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Blog

Le Brexit et ses conséquences sur l’éducation civique à travers l’Europe

17/10/2016
par Camille POIRAUD
Langue: FR
Document available also in: EN DE ET

Ce blog a pour but de montrer comment, grâce à l’éducation, les pays européens et les institutions européennes peuvent répondre aux problèmes soulevés par le vote récent sur le Brexit : la montée du sentiment anti-européen et la popularité des mesures anti-immigration. On observera premièrement un fait déjà connu, la façon dont la situation actuelle a été mise à mal par la crise économique et migratoire, puis l’on terminera sur les répercussions concernant les mesures et pratiques à adopter. 

Qu’est-ce que la citoyenneté européenne ou mondiale?

De nombreuses études ont déjà été réalisées afin de définir les compétences (connaissances, aptitudes, attitudes et valeurs) nécessaires à une citoyenneté active, qui dépasserait le niveau de l’État-nation, plus tournée vers la citoyenneté européenne ou mondiale (Hoskins et Mascherini 2009 sur la citoyenneté active et Hoskins et coll. 2011 sur les compétences civiques des jeunes; Hoskins et coll. 2014 sur la citoyenneté mondiale Hoskins à paraitre). Ces compétences incluent la compréhension des droits et des responsabilités nécessaires pour agir en accord avec les valeurs des droits de l’homme ; mais également la nécessité de créer une justice sociale au sein et entre les pays, et ce à échelle locale, nationale, régionale et mondiale. Ce qui distingue la citoyenneté européenne ou mondiale d’une vision seulement nationale, c’est comprendre l’interdépendance et les liens de réciprocité qui existent entre nos actions et les processus de décision à échelle individuelle, locale et nationale d’une part, et leurs conséquences sur nos voisins européens et à travers le monde d’autre part.

Les tendances en matière d’éducation civique à travers l’Europe

Toutefois, le débat public et les politiques nationales en Europe se sont écartés de ce discours, et le soutien à l’apprentissage des connaissances, des compétences, des attitudes et des valeurs de la citoyenneté mondiale et européenne s’est amoindri. Dans de nombreux pays membres, l’éducation civique a même régressé pour mieux se concentrer sur l’État-nation. Notre récent projet de recherche, l’impact de la crise économique sur la citoyenneté en Europe (financé par le programme de l’UE l’Europe pour les citoyens), a montré que la citoyenneté active ou participative (destinée à inclure les citoyens dans tous les processus de décision les concernant), cessa d’être une priorité pour les gouvernements nationaux à travers l’Europe après la crise financière de 2008 (Hoskins et coll. 2012a, 2012b ; Hoskins et Kerr 2012). La première tendance fut d’orienter l’éducation civique vers la capacité d’insertion professionnelle et l’entreprenariat. Dans de nombreux pays européens, l’éducation civique est ensuite devenue l’objet des politiques sécuritaires, se concentrant sur l’apprentissage de certaines valeurs destinées aux migrants ou communautés musulmanes, et non plus sur l’engagement critique et politique. Ces tendances générales dans l’éducation et dans les politiques de jeunesse existent tout autant  en Angleterre que dans les autres pays de l’Union Européenne.

La crise financière: un pas en arrière pour la citoyenneté européenne

Comme l’a montré notre projet de recherche, la crise financière a influencé le débat sur l’Europe et le repli sur l’État-nation. L’UE s’est imposée comme leader lors de la crise économique, et l’opinion publique a perçu les décisions sur l’austérité financière (nécessaires ou non), comme étant prises contre la volonté des pays d’Europe du Sud. La compétitivité économique des États membres a également été remise en question. On constate que la confiance des citoyens a diminué, et ce à travers la quasi-totalité des pays de l’UE. Selon Sani et Magistro 2016, cette perte de confiance est encore plus importante chez les individus les moins aisés. La crise financière a également été le déclencheur d’une migration à grande échelle depuis l’Europe du Sud et de l’Est vers l’Europe de l’Ouest. Les flux migratoires venus de pays déchirés comme la Syrie et l’Iraq à travers la Méditerranée, ont contribué à mettre à mal le sentiment de solidarité à travers l’Europe. 

