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Une simple proposition audacieuse ou un projet réellement prometteur ? MILLA souhaite opérer un tournant numérique dans la formation continue en Allemagne

05/03/2019
by Peter Brandt
Langue: FR
Document available also in: DE EN HU

Langue originale: allemand

Temps de lecture: environ 6 minutes


Les chosent semblent bouger à Berlin. Les responsables politiques ont reconnu que, dans le contexte de la numérisation, l´éducation et la formation des adultes évolue et que le gouvernement doit donner une nouvelle impulsion. Dénommée MILLA au sein du groupe parlementaire de la CDU, celle-ci devrait coûter à l’État entre un et trois milliards d’euros. Peter Brandt explique comment faire de MILLA un projet intéressant.

L’abréviation MILLA signifie « Modular Interactive Lifelong Learning for All ». Il s’agit d’un concept qui vise à révolutionner la numérisation de la formation des adultes. Il s’inscrit dans un contexte de fort déséquilibre entre l’offre et la demande de main-d’œuvre. Cela ne concerne pas seulement la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, que nombreux ne cessent de déplorer, mais aussi le fossé, encore plus grand, entre les compétences existantes et celles requises des suites de la numérisation. Afin de favoriser ce tournant dans la formation continue, un « Netflix de la formation continue » doit être développé et mis à la disposition de la population afin de permettre aux personnes d’acquérir des compétences confortablement assises sur leur canapé, le soir par exemple, avec des moyens numériques et de façon ludique, par petites tranches (« nuggets »), renforçant ainsi leurs aptitudes professionnelles, notamment dans le secteur numérique. Le micro-apprentissage parrainé par l’État devrait s’étendre au plus grand nombre, pas seulement aux groupes cibles défavorisés, qui sont d’ailleurs souvent les premiers bénéficiaires des mesures publiques de formation continue. MILLA doit être interactif en s’appuyant sur des algorithmes intelligents qui permettent de personnaliser l’offre. Les sommes en jeu sont impressionnantes : on parle de un à trois milliards d’euros par an, ce qui représenterait une coquette somme qui viendrait s’ajouter à ce que le gouvernement fédéral dépense chaque année pour la formation continue.

La confrontation avec la réalité

D’après ce concept, les compétences acquises devraient pouvoir être démontrées et utilisées comme une nouvelle monnaie d’échange sur le marché du travail. Un organisme agréé par l’État attribuerait des points aux différentes offres de formation afin d’organiser le financement des prestataires. Les modalités d’attribution n’ont pas encore été clairement définies ; les besoins du marché du travail joueraient un rôle important, mais ne seraient pas le seul critère. Dans l’ensemble, il s’agit d’un projet très ambitieux qui promet de répondre à plusieurs besoins à long terme en matière de formation continue : responsabilité de l’Etat dans les infrastructures numériques modernes, apprentissage modulaire autogéré, enregistrement des compétences, développement du matériel pédagogique gratuit. Mais la confrontation avec la réalité est inévitable !

Tout d’abord, MILLA n’est jusqu’à présent qu’une idée du groupe parlementaire de la CDU, qui doit encore séduire les responsables gouvernementaux. L’accord de coalition entre la CDU/CSU et le SPD prévoit une stratégie nationale de formation continue et des concepts sont en cours d’élaboration. La capacité de MILLA à s’imposer dépendra de la qualité de ces concepts. Les perspectives d’avenir de ce projet devraient se préciser dans le courant du printemps 2019.

Deuxièmement, le concept ne semble pas tenir toutes ses promesses. Telle est la conclusion à laquelle son auteur est arrivée lors d’un échange d’experts, organisé au parlement allemand fin janvier par le groupe de travail autour de Thomas Heilmann, la tête pensante de MILLA. Les membres du parlement sous-estiment le rôle des chambres et des associations professionnelles dans la mise en place d’une structure de certification efficace. En effet, ces dernières ne disposent pas toujours des connaissances spécialisées et de l’expérience du terrain nécessaires pour acquérir une compréhension approfondie de la modélisation des compétences en termes de résultats d’apprentissage et apprécier la complexité des mesures.

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Das Bild zeigt ein Chart mit einer Kursentwicklung.
Troisièmement, les députés ne manquent actuellement aucune occasion de se mettre à dos les acteurs stratégiques de la formation continue. MILLA accuse implicitement le système d´éducation et de formation des adultes d’être responsable de l’état déplorable dans lequel se trouve la formation continue en Allemagne et de freiner les évolutions, lesquelles sont inévitablement rapides compte tenu de l’instabilité permanente engendrée par la numérisation. MILLA éloigne ainsi, de façon inutile et imprudente, les experts du domaine (voir mon article en allemand sur wb-web).

Comment MILLA peut-il tenir ses promesses ?

