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Entretien avec Antonio Román et Gema Parrado – AUPEX

17/04/2020
par EPALE Moderator
Langue: FR
Document available also in: EN ES HU LV EL DE RO

EPALE interviews AUPEX

[Traduction (anglais - français) : EPALE France]

Antonio Román et Gema Parrado travaillent comme coordinateurs de projet au sein de l’AUPEX (Asociación de Universidades Populares de Extremadura), une organisation espagnole à but non lucratif qui coordonne un réseau de 213 universités populaires, la plupart situées dans des zones rurales, où sont mis en œuvre différents projets de formation tout au long de la vie. Dans cet entretien, ils nous expliquent dans quelle mesure leur travail est affecté par la flambée du nouveau coronavirus, le COVID-19.

Parlez-nous un peu des incroyables initiatives menées en Estrémadure par l’AUPEX pour améliorer les compétences numériques des adultes vivant dans les zones rurales.

En tant qu'association opérant sur le territoire de l'Estrémadure (Espagne), l'AUPEX gère le programme régional d’alphabétisation numérique - récemment rebaptisé « programme de compétences numériques pour l'employabilité » - financé par le service public de l'emploi. L’AUPEX comprend un réseau de 75 centres de compétences numériques situés dans les zones rurales et les quartiers marginaux. Nous travaillons avec des adultes – principalement des chômeurs ou des personnes issues de milieux défavorisés – afin d'améliorer leurs compétences numériques, pour qu'ils aient plus de chances de trouver un emploi. Nous offrons une formation gratuite aux adultes qui viennent dans nos centres de compétences numériques pour participer à des ateliers, des activités de sensibilisation et des campagnes. Nous travaillons dans le domaine de l'inclusion et de l'autonomisation numériques, en nous appuyant sur le Cadre européen des compétences numériques pour les citoyens (DigComp). Nous sommes également actifs au niveau européen puisque nous participons à des initiatives telles que la Semaine européenne du code et la Semaine du Tout numérique(ALL DIGITAL Week). Nous sommes également présents sur des plateformes européennes, notamment EPALE, où nous échangeons les bonnes pratiques et partageons de nouvelles méthodologies, contenus et approches afin de tirer pleinement parti de nos activités de formation.

Comment l'AUPEX fait-elle face à l'isolement social provoqué par l'épidémie de coronavirus ?

Nous travaillons avec des personnes défavorisées dans les zones rurales mais les centres où elles pouvaient se rendre pour demander de l'aide ont dû fermer. Nos e-facilitateurs travaillent à distance depuis leur domicile pour fournir une assistance en ligne. Actuellement, notre défi majeur est de maintenir un contact permanent avec nos utilisateurs sur l'ensemble du territoire. Au cours des deux dernières semaines, nous avons reçu environ 400 demandes d'assistance.

Comment les demandes arrivent-elles ? Comment vous assurer que vous aidez ceux qui en ont besoin dans votre région ?

Nos e-facilitateurs travaillent au sein de très petites communautés, de sorte qu'ils en font eux-mêmes partie. Ils tissent des liens personnels solides avec les locaux et sont bien intégrés grâce aux réseaux sociaux.

Dès que nous avons commencé à travailler depuis chez nous, la première chose que nous avons faite a été de créer un formulaire que chaque centre numérique a partagé à travers son réseau. Le message général était le suivant : si vous avez besoin d'aide pour utiliser une technologie quelconque, pour communiquer, pour effectuer des tâches administratives en ligne ou pour aider vos enfants à faire leurs devoirs, etc., remplissez ce formulaire et nous vous contacterons. Lorsque nous recevons des demandes d’assistance, nous utilisons tous les outils disponibles pour communiquer avec nos utilisateurs : e-mails ou messages WhatsApp, vidéo et appels téléphoniques. Si nécessaire, nous sommes même en mesure de prendre la main sur leurs ordinateurs. Pour l'instant, il est très important que les utilisateurs sentent que nous les soutenons, et pour nous, c'est aussi l'occasion de confirmer notre rôle de point de référence sur la façon d'améliorer les compétences numériques.

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Quelles sont les principales préoccupations des utilisateurs en cette période ? Quel type de demandes recevez-vous ?

Beaucoup de nos utilisateurs ont peur de perdre leur emploi, c'est pourquoi la plupart des demandes concernent des situations d'emploi. Certaines questions portent sur la manière d'utiliser les ressources en ligne afin de recueillir des informations sur ces sujets (par exemple, les directives et le soutien mis en place par le gouvernement). D'autres sont plus spécifiques et concernent leurs droits en matière d'emploi, ou proviennent encore d'employeurs qui cherchent à savoir comment obtenir une aide pour payer leurs employés. Nous recevons de nombreuses demandes concernant les nouvelles façons de communiquer avec ses amis ou sa famille. Autre sujet qui revient souvent : la fiabilité des informations. On nous demande souvent quels sont les meilleurs canaux à utiliser et comment identifier les fake news. Cela fait également partie de la stratégie plus large de l'AUPEX en matière d'éducation aux médias. Par exemple, pendant la Semaine du Tout numérique, nous avons déployé beaucoup d'efforts pour sensibiliser les gens à la façon de choisir les bonnes sources d'information, à la nécessité de prendre conscience de la désinformation et des informations qui ont été intentionnellement manipulées. Nous essayons d'éviter le terme « fake news », comme le préconise le Groupe d'experts de haut niveau de l'UE sur la désinformation. Nous avons récemment lancé le projet INFOPIRINA, un remède naturel basé sur les principes actifs de la pensée critique et de l'éducation aux médias, qui constitue le meilleur moyen d'aborder la question de la désinformation. Le projet est disponible en espagnol et en italien (la version italienne a été traduite et adaptée par ART-ER ).

