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Entretien d'Antoine Amiel, expert EPALE sur les questions de transitions numérique et écologique !

Interview

Comment en êtes-vous venu à la formation et l’apprentissage ?

Antoine Amiel : J’ai d’abord fait des études littéraires et comme je ne souhaitais pas forcément enseigner, du moins pas tout de suite, j’ai poursuivi par une école de commerce. C’est là que j’ai découvert le monde du numérique et de l’éducation. J’ai compris qu’il y a dans ce domaine beaucoup de choses à réinventer et cela m’a donné l’impulsion pour créer mon entreprise, Learn Assembly. Je suis aussi administrateur de la Fédération de la formation professionnelle qui réunit les organismes de formation.

Qu’est-ce que Learn Assembly ?

Antoine Amiel : Learn Assembly est spécialisée dans l’innovation pédagogique et les parcours d’apprentissage. Elle a pour mission de développer et de faciliter l’accès à l’apprentissage, de développer l’envie d’apprendre, de repenser la manière dont on apprend, que ce soit dans les entreprises, les universités ou les administrations publiques. Nous proposons du conseil, pour repenser les modèles pédagogiques et mieux répondre aux besoins. Nous proposons aussi des formations, à destination des formateurs, des enseignants-chercheurs ou de façon plus générale de tous ceux qui ont besoin de faire évoluer leurs compétences en la matière : 1 500 personnes ont ainsi été formées en 2020.

Est-ce que vous pouvez donner des exemples de formations que vous proposez ?

Antoine Amiel : Nous travaillons avec un financement de l’Agence Nationale de la Recherche pour former des enseignants de licence en médecine, des internes ou des professeurs, pour qu’ils soient en mesure de dispenser des formations à distance interactives et vivantes et de concevoir des ressources numériques innovantes. Le but est d’améliorer leur pédagogie, leur manière de transmettre avec le numérique pour éviter le « syndrome des écrans noirs » sur Zoom.

Nous travaillons aussi avec des entreprises, de grands groupes, des assurances ou des banques, confrontés aux nouveaux enjeux de l’intelligence artificielle pour les aider à la reconversion de leurs salariés dont les métiers, aujourd’hui manuels, sont automatisables.

Nous ne sommes pas là pour digitaliser par principe. Si on pense que cela n’est pas adapté, nous le disons. Se former seul à distance demande une discipline personnelle, de la motivation et de l’aisance pour s’emparer des outils. A moins de cela, il y a un risque de décrochage ou d’apprentissage superficiel : ce n’est pas parce qu’on a vu une vidéo qu’on a acquis une compétence.

L’apprentissage à distance a été fortement mis en avant depuis le début de la pandémie. Quelles sont les leçons à tirer de la période ?

Antoine Amiel : Tout le monde s’est mis au numérique de manière forcée dans une grande improvisation. Cela a montré que c’était possible mais cela a été subi par beaucoup, ce qui est dommage. Cela fait 15 ans que le numérique existe dans la formation mais pour beaucoup d’acteurs c’est encore une découverte. A mon sens il y a plusieurs leçons à en tirer :

  • Le numérique favorise l’accès à la formation et sa démocratisation, mais si les formations ne sont pas pensées pour conserver le lien social elles peuvent être un facteur d’isolement. Il faut éviter que les gens soient seuls derrière leur écran.
  • On oppose formation en présentiel et à distance alors que la voie à privilégier c’est un mélange des deux, qui fonctionne bien.
  • Enfin on a assisté à une avancée dans la prise de conscience de la possibilité d’évoluer professionnellement et de se reconvertir. La culture de la mobilité professionnelle tend à se développer, ce qui correspond à des motivations individuelles. Cela s’accélère avec la période que nous traversons.

L’éducation en ligne obéit-elle a des logiques différentes aux Etats-Unis – où la plateforme de formations en ligne Coursera se prépare à entrer en bourse – et en Europe ?

Antoine Amiel : En France, la formation est un marché depuis la loi de 1971 qui réglemente la gouvernance de la formation professionnelle et oblige les entreprises à cotiser - en plus des financements prévus par l’État et par Pôle emploi. Depuis 10 ans, on assiste à une accélération de la formation à distance avec des acteurs comme Coursera ou d’autres acteurs américains financés par des fonds d’investissements. Coursera entre en bourse pour faire des profits, mais ce n’est pas cela qui va révolutionner l’éducation.

Il y a une tendance actuellement à digitaliser du contenu de formation pour répondre à un ensemble de problématiques. Mais ce n’est pas parce qu’on a accès à des contenus qu’on développe des compétences. Un modèle vertueux est un mélange de contenus et de pratiques, un apprentissage social, entre pairs, qui favorise l’expérimentation et l’insertion professionnelle.

Que peut apporter une approche européenne dans le domaine de la formation numérique ?

Antoine Amiel : L’éducation est un levier de soft power : l’éducation véhicule une vision de la société et des valeurs. C’est un instrument diplomatique. Une approche européenne répond aussi à des enjeux de souveraineté numérique, de liberté de pensée, d’autonomie, de valorisation des acteurs universitaires européens. Nous avons tout intérêt à développer des solutions de formation adaptées aux acteurs locaux et à ne pas se contenter de dupliquer des solutions venues de l’étranger.

Pour EPALE, vous abordez de front les enjeux du numérique et les enjeux écologiques. Pourquoi et comment ?

Antoine Amiel : On présente souvent le numérique comme une solution aux problèmes environnementaux mais la réalité est plus compliquée : les informations restent stockées quelque part, cette économie numérique est gourmande en énergie et ce qu’on gagne d’un côté, il n’est pas sûr qu’on ne le perde pas de l’autre. Pour autant, faute de référentiel commun, il reste compliqué d’avoir des données précises pour mesurer la réalité de l’empreinte carbone du numérique. Il est nécessaire de responsabiliser les individus et les organisations à la pollution numérique. Arrivera un jour où Netflix sera considéré comme un pollueur au même titre que les industries pétrolières.

Quels seront vos axes de travail pour EPALE ?

Antoine Amiel : Un premier axe consistera à sensibiliser au lien entre les transitions numérique et écologique. Un autre sera d’aider les acteurs de l’enseignement et de la formation à réfléchir à leur stratégie : qu’est-ce que je digitalise, pourquoi et comment ? Enfin il s’agira de déterminer l’impact de la transition écologique pour les métiers : quels sont ceux qui sont menacés, quels nouveaux métiers émergent, quelles sont les formations nécessaires ?

***

Si vous êtes intéressés par le sujet de la transition écologique, assistez à la webconférence "La formation pour (ré)concilier numérique et transition écologique" le 21 octobre 2021 à 10h00

Retrouvez les articles d'Antoine Amiel sur EPALE :

transition écolo

 

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