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Éducation conductive : une approche éducative de la réadaptation des adultes

12/06/2017
by David Mallows
Langue: FR
Document available also in: EN PL HU DE IT ES HR

Éducation conductive

L'éducation conductive (EC) puise ses origines dans les travaux du médecin hongrois András Pető. C'est au lendemain de la seconde guerre mondiale que ce scientifique basé à Budapest, en Hongrie, a développé sa théorie en travaillant avec des enfants et des adultes atteints de troubles moteurs neurologiques. Le courant a commencé à susciter un vif intérêt dès les années 1960 au Royaume-Uni et s'est propagé rapidement dans les années 1980 à la suite d'un documentaire diffusé par la BBC dont le titre anglais était Standing Up for Joe. Alors que le documentaire était consacré à l'EC dans le traitement de la paralysie cérébrale chez les enfants, en 1984, la Parkinson’s Disease Society du Royaume-Uni a dépêché à l'institut Pető un groupe de travail chargé d'observer le travail réalisé auprès des adultes atteints de la maladie de Parkinson. Cette expérience a été à l'origine de la proposition d'ouverture à Birmingham, au Royaume-Uni, d’un service EC prenant en charge les adultes. Le service a vu le jour en 1990.

Qui peut bénéficier du programme ?

L'éducation conductive est une approche éducative d'adaptation et de réadaptation destinée aux adultes et aux enfants atteints de troubles moteurs neurologiques. Ces troubles surviennent lorsque les dommages subis par le système nerveux central affectent la capacité d'une personne à maîtriser sa motricité. Toute personne souffrant d'un trouble moteur peut potentiellement bénéficier de l'EC. Parmi les maladies traitées figurent, notamment :

  • la paralysie cérébrale tout au long de la vie
  • la maladie de Parkinson et le syndrome parkinsonien
  • la sclérose en plaques et les maladies provoquant la démyélinisation
  • l'accident vasculaire cérébral
  • l'ataxie.

Une approche médicale ou éducative ?

/fr/file/nice-charityNICE Charity

NICE Charity
 

Source: conductive-education.org.uk

La démarche de Pető était révolutionnaire en ce sens que, pour compléter ses connaissances médicales, celui-ci avait recours aux méthodes éducatives. Il a ainsi créé un système intégré de réadaptation pour les adultes en remettant en question l’approche purement médicale, basée sur l'évolution de la maladie, visant à examiner l'étendue des dommages subis par le système nerveux central (SNC) et à trouver des traitements efficaces. Cette approche part du principe selon lequel l'évolution du syndrome dépend largement des dommages subis par le système nerveux central. Bien que cela soit vrai d'un point de vue neurologique, d'après l'approche EC, l'impact et les effets des symptômes peuvent être atténués en réapprenant à maîtriser son corps et à effectuer des gestes qui ont été affectés, compte tenu de la nature spécifique de la maladie. Pour ce faire, on utilise un large éventail de principes d'enseignement et d'apprentissage visant à établir de nouvelles connexions dans le cerveau. Ce n'est que durant la dernière décennie que la plasticité cérébrale et son lien avec l'amélioration potentielle de la pathologie ont été généralement reconnus.

Cette information seule n'est cependant pas suffisante. Dans le cadre du modèle médical, les personnes atteintes de troubles neurologiques sont qualifiées de « patients ». Ce terme fait référence à une personne passive qui n'est certainement pas en mesure de prendre son avenir en main. Dans le cadre de l'approche EC, les personnes sont considérées comme des « apprenants », c'est -à-dire des personnes susceptibles d'acquérir des compétences et des techniques qu'elles maîtrisaient automatiquement avant d'être malades. L'approche basée sur la réadaptation s'éloigne ainsi du modèle médical, pour se rapprocher du modèle éducatif. Ce modèle s'attache à analyser la manière  dont les personnes apprennent plutôt que de se concentrer sur ce qu'elles devraient apprendre.

/fr/file/parkinsons-nice-charityParkinsons NICE Charity

Parkinsons NICE Charity

Source : conductive-education.org.uk

Le modèle médical part du principe selon lequel le patient a la volonté d'apprendre et s'intéresse très peu aux méthodes permettant d'identifier ce qui motive cette volonté. Par ailleurs, le manque de motivation, la dépression et la perte de confiance et d'estime de soi sont des conséquences fréquentes de troubles neurologiques. Si l'on considère que le principal objectif de toute réadaptation est d'améliorer la qualité de vie, il convient alors de tenir compte de l'individu en tant qu'apprenant et de travailler en parallèle sur l'impact psychologique et physiologique de la pathologie sur la vie quotidienne de celui-ci. C'est désormais un fait établi que la qualité de vie dépend non seulement de la gravité du handicap mais aussi du bien-être psychologique.