Nous recevons également de nombreux appels d'utilisateurs qui nous sollicitent sur des questions personnelles et du quotidien. Les e-facilitateurs sont en effet devenus vraiment importants pour eux, puisqu’ils ont tissé des liens d’amitié avec ces communautés au sein desquelles ils travaillent, et vivent parfois. Ce canal de communication direct est vraiment essentiel.

Quels sont les autres défis auxquels vous êtes confrontés en ce moment ?

Nous devons repenser la façon dont nous allons assurer les prochaines formations. Par exemple, nous revoyons actuellement les sujets que nous devions aborder dans nos sessions de formation. En temps normal, nous aurions demandé à nos utilisateurs de nous faire part de leurs réflexions, mais en ce moment, tout le monde est focalisé sur « l’instant présent », et n’arrive pas à penser à autre chose. Cela vaut également pour nos formateurs. En cette période difficile, chacun se concentre sur son propre centre numérique et sa situation, et chacun a ses propres idées pour repenser les méthodologies que nous utilisons. Pour aller plus loin, notre défi est d'essayer de passer de l'échelle locale à l'échelle mondiale en repensant notre mode de formation dans une perspective globale.

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Le contexte actuel vous amène-t-il à mobiliser de nouvelles ressources ?

Le programme de compétences numériques pour l'employabilité mis en œuvre en Estrémadure comprend des formations sur l'impression 3D, la réalité virtuelle, le codage, la pensée informatique ainsi que l'expérimentation de dispositifs numériques. Nous possédons plusieurs imprimantes numériques. Nous avons rejoint un groupe de fabricants qui imprime en 3D des équipements médicaux – des visières – pour protéger ceux qui ont actuellement besoin d'une plus grande protection, comme le personnel médical ou les personnes qui travaillent dans les supermarchés. Lorsque les centres ont fermé, nous avons emporté les imprimantes 3D chez nous. À ce jour, nous avons déjà imprimé 2 000 visières, à un rythme d’environ 400 par jour.

En participant à cette initiative, nous envoyons un message clair : les compétences numériques ainsi que les technologies numériques peuvent apporter une réponse à un besoin social et donner aux citoyens les moyens de résoudre un problème très spécifique. 

Prendre part à un tel projet permet de comprendre comment les compétences numériques et les compétences non techniques peuvent être fondamentales pour l'apprentissage des adultes. Cela n’a pas lieu seulement ici, mais dans toute l'Europe. Selon nous, ces laboratoires vivants, ces écosystèmes d'innovation devraient faire partie de l'univers de l'éducation des adultes. La créativité, la capacité de s’adapter aux changements, le travail d'équipe et l'utilisation de nouveaux outils sont autant de points sur lesquels notre organisation souhaite mettre l'accent pour assurer le futur de l'éducation des adultes, tout en gardant à l'esprit que les compétences numériques de base pour les adultes n'ont jamais été aussi demandées.

Selon vous, cette crise représentera-t-elle un obstacle pour l'éducation des adultes ou une dynamique poussant à innover et à la réinventer ?

À nos yeux, cette situation représente une formidable opportunité d'expérimenter, de mettre en œuvre de nouveaux outils ainsi que de réorganiser la manière dont nous concevons et dispensons nos formations. Lorsque nous aurons surmonté cette crise, il serait intéressant de continuer à utiliser ces outils numériques pour atteindre nos utilisateurs. Cela nous permettra d'aller un peu plus loin (Ir mas allá).

Plus que jamais nous sommes conscients qu'il va y avoir des changements importants, la dimension numérique devenant de plus en plus importante. Les méthodologies que nous avons déjà commencé à utiliser – comme l'apprentissage basé sur les services ou la simulation – ainsi que les nouvelles méthodologies visant à encourager l'innovation sociale présentent un grand potentiel. Nous sommes de plus en plus conscients du fait que lorsque vous participez à une formation, vous ne vous contentez pas seulement d’apprendre, mais vous façonnez votre avenir et celui de votre communauté. La formation numérique et l'éducation non formelle pourraient grandement contribuer à valoriser et à développer les communautés locales dans les nouvelles réalités dans lesquelles nous évoluons.

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  • Portrait de David LOPEZ
    La entrevista me parece muy interesante. Plantea realmente el riesgo de exclusion digital. Sabemos que habra un incremento de las herramientas digitales. Pero como lo explican perfectamente, es necesario poder acompanar a las personas sobre los temas pedagogicos como los materiales. Un problema visto desde Francia, es poder preparar un gran numero de personas a entrar en el mundo digital. Hoy me parece que muchos no han hecho todavia ese paso. Hay una cierta urgencia a hacerlo. Gracias por su entrevista. David LOPEZ