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Blog

Erasmus+ et citoyenneté européenne, 30 ans plus tard : discours de Barbara Nolan

26/07/2019
by Caoilte Bashford
Langue: FR
Document available also in: EN RO

[Traduction (anglais-français) : EPALE France]

 

Le Forum 2017 de Léargas a célébré les 30 ans d'Erasmus à Erasmus+ en mettant en avant les principales réalisations d'Erasmus+, mais aussi en explorant ses liens avec la citoyenneté européenne et ce que cela signifie aujourd'hui. 

Barbara Nolan est responsable de la coordination Erasmus+ à la Direction générale de l'éducation et de la culture de la Commission européenne. Elle a passé la majeure partie de sa carrière à Bruxelles, mais a également dirigé la représentation de la Commission européenne en Irlande de 2010 à 2016. S'appuyant sur cette expérience, et en tant que femme irlandaise elle-même, son discours a fait le lien entre la politique et les développements politiques européens et ce qu'ils signifieront pour l'Irlande.

 

Avenir de l’Europe et dimension sociale

Les discussions sur le futur de l’Europe battent leur plein. La Commission européenne a lancé les débats en mars dernier avec un Livre blanc présentant plusieurs options pour l’avenir. Dans le discours qu’il a prononcé au mois de septembre dernier, le président Juncker a lui-même exposé son point de vue en faveur d’une Europe plus forte, plus unie et plus démocratique.

Ce débat est principalement marqué par la nécessité de redoubler d’efforts afin d’établir ou de rétablir les liens qui unissent les citoyens, de les écouter et de mieux comprendre les défis auxquels ils sont confrontés dans le cadre de leur vie quotidienne. Il est raisonnable de dire que, pendant la crise financière, l’UE s’est concentrée sur la recherche d’une solution économique et que la dimension sociale a été négligée. Toutefois, il me semble que le sommet qui a réuni les dirigeants européens à Göteborg a remis la dimension sociale à l’ordre du jour. Cette rencontre a constitué une occasion de proclamer un nouveau socle des droits sociaux et (de réaffirmer) le rôle clé de l’éducation et de la formation pour permettre aux citoyens d’accéder à des emplois décents, renforcer la cohésion sociale et construire les bases d’une citoyenneté active. La Commission a également proposé la création d’un espace européen de l’éducation d’ici 2025.

Nous pouvons donc nous montrer optimistes quant à l’avenir de l’Europe en matière d’éducation, de formation et de politiques de la jeunesse. Les discussions sur le budget de l’UE pour les sept années à venir (2021-2027) viennent à peine de commencer. Il reste de nombreuses questions à régler, mais il semblerait qu’il y ait une réelle volonté d’augmenter les budgets, de soutenir l’éducation et la formation, et de reconnaître leur rôle essentiel dans les actions que l’UE entreprendra à l’avenir.

D’Erasmus à Erasmus+, 30 ans de réussites  

S’il ne devait y avoir qu’un seul programme pour incarner l’essence de ce que représente la citoyenneté européenne, ce ne pourrait être qu’Erasmus. Et par Erasmus, j’entends Erasmus+. Je ne parle pas seulement de l’enseignement supérieur, mais de tous les domaines dont nous nous occupons : la formation professionnelle, l’éducation des adultes, les politiques de la jeunesse... tout ce que ce «plus» d’Erasmus+ englobe.

C’est l’un des programmes les plus réussis et les plus emblématiques de l’UE, qui a marqué la vie privée et professionnelle de plus de neuf millions de personnes dans et hors de l’Europe. Comme nous aimons nous en vanter, nous avons plus d’un million de bébés Erasmus. Ils sont le fruit des participants aux programmes qui ont eu la chance de rencontrer leur partenaire au cours de leur séjour à l’étranger. Bien plus qu’un programme de mobilité, c’est un vecteur de coopération transnationale et d’échange de bonnes pratiques qui nous permettra, en tout cas nous l’espérons, d’entraîner des changements systémiques. En effet, les bonnes pratiques que nous observons ailleurs devraient voyager et être implémentées dans d’autres pays et, dans la mesure du possible, être transposées à une plus grande échelle afin que les politiques et les systèmes puissent changer en profondeur.

Erasmus+ a largement contribué à l’internationalisation de l’enseignement. Avant, seuls «quelques privilégiés» suffisamment aisés avaient la possibilité d’étudier à l’étranger. Le programme a ouvert cette porte à des millions de personnes qui, en d’autres circonstances, n’auraient pas eu cette chance.