Par conséquent, l'EC intègre les connaissances médicales et les méthodes éducatives, permettant à la personne atteinte d'apprendre COMMENT retrouver la maîtrise de sa motricité. Cela permet d'améliorer la confiance et l'estime de soi et d'acquérir des compétences pour être en mesure de faire face aux problèmes de la vie quotidienne.

Format d'une session EC

Une session destinée aux adultes dure généralement entre une heure et demie et deux heures. Pendant ce temps, l'individu travaillera en petit groupe constitué des personnes atteintes du même syndrome. Le travail en groupe est considéré comme une partie essentielle de la philosophie de l'EC, car il offre aux individus la possibilité de partager des solutions aux problèmes. Ce travail permet également de créer un environnement d'apprentissage positif. Le conducteur devra s'assurer que tous les membres du groupe réussissent, qu'ils sont capables de faire face aux défis et qu'ils acquièrent de nouvelles compétences dans le confort d'un environnement qui récompense les efforts et non seulement les résultats obtenus.

Au cours de la session, le groupe effectuera des tâches basées sur le mouvement en position couchée, assise et debout. Les séries de tâches sont conçues pour inclure tous les mouvements du corps et comprennent nécessairement des éléments spécifiques à la maladie de chacun, par exemple, les personnes atteintes de la maladie de Parkinson travailleront sur l'écriture et l'expression du visage ; les personnes atteintes de sclérose en plaques auront à effectuer des tâches de respiration permettant de vider la vessie, ainsi que des tâches visant la coordination oculomanuelle.

Les tâches

/fr/file/stroke-nice-charityStroke NICE Charity

Stroke NICE Charity

Chaque tâche représente un geste qui doit être maîtrisé. Le conducteur aidera la personne à apprendre à le corriger. Son rôle consiste à guider l‘apprenant vers une solution plutôt qu'à exécuter la tâche à sa place. L'individu doit avoir le sentiment de participer activement au processus d'apprentissage et le conducteur qui l’assiste devra tenir compte de cet impératif. L'EC est basée sur le principe d'un apprentissage par le biais de l’interaction entre le conducteur et la personne atteinte. Le point de départ est un objectif que la personne atteinte et le conducteur souhaitent atteindre ensemble, par exemple, se tenir debout. Peu à peu, le conducteur transmettra les compétences à l'apprenant, en permettant à celui-ci d'apprendre à se lever seul. Comme c'est le cas de tout apprentissage, le conducteur doit établir une relation de confiance avec l'apprenant. La transmission de compétences doit être un processus positif, elle ne doit pas mener à l'échec mais à la réussite. C'est pourquoi il s'agit d'un processus très important. Chaque participant doit réussir et progresser, faute de quoi il risque de se décourager et avoir le sentiment de ne pas être en mesure de progresser davantage.

Pour assurer la réussite, le conducteur s'appuie fortement sur les méthodes d'enseignement. Les tâches peuvent être adaptées à chaque individu. Le conducteur devra adapter l'aide apportée au besoin de chaque individu en mettant en valeur ses compétences plutôt que d'insister sur les facultés perdues.     

Méthode basée sur le rythme

L'EC fait appel en même temps au discours, à la pensée et à la motricité. En pratique, cela signifie que le conducteur dira à haute voix la tâche à réaliser, par exemple : Je lève mon bras droit. Le groupe répétera alors cette phrase, puis effectuera le geste nécessaire en comptant jusqu’à cinq. En procédant de la sorte, le conducteur est capable d'aider la personne à se concentrer sur le geste qu'elle effectue et impose une échelle temporelle optimale pour le réaliser. Cette démarche permet à la personne d'apprendre à surmonter les symptômes et à persévérer pour aller jusqu'au bout du mouvement. L'utilisation de la parole aide l'apprenant à internaliser le geste et à le répéter en dehors de la session EC. Par exemple, de retour chez lui, l'apprenant pourra dire le geste à haute voix et l'exécuter en utilisant le décompte appris lors des sessions. Il est très important que les soignants et les membres de la famille apprennent également à utiliser ces stratégies afin d'aider l'apprenant à appliquer les compétences apprises lors des sessions à tous les aspects de la vie quotidienne.


Dr Melanie R Brown est directrice générale du National Institute of Conductive Education, à Birmingham, Royaume-Uni.

 

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