chevron-down chevron-left chevron-right chevron-up home circle comment double-caret-left double-caret-right like like2 twitter epale-arrow-up text-bubble cloud stop caret-down caret-up caret-left caret-right file-text

EPALE

Plataforma electrónica dedicada a la enseñanza para adultos en Europa

 
 

Blog

Nous avons besoin d'action. Mouvements sociaux dans l'éducation culturelle

24/09/2019
por Marta Kosińska
Idioma: FR
Document available also in: PL

/en/file/demonstration-41931091920jpgdemonstration-4193109_1920.jpg

  Traduction du polonais - NSS Pologne        

Lors de la dernière conférence internationale sur l’éducation critique. La résistance et la praxis contre le populisme, le sexisme et le racisme, qui s’est déroulée à Naples, lors d’un débat consacré à l’éducation inspirée par les actions de Paolo Freire, est apparu le Dr. Inny Accioly, qui a notamment évoqué la situation des universités publiques au Brésil. Elle a parlé de la perte progressive de leur autonomie, de la réduction des subventions gouvernementales destinées à leur fonctionnement et, partant, de la prévention de l'éducation des groupes sociaux les plus pauvres vivant au Brésil. Elle a lu une lettre de ses étudiants, occupant l’Université fédérale de Rio de Janeiro, dans laquelle ils appelaient à la solidarité internationale des établissements d’enseignement dans la lutte pour le droit à l’éducation, ce qui, dans leur compréhension, est également un combat pour l’égalité sociale. On a ensuite posé la question dans la salle: que fait le docteur, comment elle donne t’elle des conférences sur ces sujets pour que ses étudiants aient une conscience sociale et politique aussi profonde et croient au bien fondé de leurs actions ? Accioly a répondu qu'elle enseignait bien sûr une éducation critique, mais qu'elle n'avait pas vraiment à faire grand-chose, car ses élèves participaient déjà à de nombreuses activités sociales de toutes sortes et que leur réveil politique ne commençait pas qu'au début de leurs études. Cela vous semble familier?

Non. En Pologne, beaucoup d’entre nous, enseignants et chercheurs universitaires, peuvent rêver de cette situation. Beaucoup d'entre nous ont même inscrit dans leur habitus académique un style spécifique de se plaindre "au niveau des étudiants" qui "s'aggrave chaque année" et montre "de moins en moins de sensibilisation du public". Nous nous plaignons volontiers et beaucoup. De même, les employés d'institutions culturelles qui tentent d'attirer les adultes vers leurs activités ou ceux qui mettent en œuvre des activités d’animation critiques et anti-discriminatoires sont également concernés. Il est plus facile de travailler sur des programmes éducatifs avec des personnes engagées, à l'esprit critique, mais elles sont minoritaires. Nous atteignons souvent des groupes déjà actifs et nous reproduisons la division sociale en une majorité moyenne et une minorité critique (et en même temps élitiste, intellectuelle) éduquant dans un cercle restreint.

Rebecca Solnit dans son livre récemment traduit sur les mouvements sociaux – L’espoir dans les ténèbres- affirme :

Si nous demandions à la plupart d'entre nous dans quelle société nous vivons, nous dirions que c’est dans la vie capitaliste, cependant, notre vie quotidienne - vie de famille, relations avec notre prochain, amitiés, activités dans des organisations sociales, spirituelles et politiques - est fondamentalement non capitaliste et même anticapitaliste, plein d'altruisme, volontaire, pour l'amour et pour le principe. [1].

Et elle ajoute que cet anti-capitalisme social est comme une mère qui nettoie le gâchis de son enfant, le capitalisme, causant une "catastrophe constante". C'est pourquoi les mouvements sociaux sont si importants parce que - en utilisant constamment la métaphore avec la mère et l'enfant de Solnit - la mère rappelle parfois son enfant à l’ordre afin qu’il fasse le ménage chez lui-même par "la loi ou la protestation" [2].

Ron Eyerman et Andrew Jamison soutiennent que les mouvements sociaux ont une valeur particulière pour l'éducation des adultes. Ce sont des espaces publics importants dans lesquels se produisent la création des idées collectives et sociales, des identités nouvelles et même des idéaux [3]. Il convient d'adopter une perspective dans laquelle nous réalisons que les chercheurs en éducation peuvent apprendre beaucoup des mouvements sociaux [4].

