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Pour être véritablement multiculturelle, l’Europe doit être polyglotte

16/12/2015
par Rumen HALACHEV
Langue: FR
Document available also in: EN DE IT PL ES ET RO

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Multicultural

Ma grand-mère est arrivée au Royaume-Uni en août 1944. En tant que réfugiée, elle avait un profil inhabituel. Issue d’une riche famille de marchands de soie grecs installée au Caire, elle était pianiste de formation et parlait couramment le grec, le français et l’arabe. Pourtant, on ne peut pas dire que la Grande-Bretagne de l’après-guerre l’ait accueillie à bras ouverts.

Quelques semaines à peine après son arrivée, des policiers frappaient à sa porte. Un voisin les avait appelés pour les informer qu’une personne étrangère vivait dans sa rue. Lorsqu’elle osait parler sa langue maternelle ou préparer des plats traditionnels de sa culture pour ses deux enfants, elle se heurtait à un mur d’hostilité. Elle a fini par craquer et, en proie à une dépression nerveuse, rentrer en Égypte. Mais la crise du canal de Suez l’a bien vite obligée à rebrousser chemin. Revenue au Royaume-Uni, elle a fini par s’adapter à sa nouvelle vie.

Ma grand-mère est finalement devenue anglaise et fière de l’être, mais je pense qu’elle aurait mieux vécu la transition si elle avait pu rester connectée à sa culture d’origine. Malheureusement, au Royaume-Uni, dans les années 50, on ne parlait pas de diversité culturelle. Soit on était anglais, soit on ne l’était pas.

La langue d’accueil ne doit pas annihiler la langue maternelle. Les deux doivent cohabiter.

Aujourd’hui, en 2015, l’Europe est à nouveau en crise et, une fois encore, la langue est une question centrale. Tandis que les trains remplis de gens qui fuient un Moyen-Orient exsangue arrivent dans les gares européennes, nous devons urgemment trouver le moyen de les intégrer dans nos sociétés.

Nous savons que la langue est la clé de l’intégration. Nous savons que, pour trouver du travail, une école et avoir une chance de mener une vie normale, les réfugiés doivent apprendre la langue du pays qui les accueille. C’est toutefois beaucoup plus compliqué qu’on ne l’imagine pour beaucoup de gens car ils manquent de ressources et d’informations pour y parvenir.

Exclus du marché de l’emploi depuis longtemps, de nombreux réfugiés privilégient la recherche d’emploi au détriment des cours de langue. Ceux qui participent aux cours viennent parfois de pays où le système éducatif ne leur a pas permis d’acquérir les compétences nécessaires pour étudier correctement par la suite.

Les femmes obtiennent  généralement de moins bons résultats que les hommes. Bien souvent, elles n’ont pas été à l’école et arrivent illettrées dans leur pays d’accueil. Mais ce n’est pas tout : dans les familles de réfugiés, la mère fait souvent office de lien vers la culture d’origine. C’est elle qui préserve les valeurs culturelles et la langue maternelle.

Paradoxalement, dans l’Europe pluraliste et multiculturelle d’aujourd’hui, on a encore le sentiment de mettre en péril notre propre langue en apprenant celle de notre voisin. Le fait que certaines écoles interdisent à leurs élèves de parler leur langue maternelle dans l’établissement ne règle pas le problème, loin de là.

La langue d’accueil ne doit pas annihiler la langue maternelle. Les deux doivent cohabiter. Les enfants doivent parler l’une aussi couramment que l’autre, tout comme ils développent des identités mixtes et puisent dans les deux cultures. Une Europe qui se veut réellement multiculturelle et intégrée doit nécessairement être polyglotte. Et c’est quelque chose qui se met en place dès l’école.

La langue maternelle ne doit jamais apparaître inférieure ou malvenue. Parfois un simple geste suffit : les élèves peuvent par exemple être invités à écrire des mots au tableau dans leur langue. Vous leur signifiez ainsi que leur langue et la vôtre sont sur un pied d’égalité. Essayez de prononcer ces mots, faites l’effort de les apprendre. Vos élèves sentiront que vous respectez leur langue et votre classe deviendra un espace de coopération et plus uniquement d’instruction. En utilisant la langue maternelle des élèves en classe, ils acquerront mieux la L2. En voyant que vous avez autant de mal à apprendre leur langue qu’eux la vôtre, ils se sentiront aussi respectés que vous ne l’êtes, ce qui n’est pas toujours le cas.

Ma grand-mère, en tant qu’immigrée, a été obligée de choisir entre sa culture d’origine et celle de son pays d’accueil. Cette année, des centaines de milliers de réfugiés fouleront le sol européen pour la première fois. À nous de veiller à ce qu’ils ne se retrouvent pas face à ce dilemme cornélien. Montrons-leur qu’ils font partie d’une diversité dont l’Europe peut tirer avantage.

Alex Rawlings est professeur de langues, blogueur polyglotte qui vit actuellement à Valence, en Espagne. Il enseigne quatre langues : anglais, allemand, russe et grec et propose également ses services en tant que consultant et coach aux personnes désireuses d’apprendre plusieurs langues simultanément. En 2012, il a été désigné l’étudiant le plus multilingue du Royaume-Uni.

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Affichage 1 - 4 sur 4
  • Portrait de Elena Galifianaki

    Thank you for posting this interesting article by Alex Rawlings.

    Remember next week EPALE is hosting Migrant Education Week 25-29 April (/node/20789).

    There will be 3 LIVE discussions taking place on Tue 26th, Wed 27th and Thu 28th April (Experiences, Challenges and Solutions). Join in the discussions and share on social media with the hashtag #epale2016.

    To get an email alert as the live discussions start, go to the EPALE Soonfeed and click "Join" for each discussion: /blog/epale-soonfeed.

    See you online next week!

    Eleni

  • Portrait de Aleksandra Rudlicka

    Temat bardzo "na czasie" dlatego warto go poruszyć. W dzisiejszych czasach, gdy kraje Europy zalewają tłumy imigrantów, uciekających ze swoich krajów w poszukiwaniu spokoju i szczęścia dla siebie i rodziny, warto jest popatrzeć na ten temat i uświadomić to ludziom dorosłym. Ci ludzie muszą porzucić wszystko, swój dom kulturę, rodzinę, tradycję i przebywać w przestrzeni gdzie nikt ich nie rozumie. Jest to duży problem a Europa w XXI wieku powinna być stanowczo bardziej tolerancyjna. 

  • Portrait de Valeria Lavrova

    Красивый текст..но..УВЫ..


    В Европе живет огромное количество людей, чьим родным языком является русский..
    живут давно..имеют высшее образование..учатся и учат сами..
    И за это длительное время в Европе не создано ни одной системы
    для обучения на русском..
    Система EPALE существует на официальных языках 
    (численность носителей некоторых языков в разы меньше,
    чем количество русских в Европе (не беженцев)

    Просто нет единой организации, которая бы представляла русских..всех вместе..

     

    В наших ВУЗАХ русскому преподавателю для полностью русской группы
    запрещено говорить на родном языке!
    И никого не интересует качество преподавания!

     

  • Portrait de Catherine VIEILLEDENT-MONFORT

    well said. I should say the Member States should be made aware. Providing education, allowing newcomers not to be forced to choose and being truly inclusive is the only way for living together.

    I should add that newcomers must learn the language but the host country should also take on board translation as an interim solution. After all, information once translated and made available is available for all speakers of the language.

    We published a study with nice recommendations on crossborder healthcare but very applicable to other sectors:

    http://bookshop.europa.eu/en/study-on-public-service-translation-in-cross-border-healthcare-pbHC0115247/