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Être jeune aujourd’hui : l’avenir en question

Être jeune aujourd’hui ? Ce serait donc différent d’hier ? Et cela impacterait les pratiques d’accompagnement ?

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Être jeune aujourd’hui : un sujet d’actualité

Être jeune aujourd’hui ? Ce serait donc différent d’hier ? Et cela impacterait les pratiques d’accompagnement ? Ces trois questions peuvent paraître déplacées tant la réponse est évidente. Depuis plus d’un an de crise mondiale liée à la pandémie, nos repères sont altérés et nos perspectives incertaines. Tout le monde est concerné mais, comme souvent, cette crise est révélatrice d’un certain nombre d’inégalités. Et les jeunes sont particulièrement affectés : conditions du confinement, accès aux ressources, possibilité de bénéficier d’un soutien matériel et affectif, arrêt des projets en cours... Mais au-delà de ces éléments, d’autres questions apparaissent.

Faire face à l’incertain : le rapport à l’avenir en question

Comment construire des perspectives, élaborer des projets alors que la planète entière semble naviguer au gré des aléas de l’épidémie aux évolutions faiblement prévisibles à ce jour. Les jeunes sont donc confrontés aux conséquences de la pandémie sur la formation, l’emploi et leur propre autonomie. Ils peuvent être aussi désemparés par le sentiment de n’avoir aucun contrôle au vu du nombre de crises simultanées. Mais ils ne sont pas seulement inquiets. Ils sont aussi inventifs, mobilisés, partie prenante d’un certain nombre d’initiatives les concernant mais concernant aussi notre monde commun. Si les difficultés sont évidentes, si la souffrance psychique est bien présente, il n’y pas que cela. Il y a aussi de l’énergie tournée vers la possibilité d’un monde plus solidaire et inclusif.

Pour les professionnels en charge de leur accompagnement se posent donc des questions nouvelles. Ou plus exactement, par effet d’amplification, certaines situations de vulnérabilité apparaissent plus intenses.

Écouter les jeunes, leur donner l’occasion de contribuer

Le collectif Kelvoa a organisé le 11 juin 2021 une rencontre en ligne intitulée « Être jeunes aujourd’hui » dans la cadre de la thématique générale de l’association « L’art d’accompagner autrement ». A cette occasion, la parole a été donnée aux jeunes qui ont non seulement participé mais également apporté leurs contributions riches et inédites à la rencontre tant par leur présence que par les productions multiples (vidéos, témoignages) qu’ils ont mis à notre disposition. Nous y reviendrons dans un prochain article Epale.

Car le risque est toujours de déléguer la parole à des experts, ou de survaloriser des points de vue minoritaires. Comment mettre en débat les paradoxes que la période fait apparaître ? Comment donner à voir des initiatives nombreuses et écouter des paroles authentiques mais aussi bouleversantes ? Car rien n’est écrit pour demain. Ce qui ouvre aussi des perspectives auxquelles les jeunes ne demandent qu’à contribuer.

Vulnérabilité et agentivité : de quoi parle t-on ?

A l’occasion de cette rencontre KELVOA, les témoignages des publics et des professionnels qui les accompagnent étaient également éclairés par une étude publiée par l’INJEP en mars 2021 intitulée. Les rapports au travail des jeunes en situation de vulnérabilité : dynamiques sociales, actions publiques et expériences individuelles en France et au Québec. Construite à partir d’interviews de jeunes, réalisée avant la période Covid, elle s’intéresse justement à cette possible vulnérabilité mais questionne plus largement le rapport au travail et la manière dont ces jeunes pensent l’avenir. Un certain nombre d’idées reçues y sont interrogées et peuvent déjà questionner la manière de concevoir l’ingénierie d’accompagnement pour ces publics. Sur les rapports au travail, « ....sa centralité pour les jeunes apparaît fortement marquée mais imprégnée d’une vision ambivalente, car souvent vécue comme exogène et relevant d’une obligation instrumentale autant que morale. À l’opposé, l’inactivité apparaît majoritairement subie et rejetée. » Cet aspect est largement confirmé par le travail de terrain mené par les professionnels. Un jeune parle de cette inactivité comme d’un « cocon toxique » pour bien qualifier que ce n’est pas une perspective plaisante. Mais comment sortir de cette impuissance ? Jerémy Alfonsi, sociologue, chargé d'études au CEREQ, chercheur associé au LEST, corédacteur de l’étude publiée par l’INJEP, a participé à la rencontre Kelvoa et a cherché à tirer les enseignements à la fois des propos tenus par les jeunes et du travail d’étude qu’il mène. Il nous éclaire sur plusieurs points.

De votre point de vue, qu’est-ce que nous apprend nous apprend l'étude sur les leviers d'action à mobiliser pour ces jeunes ? 