Selon Tricia Niesz, les mouvements sociaux jouent en eux-mêmes le rôle d’éducateurs, principalement d’éducation informelle et quasi formelle, et non seulement envers leurs membres, mais aussi envers l’opinion publique ou les personnes  et les institutions responsables des politiques publiques. Les mouvements sociaux éduquent la société. L'exemple majeur de cette fonction éducative tient dans l’histoire du Civil Rights Movement aux États-Unis, qui s'est accompagnée de centaines d'activités éducatives soutenant les objectifs du mouvement. La participation au mouvement lui-même était avant tout éducative. Il existe également une littérature abondante sur le sujet, indiquant les effets réels de ce mouvement dans le domaine de l'éducation formelle aux États-Unis. Rappelons-nous que l'un de ces effets était, par exemple, l'institutionnalisation des Black Studies dans le cadre de l'enseignement supérieur américain.

Cette figure de Paolo Freire est un personnage important de l'éducation culturelle qui crée un passerelle entre les mouvements sociaux et l'éducation des adultes. Dans les années 1970, les ouvrages de Freire sont traduits en Europe et aux États-Unis, d'où la connaissance des mouvements sociaux et de l'éducation en Amérique latine. L'idée de mouvements sociaux apparaît dans la pédagogie de Freire, même dans son appel à se positionner en tant qu'éducateur à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du "système". Il a estimé que les mouvements sociaux jouent un rôle énorme dans la création d'un nouveau changement social (du fait que l'ordre hégémonique n'est jamais monolithique et que la société peut être changée dans ces fissures [5]).

Freire a également associé de manière virtuose la dimension sociale de l'éducation des adultes à la dimension psychologique. Rappelons-nous que la vie consciente et critique de Freire est un projet inachevé. La tâche de l’éducation est d’approfondir constamment votre conscience critique, tout en réalisant que nos personnalités sont dans un processus constant, elles ne sont jamais finies [6]. Dans ce contexte, il convient de rappeler les recherches contemporaines menées en Pologne par Magdalena Budziszewska sur les personnes angoissées et dépressives résultant de la peur d'une catastrophe climatique [7].

L’anxiété commence à toucher de plus en plus de personnes et bien que cela devienne une expérience collective, ce n’est pas nécessairement vécu en groupe . Et c’est une question fondamentale: avons-nous un groupe avec lequel nous pouvons partager nos peurs et qui remplit le rôle de groupe de soutien ? L'activisme social, y compris l'activisme pour le climat, fait définitivement partie des formes d'action qui vous permettent de mieux supporter le fardeau de la prise de conscience de la dégradation imminente du climat. Par conséquent, la participation à des mouvements activistes peut remplir des fonctions éducatives, sociales mais également thérapeutiques sous la forme d'un soutien psychologique de groupe.

À la fin de sa vie, Paolo Freire a été impliqué dans Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra. Le mouvement lui-même est appelé "la grande école". La participation aux mouvements sociaux au sein de l’éducation, ou la perception de l’éducation à travers le prisme des activités sociales dans l’espace public était une priorité pour Freire et pour agir contre la «romantisation de l’éducation»[8].

Le rôle des ONG, des formateurs d’éducation et des institutions culturelles dans l’éducation et dans le soutien aux mouvements sociaux est extraordinaire et reste encore terra incognita pour de nombreuses entités. J'ai moi-même récemment mené (avec la Dr. Karolina Sikorska) des recherches sur des jeunes femmes militantes. Je suis tombée sur le récit de jeunes femmes pour qui la participation à des mouvements sociaux avait un rôle éducatif particulier. Dans l'entretien que nous avons eu avec elles, elles ont dit qu'elles avaient beaucoup appris des activistes. Pour nos interlocutrices, le CAMP DE LA FORÊT a été une expérience particulière du collectivisme. Elles ont dit :

Pour moi, par exemple, "Camp pour la forêt" (...) était très important (...). Le fait qu’un groupe aussi important ait pu s’organiser et qu’il fonctionne plus ou moins bien, qu’il ait eu certains effets et que ce combat ait eu lieu là-bas pour aboutir à quelque chose, c’est vraiment étonnant pour moi. Et que le camp lui-même qui fonctionnait de manière si peu hiérarchisée qu'il y avait cette rotation, qu'il était possible d'organiser des dizaines de personnes qui ne se connaissaient pas du tout, que tout ça fonctionnait - et aussi sur de tels principes, la cuisine végétalienne, tout. Vous pouvez créer une telle micro-communauté alternative dans un but spécifique. Ce fut pour moi une expérience très importante. Être là dans le camp.

