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La Qualité au service de la formation. Une histoire européenne

10/06/2020
looja Thierry Ardouin
Keel: FR
Document available also in: EN DE LV

La Qualité au service de la formation. Une histoire européenne

Nous profitons de la sortie du dernier numéro de la revue Education Permanente sur la qualité : « L’introuvable qualité en formation » (n°223/2020-2), où les contributions de ce dernier numéro «oscillent entre les enjeux de la nouvelle réglementation et les considérations attenantes aux concepts – abstraits et complexes – de qualité, d’efficacité et d’évaluation de la formation » pour revenir en quelques traits sur les « âges » de la qualité de la formation en France et en Europe.

 

Qualité et formation : Qualité EN formation, qualité DE LA formation

Nous avons eu l’occasion de présenter notre approche de la qualité EN formation et la qualité DE LA formation dans les blogs « Qualité et formation : une approche systémique » et « La qualité et la formation : une rencontre riche d’échanges ».

Ainsi, pour interroger la relation et les interactions entre qualité ET formation, nous proposons d'utiliser :

- Qualité EN formation pour parler du système dans son ensemble en cherchant à repérer les différents niveaux, les principaux acteurs et les différents moments ou situations qui contribue à la qualité de la formation.

- Qualité DE LA formation, nous apparaît être la résultante des différents éléments du système, et est la déclinaison du rapport fin (finalité et objectifs)/moyen (ensemble des ressources et techniques).

Nous posons d’emblée que la qualité est un moyen au service de la formation, et que la formation a pour objectif le développement des connaissances et des compétences au service du développement des personnes (niveau micro), de collectifs ou d’organisations (niveau méso) et des institutions ou territoires (niveau macro) dans le respect des droits humains.

 

La qualité de la formation : une histoire française et européenne en mouvement

La place de la qualité en France et en Europe est intrinsèque au développement de la formation, de sa finalité et objectifs opérationnels.

En France, Dans ses articles, aux titres provocateurs, « Nous, professionnels de la formation, inconsciemment incompétents » (02/09/2019) et « Certification qualité : nous, professionnels de la formation, incompétents consciemment » (08/10/2019),  Frank Savann résume très bien les quatre étapes du processus d’apprentissage de la qualité des formations. Il interpelle les professionnels sur leur relation à la qualité :

- « De juillet 1971 à mars 2014 : des professionnels inconsciemment incompétents (Je ne sais pas ce que je ne sais pas) » ;

- « De mars 2014 à septembre 2018 : des professionnels consciemment incompétents (Je sais ce que je ne sais pas) » ;

- « De septembre 2018 à janvier 2020 : des professionnels consciemment compétents (J’évolue et je sais que ça se voit) » ;

- « De janvier 2020 à la prochaine réforme de la formation : des professionnels inconsciemment compétents (Je le fais parce que je sais le faire) ».

 

En Europe, Gérald Bogard (2001) parle des « trois âges de l’Europe de la formation », et de la « qualité comme levier ». Bogard discerne « trois âges qui recoupent en grande partie la chronologie de la construction de l’Europe de la formation ».

Le premier âge couvre le traité de Rome (1957) et se clôt au milieu des années quatre-vingt. Dans cette période, au démarrage de l’Europe et jusqu’aux années soixante-dix, la priorité est donnée à l’éducation comme principe pouvant servir de références aux politiques nationales. La qualité est « une incantation » qui ne donne pas lieu à définition.

Le deuxième âge couvre la deuxième moitié des années quatre-vingt. Elle « voit se développer un accord …/… sur la nécessité de professionnaliser l’ensemble de la formation » tant au niveau de l’offre que des formateurs. De nouveaux états rejoignent la communauté européenne (Grèce, 1981 ; Espagne et Portugal, 1986), pour atteindre douze Etats membres signant l’Acte unique européen, modifiant le traité de Rome et ajoutant un titre sur la cohésion économique et sociale dans le cadre du marché intérieur. Ainsi, pour Bogard, dans un contexte de chômage et de difficultés économiques, « Les préoccupations liées à l’épanouissement humain et au développement culturel qui prévalait largement dans les principes généraux de 1963 font place à des objectifs plus fortement marqués par le contexte socio-économiques » (p.39). La qualité de la formation se développe pour une meilleure efficacité des actions en adaptation aux évolutions structurelles dans un esprit de partager voire de transférer « les bonnes pratiques », et en accompagnement des politiques publiques des différents Etats par des programmes d’action finalisés comme Petra (1988) pour lutter contre le chômage des jeunes, Erasmus pour la mobilité des étudiants et des enseignants, Force (1991) pour le développement des compétences nécessaires aux entreprises ou Comett (1986) et Eurotecnet (1987) centrés sur les nouvelles technologies. Les années quatre-vingt dix voit la formation professionnelle comme une « clé de la compétitivité européenne ».

 

Le troisième âge est celui des années quatre-vingt dix durant lequel domine la recherche des bonnes pratiques.

(Ici nous nous permettons de nous détacher de la structure initiale de l’article pour réintégrer des dates des années 90 dans le troisième âge initialement posé dans le deuxième âge intitulé années quatre-vingt).