Le référendum sur l’Union européenne au Royaume-Uni

Lors du récent référendum au Royaume-Uni sur l’adhésion à l’Union Européenne, un des problèmes principaux soulevé par le camp pro-Brexit et ses partisans, fut celui de l’immigration et de la liberté de circulation des citoyens européens autorisée par l’UE. Quatre critiques ont été faites à l’immigration et à la liberté de circulation :

  1. Les migrants issus de l’UE occupent des emplois et acceptent des salaires moindres pour des emplois peu qualifiés.
  2. Les migrants issus de l’UE constituent une charge pour les services publics, en particulier pour les services de santé et les places dans les écoles.
  3. La crise migratoire et les réfugiés Syriens en partance vers l’Europe depuis la Turquie et la Lybie constituent une menace pour la sécurité ; ils peuvent également parvenir jusqu’au RU.
  4. L’immigration a modifié l’identité culturelle du RU.

En résumé, les migrants ont servi de boucs émissaires pour beaucoup de problèmes sociaux au RU, et des propos racistes et xénophobes ont été réintroduits dans le discours populaire. Il existe cependant des difficultés réelles auxquelles doivent faire face les personnes peu qualifiées au RU, comme trouver un emploi décent, ou obtenir une réelle sécurité financière et un contrat longue durée. L’UE a essayé de protéger les droits des travailleurs et est à l’origine des protections déjà existantes, mais le RU reste le champion européen lorsqu’il s’agit d’attaquer le droit du travail. En outre, les gouvernements britanniques successifs n’ont pas suffisamment investi dans les services publics, qui fonctionnent maintenant au maximum de leur capacité. Ce n’est cependant ni la faute de l’UE, ni des travailleurs émigrés, qui travaillent souvent eux-mêmes dans ces services. Ces arguments, le camp anti-Brexit les ont tous affirmés, mais de manière plus complexe que dans de simples slogans. Les anti-Brexit ont mis l’accent sur les problèmes de ressources, de stabilité et de sécurité économique, mais il semblerait que la principale inquiétude d’une majorité d’électeurs ait été de réduire l’immigration.

Qui a voté pour le Brexit?

Selon les premières analyses du vote, les régions et les individus les plus affectés par la crise économique et les politiques d’austérité au RU (c’est-à-dire les personnes les moins qualifiées, sans emploi ou occupant un emploi sans sécurité et faiblement rémunéré), étaient les plus susceptibles de voter en faveur du Brexit (YouGov 2016). La souffrance des personnes les plus affectées par les mesures d’austérité et par de mauvaises conditions de travail à travers le RU, s’est dirigée contre l’UE, contre les politiciens anti-Brexit de premier plan, et contre les migrants (ceux venus de l’UE et ceux fuyant les conflits en Syrie et dans les pays environnants). S’il est difficile de soutenir que l’UE est à l’origine des politiques d’austérité au RU, l’Union est néanmoins associée à l’immigration, elle-même accusée d’avoir un impact négatif sur les services et l’emploi, alors que c’est l’austérité qui en est la cause. La vision diffusée par le camp pro-Brexit a été que s’ils sortaient de l’UE, les habitants du RU pourraient reprendre le contrôle de leur pays et de leur vie. Cette position est la même que celle identifiée par Van de Velde (2016) dans son analyse des manifestations de jeunes à travers le monde néolibéral. Ces jeunes tiennent un discours d’où émane un sentiment de fracture entre le peuple d’un côté, et le système politique et la classe dirigeante de l’autre (c’est-à-dire les politiciens, les banquiers, les grandes entreprises), à l’encontre desquels ils expriment un sentiment général de colère (même si ces acteurs ne sont pas clairement identifiés). Ils manifestent également un désir d’autonomie et de contrôle. La différence au RU (et l’aspect positif de cette affaire), est que la jeunesse n’a pas voté selon cette tendance, mais s’est prononcée en très grande majorité pour rester dans l’UE (à 71% pour les 18-25 ans) (YouGov 2016).  