Toutes nos enquêtes montrent qu’il a également aidé les jeunes à trouver un emploi : les étudiants de l’enseignement supérieur ont deux fois plus de chances d’avoir trouvé un emploi un an après l’obtention de leur diplôme, les étudiants de l’enseignement professionnel ont tendance à trouver leur premier emploi plus rapidement et à gagner 25 % de plus que leurs pairs qui n’ont pas fait le choix de la mobilité. Il favorise aussi l’inclusion sociale. Dans le secteur de la jeunesse par exemple, un participant sur trois vient d’un milieu défavorisé. Le programme a été accusé d’élitisme, mais nous travaillons d’arrache-pied pour le rendre de plus en plus accessible et, dans certains domaines comme celui de la jeunesse, il me semble que nous pouvons tout à fait affirmer que nous avons totalement atteint cet objectif. Il contribue à créer une identité européenne. Celle-ci n’a pas pour but de remplacer les identités nationales, régionales ou locales; nous pensons qu’une identité européenne est une réalité qui peut coexister avec toutes les autres qui nous définissent.

L’Irlande participe au programme depuis son lancement en 1987 et contribue activement à son succès. En 30 ans, près de 90000 participants en ont bénéficié et nous sommes impatients d’ouvrir de nouvelles perspectives à un plus grand nombre d’Irlandais encore.

Recommandations issues de l’évaluation à mi-parcours du programme Erasmus+

Mais n’allez pas croire que nous ne nous intéressons qu’aux bonnes nouvelles, notre évaluation à mi-parcours nous permet de garder un œil critique sur le programme Erasmus. Un million de réponses récoltées (nous disposons d’une énorme quantité de données, car tous les participants nous transmettent un rapport) ainsi que d’autres enquêtes telles que des sondages spécifiquement organisés par certaines des organisations concernées nous ont permis de constater à quel point Erasmus était connu et jouissait d’une réputation solide et positive. Dans les enquêtes Eurobaromètre, les citoyens identifient souvent le programme comme l’une des plus grandes réussites de l’Union européenne.

Erasmus donne des résultats uniques, non seulement pour les individus, mais aussi pour les organisations et les systèmes. Et, comme je l’ai déjà mentionné, il s’agit là d’une dimension souvent oubliée du programme : nous nous efforçons d’améliorer les systèmes éducatifs et de formation grâce à différents projets de partenariat. Nous avons toutefois réalisé que les décideurs politiques pourraient tirer bien davantage parti des résultats d’Erasmus+. C’est un des grands défis que nous aurons à relever à l’avenir : nous devons tenter de nous faire entendre de nos ministères de l’Éducation et de l’Emploi pour que ces résultats soient intégrés dans nos systèmes d’éducation et de formation.

Nous avons également conclu que la variété d’expériences d’apprentissage proposées (formelles, non formelles et informelles) devrait être maintenue. Il ne semble pas que l’évaluation puisse conduire à abandonner une des parties du programme actuel.

Nous avons constaté qu’il existait très peu de chevauchements avec d’autres programmes, mais que nos efforts pourraient être renforcés afin d’obtenir, par exemple, que le fonds social européen répande davantage les bonnes pratiques d’Erasmus+. Lorsque nous découvrons quelque chose qui fonctionne, nous devrions augmenter sa portée à l’aide de financements plus importants.

Nous souhaitons tous un peu plus de simplicité; personnellement, je trouve que c’est un programme très complexe, pour moi et pour les bénéficiaires, et qu’il mériterait d’être simplifié! Nous continuons donc à travailler dans ce sens, sur la fluidité, la rationalisation, les formulaires de candidature en ligne et d’autres éléments qui nous permettront d’améliorer le fonctionnement du programme.

D’autres recommandations stratégiques nous sont parvenues :

  • Investir davantage dans les secteurs qui affichent de bons résultats mais qui sont moins bien financés que d’autres, comme l’enseignement supérieur par exemple. Cela signifie qu’il faut consacrer plus d’argent à la formation professionnelle et aux écoles.
  • Cibler les organisations qui travaillent avec des personnes ayant moins d’opportunités, peut-être en disposant d’un formulaire de demande plus simple pour les montants inférieurs à une certaine limite.
  • Renforcer l’impact au niveau politique grâce à un financement spécifiquement dédié à l’exploitation des résultats au niveau national.
  • Cibler davantage les actions dans le secteur de l’éducation et de la formation des adultes.

S’investir davantage auprès des citoyens européens

Le Corps européen de solidarité est une initiative politique majeure lancée par le Président de la Commission pour offrir de nouvelles opportunités aux jeunes Européens. Ce Corps apportera son soutien à des jeunes qui se porteront volontaires ou travailleront sur des projets de solidarité visant à aider des communautés de personnes en difficulté à travers toute l’Europe. Plus de 42000 jeunes se sont inscrits, dont 500 Irlandais. Nous espérons que plus de 100000 personnes se seront inscrites d’ici la fin de l’année 2020.

Nous avons également mis en place une action ciblée pour les jeunes chômeurs, la «Garantie jeunes». Il s’agit d’un engagement que tous les États membres ont pris en 2013 afin de veiller à ce que tous les jeunes de moins de 25 ans puisent se voir proposer un emploi, une formation continue, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois suivant une perte d’emploi ou la fin de leurs études. C’est une mesure très importante dont plus de 16 millions jeunes ont déjà bénéficié. Cette Garantie jeunes est une sorte de filet de sécurité, un programme crucial pour que les gens ne s’engluent pas dans le chômage de longue durée et puissent continuer à aller de l’avant, que cela passe par l’amélioration de leurs compétences ou l’acquisition d’une plus grande expérience professionnelle. Nous ne voulons pas abandonner les gens après qu’ils ont terminé leurs études ou perdu leur emploi.

