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COVID-19 : L'exclusion numérique est une réalité

04/09/2020
par Raffaela Kihrer
Langue: FR
Document available also in: EN SL PL DE HU RO LV ES NL ET

COVID-19 Digital exclusion

[Cet article a initialement été publié en anglais. Il a été traduit par EPALE France]

 

Lorsque je me suis mise à rédiger cet article, j'étais assise chez moi à mon bureau.  Manifestement, de nombreuses personnes utilisaient leur connexion haut-débit en même temps que moi, et ce probablement pour les mêmes raisons, à savoir travailler et apprendre à domicile, puisque la connexion internet coupait sans cesse.  J'ai alors réfléchi à l'absurdité de la situation : alors que j'étais assise là et voulais écrire sur l'inclusion numérique et les obstacles à l’apprentissage pendant la période de COVID-19, je n’avais moi-même pas accès à Internet. S’il y a bien une chose que la crise du coronavirus a démontré de manière très claire, c’est le postulat évident selon lequel il est absolument nécessaire de disposer d’une bonne connexion internet chez soi ainsi que des appareils électroniques qui offrent toute sorte de nouvelles applications parfaitement fonctionnelles, qui permettent d’utiliser des logiciels de webinaire ou de conférence sans aucun problème, et ce à des fins professionnelles professionnelles ou scolaires. Mais la crise a également démontré que cela était loin d’être la réalité.

L'exclusion numérique est une réalité

« Nous pouvons constater que certains apprenants souffrent d’exclusion numérique, et n'ont parfois pas accès au matériel informatique ou à une connexion Internet nécessaires pour suivre les cours en ligne. C’est ce qu’affirme Alex Stevenson, responsable du département d’anglais, de mathématiques et du programme ESOL (English for Speakers of Other Languages) au Learning & Work Institute  au Royaume-Uni. « Certains prestataires au Royaume-Uni ont mis en place des dispositifs ayant pour objectif de prêter aux apprenants des ordinateurs portables et fixes qui ne sont actuellement pas utilisés dans les centres de formation pour adultes, ou bien de participer financièrement aux frais des données mobiles et ainsi leur donner les moyens d’accéder aux contenus en ligne. »
Cette intervention rapide visant à soutenir les apprenants issus des communautés défavorisées n’est cependant pas une constante chez les autres pays. Si dans certains pays, tels que la Finlande, le gouvernement a accordé un soutien financier supplémentaire au secteur de l’éducation des adultes pour l’aider à passer à l’apprentissage en ligne et ainsi assurer les cours aux apprenants, une grande partie de l’Europe s’est retrouvée dans une situation financière extrêmement difficile.
« Le problème survient au niveau du financement, lorsque celui-ci dépend du nombre d’apprenants présents physiquement ou bien du temps de présence de ces derniers dans les établissements scolaires » affirme Zvonka Pangerc Pahernik, de
l’Institut slovène pour l'éducation des adultes , également coordinatrice de l’Agenda Européen pour l’éducation des adultes.  « Il était donc nécessaire de négocier avec les ministères et les autres organismes concernés afin d'apporter des solutions flexibles ».

L’exclusion numérique ne se résume donc pas à un manque d’accessiblité à une connexion internet fiable et aux appareils électroniques.  La fracture numérique est également renforcée par l'offre d'apprentissage et la manière dont l'éducation des adultes est financée.

