les apprenants. Ensuite, deux parcours différents de 189 heures seront mis en place pour la cuisine et pour le service en salle. Les formations seront assurées par « A l’école des chefs » ;
  3. une mise en situation, en stage en entreprise de 17 jours sera porté par « A l’école des chefs » ; 
  4. pour finir, un contrat de professionnalisation de 6 à 12 mois soutenu par l’UMIH sera signé dans les entreprises des territoires concernés.

Si chaque partenaire est responsable de la mise en œuvre d’une phase, tous s’engagent à garantir une cohérence pédagogique tout au long du parcours. Une volonté commune d’améliorer la prise en compte et l’intégration des publics dans ces métiers en faisant évoluer les modalités d’accompagnement, est clairement énoncée et mise en œuvre dans un comité de pilotage commun.

Dans le contexte de violence, suite à l’assassinat de Samuel PATY, les 3 organisations s’engagent à faire signer une « charte du vivre ensemble et de la laïcité » à chacune et chacun, qui garantit la liberté de dire, de faire, de croire ou de ne pas croire, dans le respect des valeurs fondamentales de la France.

  1. UNE INTERVIEW DE STEPHANE DELRUE (A L’ECOLE DES CHEFS)

David LOPEZ : Stéphane, en quoi ce partenariat est innovant et surtout utile dans la crise d'aujourd'hui pour la restauration, dans une région comme la vôtre ?

Ce projet est d’abord la rencontre et la complémentarité de différents acteurs du monde de l’entreprise et de la formation qui partagent la même philosophie et les mêmes valeurs : l’Umih, La Ligue de l’enseignement, « A l’Ecole des Chefs », et demain d’autres sur le territoire des Hauts de France.

Le projet a pour volonté tout d’abord d’apporter une réponse qualitative et quantitative, par territoire, aux besoins de main d’œuvre qualifiée des entreprises de l’hôtellerie et de la restauration. C’est aussi l’idée de créer des passerelles d’insertion et de formation, afin d’avoir des réponses individualisées pour l’ensemble des publics souhaitant intégrer les métiers de l’hôtellerie et de la restauration, afin de sécuriser les parcours, certifier les publics à chaque étape du parcours, (Cléa[1] , CQP[2]) et les accompagner à l’emploi durable dans le secteur de l’hôtellerie restauration

Les réponses sur les territoires se feront en priorité avec les acteurs présents s’ils souhaitent s’engager dans le projet. L’idée n’est pas de déréguler le marché d’un territoire mais bien de l’organiser. C’est aussi d’avoir une agilité et une flexibilité, afin de répondre dans des endroits où l’offre de formation n’existe pas mais où les besoins sont présents, avec une offre de formation mobile  qui adapte ses flux de formation aux besoins du territoire.

De ce fait, nous avons élaboré un parcours de formation plus complet dans sa mise en œuvre et par filière, découlant sur un accès à l’emploi. Nous pensons que la mise en place de ces parcours coordonnés permettra, sur la région des Hauts-de-France, un meilleur accès à la formation pour des personnes éloignés de l’emploi, mais favorisera aussi des garanties d’accès à un contrat de professionnalisation à la suite de cette formation courte.

Pour être efficace, le dispositif doit apporter des plus-values à chaque acteur inscrit dans le parcours :

Avantages pour les entreprises

Pour une entreprise, les avantages sont multiples.  Les futurs salariés seront formés autant sur les compétences métiers, mais également sur les compétences transversales et le savoir-être. La formation sera centrée sur les méthodes actives, permettant une acquisition pratique de contenus. L’UMIH aidera pour la mise en œuvre d’un contrat de professionnalisation. L’entreprise pourra faire valoir un label « entreprise Nos Brigades Solidaires ».

Avantages pour les apprenants

Les apprenants pourront bénéficier d’un accompagnement complet (citoyen, métier, savoir-être). Ils s’engageront dans une formation courte, permettant une forte acquisition pratique. Ils bénéficieront d’une ou de plusieurs certifications reconnue (cléa, SST salarié sauveteur secouriste du travail, HACCP[3], CQPIH[4]) à chaque phase du parcours. Celui-ci sera complet, permettant en moins de 100 jours, de signer un contrat de travail (Alternance, CDI ou CDD[5]).

Les apprenants pourront obtenir une carte professionnelle numérique innovante, en réalité augmentée (NBS Card[6]). Ils feront partie de la famille « Nos Brigades Solidaires ». 

Avantages pour l’organisme de formation

Le parcours coordonné mis en place permet à chaque partie de pouvoir accompagner l’apprenant au mieux dans tous les aspects de la formation. Il permet également une complémentarité dans les transmissions de contenus. Le parcours utilise aussi une ingénierie pédagogique qui a fait ses preuves. Comme pour les entreprises, cela permet au centre de formation d’être labélisé « Nos Brigades Solidaires ».

Avantages pour les collectivités territoriales.

Le projet permet une professionnalisation de personnes éloignées de l’emploi, une participation à la montée en qualité des personnels dans les structures territoriales. Il permet également la mise en place de formations sur des secteurs habituellement éloignés des lieux de formation dans l’hôtellerie et la restauration.

David LOPEZ : C'est un projet à venir, mais des actions ont-elles déjà démarré, et lesquelles ? 

Oui nous avons démarré depuis Juin 2020 le parcours 1/2 Pension (POEC - Préparation opérationnelle à l’emploi collective pour les métiers de Commis de Cuisine ou de Serveur en restauration, suivi d’un contrat en alternance). Ces parcours sont en cours. 

Sur la première session qui a démarré début juin,  nous avons placé l'ensemble des apprenants qui sont allés au bout de la POEC (10 sur 13). Sept sont en contrat en alternance et le reste occupe un emploi.

Nous souhaitons démarrer tous les parcours, dès 2021.

David LOPEZ : Qu'est-ce qui vous semble le plus important pour des publics éloignés de l'emploi, pour leur permettre de rentrer ou de revenir dans l'emploi.

Le plus important est l'accompagnement durant toutes les phases du parcours. C’est de faire sauter, au fur et à mesure,  les freins au parcours et à l'employabilité. Les problématiques sociales, la non acquisition des savoirs de base et des compétences transversales sont notamment ces freins. L’importance est aussi de travailler les compétences / métiers, selon les situations de travail que les apprenants rencontreront en entreprise et de mettre en place une immersion progressive dans l'entreprise pour aller jusqu’à la sécurisation de la signature du contrat de travail.

David LOPEZ : Pensez-vous que des échanges avec d'autres partenaires dans d'autres pays seraient souhaitables, possibles ? Quel intérêt y verriez-vous ?

Des partenariats avec d'autres pays seraient les bienvenus, afin de permettre des échanges de type Erasmus pour les apprenants et ce, afin de découvrir d'autre pays, d'autres cultures et d'autres savoirs et savoirs faire. Cela nous permettrait de recevoir des apprenants étrangers et, ainsi, de leur faire découvrir la gastronomie française et nos centres de formation, de pouvoir échanger et partager sur nos façons professionnelles et humaines de faire.


[3] Système d’analyse des risques et de maîtrise des points critiques.

[4] Certificat de qualification professionnelle du secteur hôtellerie et restauration.

[5] Contrat à durée indéterminée ou contrat à durée déterminée.

[6] Système de cartes numériques.

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