Les années quatre-vingt dix voit la formation professionnelle comme une « clé de la compétitivité européenne ». En 1993, le Livre blanc Croissance, compétitivité et emploi de Jacques Delors expose deux pistes pour l’amélioration la qualification et de l’emploi : « orienter davantage le système de formation vers le marché du travail et mieux prendre en considération la nécessité d’une éducation tout au long de la vie » (p.40). En terme de qualité, il s’agit alors de faire « mieux » au delà du quantitatif. Avec le traité de Maastricht (1993), « la politique d’éducation est incluse dans le domaine de compétences partagées entre la Communauté et les Etats membres (art.126). Tandis que la formation professionnelle au niveau communautaire « appuie et complète les actions des Etats membres » autour de cinq objectifs :

-adaptation aux mutations industrielle par la formation et la reconversion professionnelle ;

-améliorer la formation initiale et continue afin de faciliter l’insertion,

-favoriser la mobilité des formateurs ;

-stimuler la coopération en établissements de formation ; et

–développer l’échange d’informations et d’expériences.

Dans le domaine de la qualité, l’Europe n’impose pas de normalisation mais « est à la recherche des bonnes  pratiques ». Cela amènera le programme  Leonardo qui vise à « améliorer la qualité des systèmes et des dispositifs de formation professionnelle » mais qui n’arrivera pas selon Bogard à fédérer réellement les Etats membres. Le livre blanc Enseigner et apprendre : vers la société cognitive  (1996) et le Mémorandum on Life long learning (2000) renforce l’objectif d’une société de la connaissance pour répondre aux défis du nouveau millénaire où la formation doit permettre la transformation des processus de travail et des compétences. Mais la qualité en tant que telle n’apparaît pas explicitement.

A ces trois âges, nous ajoutons un quatrième âge, les années 2000 et la stratégie « Europe 2020 ». La stratégie « Europe 2020 », adoptée en 2010, correspond au programme de l’UE en faveur de la croissance et de l’emploi. La Commission européenne met l’accent « sur une croissance intelligente, durable et inclusive comme moyen de surmonter les faiblesses structurelles de l’économie européenne, d’en améliorer la compétitivité et la productivité et de jeter les bases d’une économie sociale de marché durable ». Quatre objectifs principaux  sont fixés pour l’éducation et la formation :

  • Faire en sorte que l’éducation et la formation tout au long de la vie et la mobilité deviennent une réalité,
  • Améliorer la qualité et l’efficacité de l’éducation et de la formation,
  • Favoriser l’équité, la cohésion sociale et la citoyenneté active,
  • Encourager la créativité et l’innovation, y compris l’esprit d’entreprendre.

L’ensemble des actions et instruments développés par l’UE sont mobilisés pour appuyer cette stratégie : le FSE comme instrument financier, le programme Erasmus + pour la mobilité et la coopération, le Cadre européen des certifications (CEC), le cadre européen de compétences clés, les crédits ECTS et ECVET, le portefeuille Europass, les réseaux Europass et Euroguidance, et à partir de 2015 la plateforme électronique pour l’éducation et la formation des adultes en Europe (EPALE).

Enfin, le rapport Broek S., Buiskool Zoetermeer B-J,  Quality in the Adult Learning sector (2013), décline des recommandations spécifiques pour le développement des systèmes qualité et des cadres de travail en Europe tant au niveau formel que non formel, et notamment de prendre le modèle de EQAVET (cadre européen de référence pour l’assurance de la qualité dans l’enseignement et la formation professionnels, 2009) comme point de référence pour l’apprentissage des adultes, d’avoir un cadre de travail flexible et respectant les principes de l’éducation des adultes, et d’étendre les indicateurs en éducation des adultes (p.XVI).

Il ressort de ce rapide tour d’horizon que la qualité de la formation se doit d’être à la fois structurante et donc normative, et adaptée à chaque pays et domaine de l’éducation des adultes au niveau formel, non formel et permettant la valorisation de l’informel. Ainsi, la qualité de la formation montre l’importance d’articuler les différents niveaux : des décideurs, des formateurs et des  apprenants, de l’inscrire dans une ingénierie où les moyens sont au service  de finalités professionnelle et sociale, c’est à dire qu’il est nécessaire d’avoir un équilibre entre la conformité aux référentiels et l’expression du professionnalisme des acteurs. Ainsi, la qualité en formation doit permette de produire du sens aux actions et d’accompagner les acteurs.

 

 

Références

Ardouin T. (2017), « La qualité et la formation : une rencontre riche d’échanges », (blog Epale, 10/10/2017)

https://epale.ec.europa.eu/fr/blog/la-qualite-et-la-formation-une-rencontre-riche-dechanges

Ardouin T. (2018), Qualité et formation : une approche systémique (blog Epale, 29/03/2018)

https://epale.ec.europa.eu/fr/blog/qualite-et-formation-une-approche-systemique

Bogard G. (2001), « Les trois âges de l’Europe de la formation : la qualité comme levier »,  Education Permanente, n°147/2001-2, p.35-61. 

Broek S., Buiskool Zoetermeer B-J (2013), Developing the adult learning sector. Quality in the Adult Learning Sector, report EAC, June 25, 2013.

European Commission (2013), « Quality in Adult Learning », report Thematic Working group, 24th October 2013.

Savann F. (2019a), « Les 4 étapes du processus d’apprentissage appliqué au développement de la qualité des formations », blog EPALE/Eramus+ (blog Epale 02/09/2019).

https://epale.ec.europa.eu/fr/blog/nous-professionnels-de-la-formation-inconsciemment-incompetents

Savann F. (2019b), « Les 4 étapes du processus d’apprentissage appliqué au développement de la qualité des formations », (blog Epale 08/10/2019).

https://epale.ec.europa.eu/fr/blog/certification-qualite-nous-professionnels-de-la-formation-incompetents-consciemment

 

 

 

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