Le financement provient de sources diverses. Il peut être accordé dans le cadre d’un projet, ou encore sous forme de frais de formation. Dans certains pays, des programmes d'apprentissage destinés à des groupes d'apprenants spécifiques peuvent bénéficier d’un financement public. Le financement est souvent octroyé sur la base d’une formule établie en fonction du nombre d’apprenants et du nombre d’heures où ces derniers sont physiquement présents dans les établissements scolaires. Selon les règles de la plupart des sources de financement publics, les frais généraux ne sont pas pris en charge. Cela signifie que la numérisation de l’éducation des adultes doit être financée autrement, puisque de nombreux centres d’éducation des adultes n’ont pas les ressources financières nécessaires. Les organisations travaillant principalement dans le secteur des compétences de base et essentielles avec les adultes les plus en marge du système d’éducation, sont généralement celles qui ont le moins de ressources pour mettre en place une infrastructure technologique adéquate dans leurs institutions. De plus, elles n’ont pas les moyens de prêter des ordinateurs ou autres équipements aux apprenants. Par conséquent, lorsque la crise a éclaté, de nombreux prestataires d’éducation des adultes n’étaient pas suffisamment équipés, que ce soit en termes d'infrastructures technologiques ou bien de compétences en matière d’enseignement en ligne.

 

En parallèle, la numérisation de l’éducation des adultes, en particulier avec les groupes vulnérables, a été vue d’un mauvais œil par les prestataires, car elle implique de revoir complètement les concepts éducatifs, dans un milieu où le contact personnel et les interactions sociales sont considérées comme essentielles.

La pandémie de coronavirus et le confinement qui s'en est suivi ont cependant contraint les prestataires d’éducation des adultes à passer au numérique, au risque de devoir cesser temporairement leur activité.

« Si la réticence se faisait ressentir au cours des quatre premières semaines qui ont suivi la fermeture des établissements d'enseignement autrichiens, elle n’a pas tardé à laisser place à une vague de numérisation au sein du paysage éducatif », affirme Gehrard Bisovsky, Directeur de l’Association des Centres autrichiens d’éducation des adultes (VÖV). » La numérisation a été possible grâce au soutien de l’association fédérale qui a immédiatement commencé à proposer des formations portant sur les outils technologiques en ligne, les aspects didactiques de l’apprentissage par le numérique de manière générale, ainsi que sur la didactique des disciplines. « Nous travaillons désormais également à la mise en place d'une stratégie de numérisation", déclare Gerhard Bisovsky. D'autres organisations européennes témoignent d’initiatives similaires. Lorsque les règles de financement des programmes européens, en particulier Erasmus+ et le FSE, ainsi que les programmes de financement régionaux ou nationaux, ont été révisés pour s’adapter aux nouvelles circonstances, instaurant le numérique comme nouvelle voie d’apprentissage, les prestataires d’éducation des adultes ont commencé à se lancer dans le numérique.
« Au Royaume-Uni, les programmes d'études ont été adaptés au format en ligne, en proposant par exemple des cours plus courts mais quotidiens au lieu d'un cours plus long par semaine » affirme Alex Stevenson. De nouveaux modèles d’apprentissage de ce type peuvent aider les apprenants à trouver un nouveau rythme et à rester motivés et impliqués dans l’apprentissage en ligne.

Ce qui est perdu et ce qui est à gagner

Malgré les efforts remarquables déployés par les établissements d’enseignement pour mettre en ligne leurs programmes d’études, les prestataires d’éducation indiquent que cette rapide transition vers l’apprentissage en ligne a provoqué le décrochage de la part de certains apprenants. Ben Hendriksen, responsable de la défense des intérêts de l'association irlandaise pour l’éducation des adultes: AONTAS, déclare : « En tant qu'organisation membre, nous sommes toujours à l'écoute de l'expérience des autres organisations de toute l’Irlande. Au cours des premières semaines du confinement, certaines de nos organisations membres nous ont signalé que seul un apprenant sur quatre poursuivait les cours en ligne. Cela nous donne un aperçu de ce qui est réalisable et de ce qui se perd, surtout du côté des individus les plus défavorisés en matière d’accès à l’éducation.
Si la situation n’est pas aussi sombre dans tous les pays, des organismes européens spécialisés dans l’éducation des adultes ont souligné que le nombre d’apprenants a chuté depuis le début de la crise et du confinement. Parmi les individus qui ont décroché, nous retrouvons ceux qui n’ont tout simplement pas accès à une connexion internet ou qui ne disposent pas d’un ordinateur chez eux, mais également les personnes qui ont un manque de compétences numériques, ou encore les parents qui devaient s’occuper de leurs enfants durant le confinement, et qui les aidaient pour leur travail scolaire par exemple.
« Au Royaume Uni, les prestataires d’éducation ont redoublé d’imagination afin de motiver les familles à poursuivre leur apprentissage. Ils ont par exemple utilisé des logiciels permettant aux parents de faire des activités ludiques et pédagogiques avec leurs enfants lors de l’école à la maison. » De nouveaux contenus sont ajoutés régulièrement et les apprenants reçoivent des alertes via WhatsApp, afin de les encourager à découvrir les nouvelles ressources de l’application », explique Alex Stevenson.
La communication par téléphone, Whatsapp et autres services semblables se sont révélés être des moyens clés pour atteindre les apprenants issus de milieux vulnérables.

