chevron-down chevron-left chevron-right chevron-up home circle comment double-caret-left double-caret-right like like2 twitter epale-arrow-up text-bubble cloud stop caret-down caret-up caret-left caret-right file-text

EPALE

Plateforme électronique pour l'éducation et la formation des adultes en Europe

 
 

Blog

Le pouvoir d’agir, un témoignage de Tony Roupin

09/12/2018
par Isabelle Houot
Langue: FR

Tony Roupin est chargé de mission au sein de l'instence Bassin EFE en Wallonie Picarde : il nous livre son témoignage. 

 

/fr/file/240f79793163pqwao04kp94fgcmozgogjdkgn7twkfbzjpg240_f_79793163_pqwao04kp94fgcmozgogjdkgn7twkfbz.jpg

 

Au niveau d’un territoire, il n’est pas toujours évident de pouvoir mobiliser des acteurs et partenaires autour d’un projet et ceci pour diverses raisons. Il se peut qu’ils ne perçoivent pas d’intérêts directs à s’impliquer dans un projet précis (« nous avons nos propres objectifs », « il y a de plus en plus de pressions », « on est toujours dans l’urgence »…). Il se peut aussi qu’ils soient en concurrence les uns par rapport aux autres et ne voient pas les avantages à s’impliquer individuellement. Une autre raison est parfois que le projet proposé est trop complexe ou difficilement accessible pour une petite structure.

Le point de bascule

Aussi, de nos diverses expériences, il nous apparait qu’il est important de simplifier au maximum le projet entrepris et montrer que des résultats peuvent être atteints par petites touches successives (faire tâche d’huile). L’idée est d’implémenter de manière très pragmatique des petits changements et montrer qu’ils peuvent entrainer un effet de contagion positive (de manière virale). A titre d’exemple, la lutte contre le dumping social parait être un combat titanesque et hors de portée. On peut se rejeter la balle à tous les niveaux (et renvoyer au niveau Européen pour se dédouaner). On peut en effet se dire qu’on a aucune emprise sur un tel phénomène… Mais ce serait une erreur, il est impératif de visualiser les choses différemment et à partir du terrain. En effet, chaque commune, chaque CPAS, chaque société de logement, a aujourd’hui une série d’outils juridiques qui lui permettent de changer sa stratégie dans la diffusion des marchés publics. Aussi, si divers acteurs échangent sur leurs pratiques et décident de procéder autrement, une véritable dynamique territoriale peut se développer progressivement. Il ne s’agit pas de tout révolutionner, mais créer une spirale positive à partir de quelques bonnes pratiques individuelles. Montrer que c’est possible de procéder autrement. A partir de là, quand la dynamique est enclenchée, un effet boule de neige peut s’enclencher et faire que progressivement l’exception devienne la règle. On appelle ce moment clef, le point de bascule (*voir Bibliographie), et il se produit parfois beaucoup plus rapidement qu’on ne le pense. En effet une grande majorité de la population observe la société sans précisément prendre part à son orientation, mais quand un changement sociétal devient plus visible (qu’il est porté par environ 20% de la population), alors cette majorité est prête à faire basculer le modèle sociétal et changer également ses comportements. Et il en est ainsi pour tous les groupes d’individus et volonté de projet (sensibilisation aux métiers manuels, comportements d’entreprises, diversité dans les ressources humaines…).     

Le Développement du pouvoir d’agir (DPA)

Nous en venons alors à un deuxième aspect qui est très important dans une dynamique de changement. Il est important que la volonté de changement vienne intrinsèquement des acteurs eux-mêmes si on veut une durabilité dans l’évolution entreprise. Que l’on soit conseiller et monteur de projets, il y a divers positions/statuts qu’il est important d’éviter. La position de « policier/contrôleur » ou l’on va expliquer le projet ou les informations mais avec rigueur et exigence (sans empathie). La position de « juriste/formaliste » ou l’on va dire de manière très bureaucratique ce qui est permis et ce qui ne l’est pas (la rigueur de la loi). La position de « sauveur/aideur/altruiste » ou l’on se plierait en quatre pour aider autrui dans ses démarches (tout en s’épuisant soi-même). La position préconisée par le DPA est tout autre, il s’agit de savoir s’effacer, se faire oublier… Il s’agit de laisser la personne avoir ses propres raisonnements (et à un moment donné un déclic), pour croire davantage à ses propres choix et convictions. Au lieu de prescrire des démarches et plan d’actions (de la personne ou d’un partenaire), c’est être davantage dans une position naïve, voire perdue, et demander ce qu’il conviendrait de faire ensemble, dans une démarche co-constructive. Les raisonnements et choix opérés sont plus durables et robustes dans le temps s’ils sont pris de manière déterminée et consciemment par l’individu lui-même. Le win-win autour d’un projet doit être ainsi construit et pas autrement.

Ces deux références du « point de bascule » et de la « posture DPA » ne résoudront pas tous les obstacles précédemment soulevés, mais ils sont des pistes sérieuses pour envisager des projets territoriaux autrement. 

Pour en lire davantage (Bibliographie) :

Claire Jouffray, Développement du pouvoir d'agir: Une approche nouvelle de l'intervention sociale Broché, 2014. 

Bernard Vallerie, interventions sociales et empowerment, 2012

Malcolm Gladwell, Le point de bascule, 2000

Share on Facebook Share on Twitter Epale SoundCloud Share on LinkedIn