Le projet MILLA ne serait-il qu’une utopie vouée à l’échec ? N’ayant jamais vu le gouvernement fédéral investir plusieurs milliards d’euros judicieusement dans l’apprentissage et la formation des adultes, je me refuse de faire le deuil du projet. L’objectif d’accompagner le développement d’une offre de formation continue gratuite et pertinente avec le soutien de l’Etat et de développer sur une base numérique modulaire des systèmes de certification axés sur les compétences et orientés sur les besoins du marché est, à mon avis, beaucoup trop précieux. Il me semble que les quatre points suivants représentent des facteurs critiques pour le succès de MILLA :

  1. MILLA devrait établir des contacts avec des portails et infrastructures existants, en particulier avec le Serveur d’Education allemand (Deutscher Bildungsserver) et son moteur de recherche InfoWeb Weiterbildung (IWWB), lequel permet déjà d’effectuer une méta-recherche puissante à travers 89 bases de données de formation continue et plus de trois millions de cours. On pourrait élargir de façon judicieuse ce noyau à d’autres offres, en particulier celles accessibles en ligne. En même temps, cette initiative d’extension devrait être associée à un système de renvoi à des ressources éducatives libres réparties à des différents endroits. Cette idée est défendue dans l’étude de faisabilité du serveur d’éducation allemand (mot-clé : « Referatorium »).
  2. Le MILLA pourrait essayer de mettre en place un système de validation moderne des compétences nécessaires dans certaines professions non réglementées. (Pour les professions réglementées, une telle initiative entrerait en conflit avec les chambres représentant le secteur privé, une évolution que le groupe de travail MILLA craint à juste titre). Des badges, des nano-diplômes ou un autre type de certificat acquis en ligne pourraient servir de monnaie sur le marché du travail dans des professions qui n’ont pas (encore) été formalisées (par exemple, dans le secteur IT). Compte tenu des sommes d’argent en jeu, MILLA devrait mesurer sérieusement les paramètres sortants (p. ex. les résultats d’apprentissage) et ne pas se limiter à la certification de la participation à une formation. De tels certificats de participation pourraient figurer dans un portfolio de formation personnel, mais ils ne suffisent pas à eux seuls.
  3. MILLA doit être rapide, mais suffisamment lent aussi pour que les acteurs du terrain aient le temps de rejoindre le projet. Une solution consisterait à mettre en place une structure participative à laquelle pourrait adhérer les personnes désireuses d’optimiser MILLA. Pour cela, une rencontre du type BarCamp serait un format idéal.
  4. Finalement, pour établir la pertinence des offres recensées, il convient de prendre en compte des critères sociaux ou d’intérêt public en plus des besoins du marché du travail. Cela permettrait de concevoir la formation continue en ligne de la population non pas comme un mécanisme d’adaptation à court terme purement technocratique, mais aussi comme une contribution à la société à moyen et long terme. En raison de l’organisation fédérale, le gouvernement fédéral doit bien évidemment tenir compte du fait que ses prérogatives concernent en premier lieu la formation professionnelle continue. Mais d’un point de vue réglementaire, il serait justifié qu’une infrastructure issue d’une initiative fédérale inclue des offres d´enseignement général et politique pour adultes promues par les Länder. L’IWWB y est déjà parvenu.

Chose que les lecteurs étrangers doivent retenir, MILLA est le premier concept de développement réellement audacieux depuis des années en matière de formation continue de la frontière danoise aux Alpes. Au cours des prochains mois, on aura l’occasion de voir si MILLA est non seulement courageux, mais aussi efficace.

Peter Brandt dirige le département « Transfert de connaissances » de l’Institut allemand de formation des adultes au centre Leibniz-Zentrum für Lebenslanges Lernen e.V. (DIE) à Bonn.


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  • Portrait de Tino BOUBARIS
    Ich finde es erstaunlich, mit welcher Geschwindigkeit MILLA als Konzept einer einzelnen Bundestagsfraktion zurzeit auf den Sockel eines die bildungspolitische Agenda maßgeblich mitbestimmenden Vorschlags gehievt wird. Dafür erscheint es mir angesichts der vielen offenen Fragen viel zu früh. Wie kann MILLA dazu beitragen, die traditionell geringe Weiterbildungsmotivation in Deutschland nachhaltig zu erhöhen? Wie kann eine bundesweite Weiterbildungsdatenbank in einem vielfältig-pluralistischen Bildungssystem zu besseren und zielgruppengerechteren Suchergebnissen beitragen? Soll MILLA die freie Erwachsenenbildung unterstützen und fördern oder vielmehr der verstärkten Ökonomisierung von Weiterbildung dienen? Insgesamt erscheint mir MILLA sehr aus der Perspektive von Datenbankentwickler*innen und kaum aus der Perspektive von potentiellen Weiterbildungsinteressierten gedacht. Daher halte ich es zurzeit auch nicht für angemessen, MILLA den Status eines mutigen Weiterbildungskonzeptes zuzugestehen.