chevron-down chevron-left chevron-right chevron-up home circle comment double-caret-left double-caret-right like like2 twitter epale-arrow-up text-bubble cloud stop caret-down caret-up caret-left caret-right file-text

EPALE

Plateforme électronique pour l'éducation et la formation des adultes en Europe

 
 

Blog

L’Afest : enjeux et reconnaissance en France (acte 1)

10/04/2019
par Frank SAVANN
Langue: FR
Document available also in: EN DE

Voici une série d'articles en 3 actes autour de l’Afest (Action de Formation En Situation de Travail). Le premier acte porte sur ses enjeux, notamment dans les entreprises, et la reconnaissance juridique dans le périmètre franco-français. Le second acte portera sur la promotion de l’Afest qui est une étape clé pour son appropriation par et dans les entreprises. Le 3ème acte se centrera sur le financement de cette nouvelle modalité de formation.

/fr/file/hands-blueprintsjpg-0hands-on-blueprints.jpg

 

Acte 1 : enjeux et reconnaissance de l’action de formation en situation de travail

 « On le faisait déjà avant… » me confiait hier soir la dirigeante d’une petite entreprise lorsque je l’interrogeais sur l’action de formation en situation de travail (Afest). Comme elle, beaucoup de professionnels assimilent l’Afest à de la formation sur le tas.

Le principe même de la formation sur le tas c’est qu’elle constitue dans de nombreuses organisations une modalité libre et improvisée de la transmission d’un savoir-faire. Ce qui conduit les dirigeants sur cette voie c’est que la formation sur le tas est rapide, a priori efficace et surtout sans tracas administratif.

De ce point de vue, on peut considérer que la formation sur le tas se développe naturellement et nécessairement dans toute organisation qui grandit. On pourrait même penser qu’elle a toujours existé. Mais désormais, elle devra composer avec l’Action de Formation en Situation de Travail dont la reconnaissance juridique repose, elle, sur une base légale et réglementaire.

La reconnaissance juridique

Tout a été ordonné par étapes. Sous l’impulsion de la DGEFP en 2014, plusieurs expérimentations ont été organisées officiellement fin 2015 jusqu’en juin 2018 piloter par le Copanef, le FPSPP et le CNEFOP. L’Afest lors de cette expérimentation nationale a touché 50 entreprises pour 70 personnes formées. Comme indiqué dans le rapport de synthèse de juillet 2018*, l’objectif de l’expérimentation « visait à poser une première brique, en caractérisant les contours et conditions de cette modalité de formation de sorte qu’elle soit reconnue par la réglementation comme une véritable action de formation … »

Malgré un système de formation professionnelle très encadré sur le plan légal, la loi du 5 septembre 2018 posera les fondements de l’action de formation qu’elle définit comme un « parcours pédagogique permettant d’atteindre un objectif professionnel qui peut être réalisé en tout ou partie à distance. Elle peut également être réalisée en situation de travail ».

Le décret du 28 décembre 2018, très inspiré de ce qui a été qualifié « d’actes constitutifs de l’Afest » dans le retour d’expérimentations, listera les critères des conditions de sa reconnaissance juridique :

  • l’analyse de l’activité de travail pour, le cas échéant, l’adapter à des fins pédagogiques,
  • la désignation préalable d’un formateur pouvant exercer une fonction tutorale,
  • la mise en place de phases réflexives,
  • des évaluations spécifiques des acquis de la formation qui jalonnent ou terminent l’action.

 

Les enjeux de la reconnaissance juridique

La reconnaissance légale de l’Afest porte des enjeux différents selon la taille des entreprises : en deçà ou de 50 salariés et plus.

La nouvelle contribution des entreprises engage ainsi toutes les entreprises de 11 salariés et plus à participer financièrement au développement des compétences dans les entreprises de moins de 50 salariés.

Les entreprises de moins de 50 salariés sont au centre de toutes les attentions. En effet, ce sont dans ces entreprises que l’on forme le moins. En 2014, dans les entreprises de 10 à 49 salariés, la part des salariés ayant bénéficié d’une formation est de 15,6% à 25,9%. Dans les entreprises de 50 salariés et plus, de 41,1% à 55,9%** des salariés avaient bénéficié d’une formation.

Faire évoluer les pratiques de formation sur le tas, non éligibles aux financements publics ou mutualisés, vers de l’action de formation en situation de travail telle que reconnue par les textes contribuerait à corriger de sérieuses inégalités d’accès à la formation.

Dans les entreprises de 50 salariés et plus, la reconnaissance des formations organisées de manière informelle ou sur le tas porte un enjeu social et financier notamment au regard de l’obligation de former 100% des salariés sur une période de 6 ans. Si cette responsabilité employeur n’est pas assumée dans le cadre de l’état des lieux récapitulatif de l’entretien professionnel*** - la prochaine échéance pour remplir cette obligation est le 7 mars 2020 -  les entreprises s’exposent à une pénalité financière d’au de 3000 à 3900 euros par salarié.

Le développement des compétences, dans le cadre de l’Afest, constitue donc un enjeu économique, social et financier, dans toutes les entreprises et en particulier dans celles de moins de 50 salariés qui sont autant exposées que leurs aînées à la transformation numérique des métiers mais qui investissent moins dans la formation.

L’Afest étant effective, il s’agit maintenant donc de la promouvoir. Non parce que l’Afest est « nouveau » ou parce qu’elle constitue une des missions des OPCO, mais parce que tout le monde aurait à gagner d’une « modalité de formation efficace en termes de processus pédagogique et de développement des compétences »* : les entreprises (dirigeants et RH) et leurs salariés, les financeurs, les prestataires de formation et les formateurs.