Il ne faut pas sous-estimer le rôle que joue l'éducation des adultes dans l'implication des personnes dans les réseaux sociaux, rôle qui a été mis encore plus en évidence pendant la crise.

Zvonka Pangerc Pahernik appelle cela la « dimension thérapeutique » de la formation des adultes. Tous les enseignants n’ont pas eu la possibilité de dispenser leurs cours via des plateformes en ligne, et les apprenants, de leur côté, n’ont pas tous été capables d’accorder du temps à l’apprentissage en ligne lorsqu’il avait lieu. Cependant, même dans cette situation, de nombreux organismes spécialisés dans l’éducation des adultes ont tenté de maintenir le lien avec les apprenants exposés à l'exclusion sociale grâce aux appels téléphoniques, aux SMS ou encore aux groupes de discussions en ligne via des services de messagerie. Certains prestataires d’éducation se sont également associés avec des services sociaux et sanitaires afin de se rapprocher des groupes les plus vulnérables. Alex Stevenson ajoute : « Ils ont commencé à proposer des cours en ligne de très courte durée, afin de nous soutenir moralement, tels que des leçons de pleine conscience, des activités manuelles et d’autres initiatives visant à nous maintenir impliqués dans l’apprentissage ».
Le projet
Keep London Learning  est également un formidable exemple de projet mené dans le but d’assurer la motivation des apprenants. « Cette initiative a été mise en place par un groupe de prestataire d’éducation dans le centre de Londres. Il s’agit tout simplement d’un site web qui permet aux Londoniens de découvrir immédiatement les offres de formation en ligne proposées dans leur quartier, et même dans la ville en général. Le site web recommande également d'autres liens pour permettre aux Londoniens de trouver un emploi ou se renseigner sur les possibilités de reconversion professionnelle, d’apporter une contribution à leur communauté et de lutter contre l’isolement, de rester actif et en bonne santé, de soutenir leur famille, et de continuer à développer les compétences essentielles (communication, esprit critique, créativité, la confiance en soi...), compétences cruciales pour garantir l’épanouissement des Londoniens au cours des mois et années et à venir. »

Trouver un nouvel équilibre entre l’apprentissage numérique et la dimension sociale de l’éducation des adultes

Une chose est sûre, la crise du coronavirus aura un impact sur le long terme, non seulement sur le marché du travail et d’autres aspects économiques, mais également sur les offres d’apprentissage. L’apprentissage numérique jouera un rôle plus important dans un avenir proche. Pour les prestataires d’éducation des adultes, cela signifie trouver le bon équilibre entre la dimension d’inclusion sociale des apprenants grâce au présentiel, et l’adaptation aux nouvelles circonstances. À travers des initiatives telles que « Keep London Learning », les prestataires d’éducation tentent de trouver une harmonie entre l’apprentissage en ligne et l’intégration/interaction sociale, plutôt que de les opposer. Si le secteur de l’éducation des adultes non formelle s’est retrouvé confronté à des conditions financières particulièrement difficiles, ce dernier a montré sa capacité à résister à la crise en se réinventant pour fournir des solutions flexibles et centrées sur l’apprenant dans le but de le maintenir actif dans le système éducatif et d’atteindre les groupes les plus vulnérables.