Et maintenant? Trois mesures à adopter dans les politiques européennes

Le vote des Britanniques pour quitter l’UE a posé aux institutions européennes, aux politiciens et partis politiques britanniques, ainsi qu’aux États membres restants, des questions fondamentales sur le projet européen et sur la façon d’assurer sa stabilité et longévité. Maintenir le statu quo ne sera pas, au moyen et long terme, suffisant pour conserver l’Union Européenne ; de plus dans l’état actuel des choses, la volonté populaire et les inclinaisons nationalistes sont tout aussi mûres dans d’autres pays pour qu’ils souhaitent à leur tour quitter l’Union. Trois actions politiques peuvent être prises immédiatement par tous ces acteurs :

Premièrement, il faut introduire des mesures visant à enrayer les pressions sur ceux qui souffrent de l’austérité depuis trop longtemps, et visant à améliorer les opportunités, ainsi que les conditions de vie et de travail des personnes sans emploi, peu qualifiées et peu payées.

Deuxièmement, le programme pour une citoyenneté européenne participative et active doit redevenir une priorité. Il faut donc réinsérer les citoyens dans les processus de décision, et ce à travers tous les niveaux de gouvernance. Tout le monde doit pouvoir accéder aux compétences nécessaires pour participer aux processus politiques et décisionnels. La citoyenneté mondiale et européenne doit faire partie des formations pour adultes, et l’éducation civique doit faire partie de l’enseignement professionnel, des formations et des stages.   

Troisièmement, l’éducation civique mondiale et européenne doit être repensée afin de se focaliser sur la question suivante : quel type de citoyen souhaitons-nous pour l’Europe et pour le monde ?  

Le futur de l’éducation civique

Souhaitons-nous:

  • Des citoyens en faveur du marché libéral, compétitifs, efficaces et productifs, qui voyagent à travers le monde pour consommer différentes expériences et cultures dans un but mercantile et carriériste ?
  • Des citoyens en faveur d’une démocratie libérale, bienveillants à l’égard des pauvres, ne remettant pas en question le statu quo et ne se demandant pas comment ces citoyens ou non-citoyens ont pu devenir pauvres ?
  • Des citoyens actifs et à l’esprit critique, qui voient les inégalités à l’intérieur et entre les pays, et qui veulent prendre des initiatives pour changer la société et accroitre l’égalité ?

Il faut selon moi relancer le programme de citoyenneté mondiale et européenne, qui met l’accent sur l’enseignement des connaissances, des compétences, des attitudes et des valeurs nécessaires à une citoyenneté active et à l’esprit critique. De plus, nous devons accentuer nos efforts pour créer des structures dans les écoles, les lycées, les universités, les entreprises et dans les communautés locales, afin que tout le monde puisse prendre part aux processus décisionnels les concernant. Enfin, nous devons utiliser ces structures pour promouvoir un sentiment d’appartenance et de partage des responsabilités qui dépassant les frontières nationales.    

Article signé Bryony Hoskins, professeure à l'Université de Roehampton, Londres​

Bryony Hoskins est professeure de Sciences Sociales à l'Université de Roehampton, à Londres. Ses projets de recherche concernent les inégalités et l'engagement politique, la soialisation politique et les formes d'implication bénévole. Auparavant, elle travaillait au Conseil de l'Europe sur des thématiques liées à la jeunesse, ainsi qu'à la CE sur des indicateurs permettant de mesurer la citoyenneté active. Elle a récemment produit une évaluation de la contribution des programmes européens à la citoyenneté active en Europe. Contact: Bryony.Hoskins@Roehampton.ac.uk

 

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