L'étude montre que les situations de vulnérabilités dans les parcours des jeunes sont souvent ressenties comme des moments d'impuissance, lorsque des difficultés surviennent dans différents contexte (études, travail, vie familiale...) se cumulent, s'entremêlent et font "boule de neige". Un levier d'action pour résoudre ces nœuds consiste alors à développer les dispositions des jeunes à l'agentivité, c'est-à-dire leurs capacités à poser un regard lucide sur eux-mêmes, leur environnement, leurs difficultés et à se projeter dans l'avenir, pour participer activement à reprendre en main leur trajectoire. Ces attitudes contribuent parfois à la sortie des processus de vulnérabilité.

Quels en sont les limites et les risques ?

Bien que, dans l'enquête, les jeunes vulnérables travaillent à étoffer leurs capacités individuelles à l'agentivité, une part importante de leurs difficultés trouvent leurs sources à d'autres niveaux : chômage structurel, précarité de l'emploi, mais aussi problèmes familiaux et relationnels (isolement). De même, les pratiques de l'agentivité elles-mêmes ne peuvent s'activer qu'au contact de conditions sociales aidantes. En consacrant une partie de l'accompagnement à étoffer les dispositions à l'agentivité, le risque est alors de transférer sur les jeunes une certaine responsabilité qu'ils n'ont pas toujours les moyens concrets d'assumer. Le message d'activation, intériorisé, contribue parfois même à la diffusion d'un individualisme normatif tant à l'échelle des personnes (risque de sombrer à nouveau dans le sentiment d'impuissance, redoublé cette-fois de culpabilité personnelle) qu'à celle de la société (concurrence entre les jeunes vulnérables)

Si l’on prend en compte ce risque que cette responsabilité soit trop lourde à assumer, quelles perspectives cela ouvre pour l’accompagnement ?

Faire preuve de réflexivité, reconnaitre ses capabilités... c'est aussi parfois faire un détour assumé sur le chemin de l'emploi durable. En effet l'enquête donne à voir des jeunes assez bien conscients de leur position sur le marché du travail et des perspectives peu réjouissantes qui leur tendent les bras. Plutôt que de chercher tout de suite un emploi, certains décident alors de prendre le temps d'élaborer un projet de création d'entreprise, ou bien de s'investir dans le monde associatif (notamment au travers des services civiques), œuvrant ainsi à se construire une place qui a du sens pour eux, à exercer une influence sur leur territoire local. 

Plus encore, il semble que les jeunes auraient tout à gagner à davantage bénéficier de programmes de mobilité, saisies comme des occasions d'apprentissage et d'opérationnalisation des pratiques d'agentivité. Si les étudiants connaissent le programme Erasmus, les personnes qui n'accèdent pas à l'enseignement supérieur sont aussi susceptibles d'être intéressées par les différents visas vacances-travail réservés aux jeunes à travers le monde, soutenus par divers réseaux associatifs permettant de se déplacer et de se loger à moindre coût. Le voyage, l'année de césure telle qu'elle est valorisée dans d'autres pays européens, devient alors une véritable opportunité pour prendre confiance en soi, se prouver que l'on est capable de réalisations, prendre sa place au milieu des autres. 

Le rapport rappelle d’ailleurs dans sa synthèse l’élément suivant : concernant l’action publique en direction des jeunes, ce sont clairement la bienveillance et l’approche globale des jeunes qui demeurent cardinales. Il faut également rappeler que l’action des conseillers est encadrée et évaluée, quand elle n’est pas minutée.

Le risque donc est de trop vouloir contrôler, de chercher des actions directes vers l’emploi pensées de notre point de vue. Peut-être est-il essentiel d’explorer des voies plus indirectes permettant aux personnes de construire chemin faisant la conviction de pouvoir agir sur leur propre destin. Méfions-nous de notre volonté d’aller vite. La philosophe Cynthia Fleury nous alerte dans un éditorial récent. "Ne faisons pas l'erreur de reconstruire l'avant. Le confinement a ouvert le chemin d'une société moderne, avec quantité d'expérimentations. Ne retombons pas dans le piège des hyper structures pléthoriques qui excellent à empêcher" . Car en voulant aller vite, on peut très facilement construire des dispositifs d’empêchement.

Car c’est aussi de confiance et de reconnaissance dont ont besoin ces jeunes qui montrent leur capacité à s’engager et une grande lucidité à propos de leur situation.

André Chauvet

https://injep.fr/publication/les-rapports-au-travail-des-jeunes-en-situation-de-vulnerabilite/

https://www.kelvoa.com/pdf-lagentivite-des-ressources-pour-soi-a-activer-sous-conditions/

transition pro

 

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