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S’orienter tout au long de la vie ? Enjeux et perspectives. Une série de 3 articles

02/05/2019
par André Chauvet
Langue: FR
Document available also in: EN DE HR

S'interroger sur l’orientation aujourd’hui suppose de mener une réflexion plus générale sur les effets du contexte actuel sur les situations et les parcours professionnels des personnes : multiplication des transitions ou des ruptures, non linéarité, imprévisibilité. S’orienter n’est plus un acte ponctuel mais bien un processus permanent qu’il s’agit d’analyser dans toutes ses facettes pour construire les services et les pratiques les plus pertinentes; Ce 1er article concerne les enjeux de l’accès à une information fiable et opérationnelle sur le monde du travail.

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1- Les enjeux de l’accès à une information fiable et opérationnelle sur le monde du travail.

Le décret n° 2019-218 du 21 mars 2019 relatif aux nouvelles compétences des régions en matière d'information sur les métiers et les formations officialise le transfert aux régions de l’information sur les métiers et les formations, prévu dans le cadre de la loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». Ce transfert et cette focalisation sur l’information posent un certain nombre de questions sur les perspectives et les modes de développement des SPRO (Services Publics régionaux d’orientation). Simultanément, une note de France Stratégie s’intéresse aux enjeux en terme d’orientation de l’accès à une information de qualité sur les débouchés professionnels.

L’enjeu de l’information

Cette question n’est pas nouvelle mais elle nécessite de clarifier les liens entre choix d’orientation et informations mises à disposition. On peut distinguer plusieurs registres :

- L’accès aux sources d’information : cela relève à la fois de la diversité des modes d’accès (physique, numérique…) mais également des modalités de cette information (écrite, visuelle, expérientielle, par immersion virtuelle…). Sur ce plan, les perspectives sont nombreuses en terme de variations possibles.

- La qualité des sources d’information : cela renvoie à la nécessité de distinguer la nature des informations : certaines relèvent d’éléments objectifs, factuels, non contestables (éléments juridiques par exemple) ; d’autres relèvent d’éléments plus stratégiques relevant d’une interprétation de tendances (perspectives de recrutement, évolution des contenus…) qui sont précieuses mais sujettes à débat. Alors, c’est moins le caractère objectif au sens strict du terme qui est central mais plutôt la fiabilité. Cela amène à réfléchir à la qualité des sources, à vérifier que les informations transmises sont fondées, appuyées sur des analyses croisant plusieurs sources. Par ailleurs, c’est l’opérationnalité des informations (est-ce qu’elles me sont utiles pour décider ?) plus que leur qualité scientifique, qui vont attirer l’usager. D’où le frilosité à utiliser des données statistiques difficilement compréhensibles pour le non spécialiste et le repli vers les réseaux sociaux et de proximité fournissant une information certes contestable, très subjective mais en même temps facilement accessible et utilisable. Méfions-nous des savoirs trop académiques, des données aseptisées alors que l’usager recherche des "histoires", qu’il est plus intéressé par les parcours et les vies que par les fiches métiers ! Si l’accès à des informations fiables est un facteur d’aide à la décision et d’équité, nous avons devant nous de nombreux chantiers tant techniques (comment faciliter l’accès à des informations fiables et actualisées ?) que pédagogiques (comment développer l’esprit critique ?).

La question des représentations

Mais réduire la question de l’orientation à la seule fiabilité des informations mises à disposition nous semble omettre que le processus de décision des personnes est parfois fort peu rationnel Ce que nous pensons des métiers et du monde professionnel n’est pas une information comme les autres. Elle est d’abord une représentation de ce qui pourrait nous convenir. Or, les représentations sont complexes et difficiles à faire évoluer pour au moins trois raisons. La première relève de la nature même de ces informations. L’information possédée par chacun sur les métiers n’est pas un simple copié-collé. Elle relève d’une construction, à la fois sociale et personnelle, mêlant éléments objectifs et perceptions plus subjectives, élaborée par les personnes dans leurs interactions avec leur environnement. La deuxième relève de la difficulté à faire évoluer ces représentations sociales spécifiques, relatives aux métiers et au monde du travail. Pourquoi ? Parce qu’elles sont construites très précocement et résistent aux informations dissonantes. On sélectionne souvent les données qui étayent et vont dans le sens de ce que l’on croit. Ainsi des critères comme l’attractivité (liée au prestige social) ou encore le genre (métiers dits féminins ou masculins) évoluent peu par de simples campagnes d’informations ou de promotions. Elles génèrent progressivement des stéréotypes (qui par définition font consensus) qu’il n’est pas si simple de faire changer par le simple discours. Troisièmement, l’écart se creuse entre la réalité du monde du travail, les métiers qui s’y déploient et qui évoluent, la variété et la richesse des contextes qu’on y trouve et la hiérarchie des métiers qui attirent spontanément le public. Pour qu’une activité soit choisie, elle doit d’abord être visible, identifiable, distinguable d’autres activités. Ce qui interroge finalement une sorte de capital réputationnel des métiers.

Une question pédagogique

Si les questions d’orientation ne peuvent se réduire à un simple processus d’information centré sur la qualité et de la fiabilité des informations mises à disposition (laissant à chacun le soin de s’en saisir), alors on se doit de réfléchir aux modalités pédagogiques qui permettent de recueillir, analyser des informations multiples pour d’élaborer son propre point de vue et construire une stratégie. Il nous faut alors investir (et sur ce plan de nombreuses initiatives dans le cadre des SPRO le montrent), des processus multi modaux, plus près des territoires où les informations ne sont pas uniquement des savoirs livresques et académiques mais bien des données vivantes, qui permettent à chacun de découvrir, le contenu, les perspectives mais également la dimension humaine du travail.

Sur ce plan, l’enjeu n’est pas uniquement dans l’élaboration de stocks d’informations fiables mais bien dans la capacité des professionnels et des concepteurs de ressources à construire et mettre en scène une dynamique d’appropriation où les tous acteurs sont parties prenantes. C'est donc bien un enjeu pédagogique.

Article 2 à venir : Aider à la décision par temps incertains

Article 3 à venir : développer la capacité à s’orienter tout au long de la vie : comment et à quelles conditions ?

https://www.strategie.gouv.fr/publications/connaitre-debouches-mieux-sor...

 

 

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