/fr/file/3d8e42djpg-163d8e42d.jpg

 

Frank SAVANN est consultant Formation, Compétences et FEST. Il est également coordinateur thématique EPALE France et membre du groupe de travail AFEST de l'AEFA. 

 

 

 

* Rapport de synthèse : https://travail-emploi.gouv.fr/ministere/documentation-et-publications-o...

** Jaune budgétaire 2019

*** Article L6323-13 du Code du Travail (modifié par la loi du 5 septembre 2018) : « Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, lorsque le salarié n’a pas bénéficié, durant les six ans précédant l’entretien mentionné au II de l’article L. 6315-1, des entretiens prévus au même article L. 6315-1 et d’au moins une formation autre que celle mentionnée à l’article L. 6321-2, un abondement est inscrit à son compte dans des conditions définies par décret en Conseil d’Etat et l’entreprise verse, dans le cadre de ses contributions au titre de la formation professionnelle, une somme dont le montant, fixé par décret en Conseil d’Etat… »

Share on Facebook Share on Twitter Epale SoundCloud Share on LinkedIn
Refresh comments Enable auto refresh

Affichage 1 - 3 sur 3
  • Portrait de BLAISE LA SELVE
    J'ai eu aujourd'hui la confirmation en écoutant les témoignages issus des pratiques de la société ENÉDIS et au travers de VITIMOB que l'AFEST est une solution véritablement concrète pour développer les compétences des personnes qui sont souvent décrites comme les moins formées en entreprises : les premiers niveaux opérationnels en entreprises, certains métiers dits "non qualifiés".

    La conférence EPALE a mis en avant qu'il n'existait pas de pratique professionnelle sans mise en oeuvre de compétences professionnelles et que l'AFEST ouvrait une nouvelle modalité pédagogique pour développer les compétences.

    L'AFEST va nécessiter des travaux passionnants pour transformer le lieu de travail en lieu d'apprentissage, pour permettre d'intégrer à la situation de travail toutes ses dimensions du travail prescrit au travail réel, des situations normées aux situations inconnues, et l'apparition des aléas dans un travail prescrit.

    Mes premiers dossiers de réflexion sur l'AFEST m'amènent sur des métiers, sur lesquels le coup de main est essentiel, et sur lesquels les chefs formés sur le tas éprouvent des parfois des difficultés à dire le travail. 

    Les éclairages de cette journée notamment de M.Mayen d'Agrosup Dijon et de Stéphane Rémy de la DGEFP donnent de nombreuses pistes concrètes pour accompagner les entreprises. 

    Merci pour cette journée du 06 mai 2019




  • Portrait de CHRISTINE COURTY
    Coordinatrice dans une fédération nationale d'associations, de ce que l'on appelle aujourd'hui : les diasporas. Plusieurs expérimentations d'apprentissage en situation de travail, voient le jour.

    J'observe et accompagne, dans les années 90, avec nos partenaires, plusieurs dispositifs financés par le FAS.  

    L'exemple que je vous propose : les femmes africaines porteuses de projets de création d'entreprises (comme la création de restaurants associatifs) qui s'appuient fortement sur les tontines (aujourd'hui Crowdfunding), pour financer leurs projets.

    - L'accompagnement répond principalement à une situation globale d'apprentissage.
    - Celle du potentiel individuel d'implication, de motivation, ... L'identification de savoirs cognitifs.
    - L'approche sociale et sociétale, d'apprendre en situation d'urgence, d'éléments qui peuvent être des freins (la situation juridique des personnes, l'organisation familiale, la santé en mobilité géographique...) ...
    - L'environnement de ces apprentissages.

    Primo-arrivantes, actrices du territoire impliquées, celles-ci amènent à repenser la formation, les apprentissages, le travail, (la question d'organisation du temps de travail et du temps de formation qui est, en partie informelle. 
    Cela permet de valoriser les apprentissages et la formation en situation de mobilité géographique tout en identifiant les leviers et les freins favorisant l'inclusion sociale et professionnelle, par la formation.
  • Portrait de Jean Vanderspelden
    Merci Frank pour ce premier article qui souligne bien que cette nouvelle modalité innovante "AFEST" est d'abord un levier pour former ceux qui en ont le plus besoin ; à savoir les salariés peu qualifiés des petites entreprises et des entreprises artisanales (action que j'ai suivie en 2018 avec le CFA/APP Pays de Montbéliard et qui a été mise en valeur lors d'une journée nationale APP organisée par l'APapp le 29 mars 2019 à Paris). Ce sont les entreprises les plus nombreuses en France, comme dans la plupart des pays européens.

    AFEST vient donc non seulement rééquilibrer le dispositif de formation continue (enfin), mais aussi apporter une nouvelle approches compétences par une "forme d'alternance immersive et réflexive" nettement plus cadré et exigeante qu'une simple formation sur le tas. A ce titre, il est important de rappeler qu'il n'y a pas de parcours AFEST sans le suivi par un formateur ou une formatrice !

    Il s'agit là d'une véritable nouvelle opportunité pour les OF (ou OPAC ! pour Organisme Prestataire d'Action concourant au développement Compétences), avec l'appui des OPCO, pour répondre à des besoins de proximité des entreprise de petites tailles sur des compétences professionnelles et transversales, dont beaucoup résonnent avec la certification Cléa, de mon point de vue.