Raffaela Kihrer travaille depuis 2013 dans le domaine de l'éducation des adultes et de l'apprentissage tout au long de la vie au sein de l’Union européenne. En tant que responsable politique de l'Association européenne pour l'éducation des adultes (AEEA), elle promeut les valeurs de l'éducation et de l'apprentissage non formels des adultes à travers un travail de sensibilisation et d'information à l’échelle européenne.

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  • Portrait de Marta Kosińska
    Problemy z edukacją zdalną najczęściej tylko w pewnym procencie są powodowane kwestiami czysto technologicznymi. Większość przyczyn dla tych problemów, to kwestie społeczne: rodzinne, międzyludzkie, lokalowe, ekonomiczne. To pokazuje, że nie ma czegoś takiego jak czysta technologia, czy czyste media: są one zjawiskami kulturowymi, złożonymi hybrydami fizyczno-społecznymi. Z tego względu problem wykluczenia cyfrowego jest tak złożony. 
  • Portrait de Monika Schmeichel-Zarzeczna
    Patrząc na problemy z edukacją zdalną mam podobne odczucia. Jeśli chodzi o edukację dorosłych to zauważyłam że zaczyna się ona odbywać niejako "przy okazji":
    - w pracy podczas wykonywania innych obowiązków (przełożeni nie zawsze godzą się zwolnić z obowiązków na czas szkolenia online jednocześnie wymagając aby pracownik wziął w nim udział),
    - w domu gdzie często nie ma warunków do uczenia się (pozostali domownicy etc...)
    Przez to dla wielu osób uczenie się online jest nieefektywne.

  • Portrait de Małgorzata Rosalska
    Też tak na to patrzę. Pracując z dorosłymi widzę, jak wiele barier sami budują sobie w głowach. Albo nie pozwalają rozbroić tych, które wcześniej sobie zbudowali (np. to jest dla młodych, to jest za trudne, tyle czasu żyłam bez tego, to i teraz dam sobie radę...).Technologia jest ważna, ale kluczowe znaczenie przypisuję motywacji i gotowości do uczenia się. Wykluczeniem cyfrowym zagrożeni są wszyscy, nie jest to zależne od poziomu wykształcenia. Na przykład pandemia dość brutalnie obnażyła potrzeby rozwijania kompetencji cyfrowych wśród nauczycieli wszystkich etapów edukacyjnych. Myślę, że w tym obszarze szczególnie ważne jest promowanie bezpiecznej kultury uczenia się - ustawicznego, całożyciowego.
  • Portrait de Piotr Maczuga
    Dokładnie. Miałem okazję w zeszłym tygodniu porozmawiać z Piotrem Piaseckim, który prowadzi Radę Sektorową ds. Kompetencji - Usługi Rozwojowe (przy PARP) i pokazał wyniki badania przeprowadzonego wśród polskich firm szkoleniowych. Raczej brak umiejętności wytworzenia strategii jest większą barierą, niż technologią. Dla zainteresowanych cała rozmowa: https://www.youtube.com/watch?v=QoBtShqpMNc
    Ja oczywiście na to spojrzałem z punktu widzenia edukatora, a nie odbiorcy, ale też chciałbym jedną rzecz dorzucić. Od ponad dekady rozwijamy bankowość elektroniczną - jest ona bodaj najlepiej rozwinięta w całej Europie (naprawdę inne kraje zazdroszczą nam choćby BLIK-a) a i tak sami sobie stawiamy bariery i nadal wiele osób nie potrafi obsłużyć konta przez internet, wierząc w stare, dobre okienko w banku. Mówimy o barierach mentalnych itd. Jednocześnie, całkiem niedawno wprowadzono tzw. e-recepty. Prawie wszystko tam działa i jest naprawdę OK, a w tym przypadku naprawdę praktycznie nikt się nie przejmował tym czy wykluczeni sobie poradzą. Poradzili sobie, a wdrożyć to narzędzie po prostu trzeba było ze względu na sytuację.