J’ai déjà abordé plus haut la nécessité de renouer le contact avec les citoyens et de tenter de les impliquer davantage dans l’élaboration de la politique européenne. Nous avons entrepris des milliers de Dialogues citoyens à travers l’Europe, en essayant tout particulièrement d’aller à la rencontre des jeunes, car c’est à eux que les clés du continent reviendront dans les décennies à venir. Nous voulons donc qu’ils nous fassent part de leurs commentaires et qu’ils s’impliquent.

Nous tentons également d’aider les citoyens à porter plus facilement à l’ordre du jour de l’UE les questions qui leur tiennent le plus à cœur. Une proposition de révision de l’initiative citoyenne européenne prévoit la possibilité d’inviter la Commission à légiférer sur une question particulière si un minimum d’un million de signatures est recueilli. Nous avons proposé certaines modifications, notamment l’abaissement de l’âge minimum pour soutenir une initiative de 18 à 16 ans. Ce changement aurait un impact sur environ 10 millions de jeunes Européens.

Nous nous préparons également à renouveler la Stratégie de l’UE en faveur de la jeunesse d’après 2018. Nous avons passé une année à écouter des jeunes, nous avons mené une enquête Eurobaromètre et nous les avons interrogés sur leur engagement dans des organisations, dans les élections, dans des activités de volontariat ainsi que sur leurs idées concernant les priorités de l’UE.

Il est intéressant de noter que les enquêtes ont confirmé l’intérêt des jeunes pour les questions européennes et le regard positif qu’ils portent généralement sur l’UE. Toutefois, cette attitude positive et cet intérêt pour l’Europe et la politique ne se traduisent pas toujours par une participation active, par un engagement dans un parti ou la participation aux élections par exemple.

C’est un véritable défi que d’amener les jeunes à prendre part à la vie politique et à faire valoir leurs droits, mais je pense que l’engagement devra être un des piliers de cette stratégie en faveur de la jeunesse. Nous sommes persuadés qu’ils ont besoin de faire entendre leur voix.

L’avenir d’Erasmus+

J’ai commencé par parler de l’héritage d’Erasmus+ et je terminerai en abordant son avenir. La bonne nouvelle, c’est que les signaux envoyés lors du sommet de Göteborg sont très positifs. Il a été l’occasion d’exprimer notre volonté de doubler le nombre de participants au programme, ce qui se traduirait évidemment par une augmentation significative du budget. Cela signifie également qu’il nous faudra chercher de nouvelles façons de faire participer les gens, y compris par le biais d’échanges virtuels.

Nous prévoyons aussi d’élaborer des stratégies pour aider les États membres à améliorer les niveaux de qualification de leurs citoyens, dont les compétences fondamentales et linguistiques. Je crois savoir que l’Irlande s’est dotée d’une nouvelle stratégie en matière de langues étrangères, et c’est une excellente nouvelle. En effet, après le Brexit, ce pays sera encore davantage lié à l’Europe continentale et les langues seront donc encore plus importantes à l’avenir.

Un autre objectif essentiel consistera à toucher un plus grand nombre d’apprenants issus de milieux défavorisés. Nous tentons déjà d’abonder dans ce sens, mais cette question sera au centre de nos préoccupations à l’avenir.

Erasmus+ a toujours donné et continuera d’offrir aux jeunes Européens la possibilité de vivre, de travailler, d’étudier et de se former à l’étranger. Avant que ce programme ne voie le jour, il existait très peu d’opportunités de cette nature. Il n’existe rien de comparable à Erasmus+ ailleurs dans le monde, ou si c’est le cas, nous ne l’avons pas encore trouvé. Je pense que nous avons de quoi être fiers de ce que nous avons construit ensemble.

Néanmoins, nous avons le devoir d’améliorer et d’affiner le cursus à l’avenir, ce dont nous nous chargerons à la suite de l’évaluation à mi-parcours. L’année à venir sera très décisive en termes de contenu et de portée du futur programme.

Comme l’ont déclaré les chefs d’État et de gouvernement de l’UE à Bratislava en 2016 : «L’Europe n’est pas parfaite mais c’est le meilleur instrument dont nous disposons pour relever les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés. Nous avons besoin de l’UE non seulement pour garantir la paix et la démocratie, mais aussi pour assurer la sécurité de nos peuples. Nous avons besoin de l’UE pour mieux répondre à leurs besoins et souhaits de vivre, d’étudier, de travailler, de circuler et de prospérer librement sur notre continent ainsi que de tirer parti du riche patrimoine culturel européen.»

 

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