Griff Foley [9], rapporte dans ses études des expériences similaires en matière de mouvements écologiques, par exemple en matière de défense des forêts tropicales australiennes[10].

Ce qui est soumis à l'éducation dans les mouvements sociaux, c'est avant tout le savoir social, le savoir sur la société. Dans le cadre d'activités éducatives mises en œuvre dans le cadre de mouvements sociaux, les principaux acteurs débattent souvent de l'idée et de la philosophie de l'éducation. Pourquoi ? Parce que tout le monde est impliqué et en même temps, ils sentent que l'éducation peut avoir son agence, que ça fonctionne. Ensuite, paradoxalement, nous sommes plus enclins à discuter et même à discourir des philosophies qui sous-tendent à l’éducation, car nous voyons "visuellement" lesquelles fonctionnent et lesquelles ne fonctionnent pas. L’éducation au sein des mouvements sociaux apporte donc aussi une valeur auto-thématique - la réflexion sur elle-même [11].

            

dr hab. Marta Kosińska - experte en études culturelles, travaille à l’Institut d’études culturelles de l’Université  Adam Mickiewicz de Poznan. Cofondatrice, activiste et chercheuse au Centre pour les pratiques éducatives auprès du Centre Culturel le Château à Poznań. Animatrice de l'environnement de l'éducation culturelle, conseillère et consultante en activités éducatives, évaluatrice de projets dans le domaine de l'éducation culturelle, chercheuse et conceptrice de recherches dans le domaine de l'éducation culturelle. Ambassadrice EPALE.


[1] Rebecca Rolinit, Nadzieja w mroku, tłum. A. Dzierzgowska, S. Królak, Karakter, Kraków 2019, s. 14-15.

[2] Ibidem, s. 15.

[3] R. Eyerman, A. Jamison, Social Movements: A cognitive approach, PA: The Pennsylvania State University Press 1991.

[4] Tricia Niesz, „Social Movements and Educational Research: Toward a United Field of Scholarchip”, „Teachers College Record”, Vol. 120/2018, s. 2.

[5] P. Mayo, „Synthesizing Gramsci and Freire: Possibilities for the theory of radical adult education”, International Journal of Lifelong Education” 13(2)/1994.

[6] Paulo Freire, Pedagogy of Freedom. Ethics, Democracy and Civic Courage, Lanham: Rowman and Littlefield, 1998.

[7] Robert Jurszo, „To będzie koniec cywilizacji, jaką znamy. Depresja klimatyczna w Polsce” [Wywiad], https://oko.press/to-bedzie-koniec-cywilizacji-jaka-znamy-depresja-klimatyczna-w-polsce-wywiad/, dostęp: 23.07.2019.

[8] P. Mayo, „Synthesizing Gramsci and Freire: Possibilities for the theory of radical adult education”, International Journal of Lifelong Education” 13(2)/1994.

[9] Zob. G. Foley, „Clearing the theoretical ground: Elements in a theory of popular education”, „International Review of Education”, 44 (2-3)/1998.

[10] Zob. F. Foley, Learning in Social Action. A Contribution to understanding informal education, New York, NY: Zed Books 1999; G. Foley, „Radical adult education and learning”, „International Journal of Lifelong Education”, 20 (1-2)/2001.

[11] Zob. K. Teitelbaum, Schooling for „good rebels”: Socialism, American education, and the search for radical curriculum, NY: Teachers College Press, New York 1995.

Share on Facebook Share on Twitter Epale SoundCloud Share on LinkedIn
Refresh comments Enable auto refresh

Mostrando del 1 - 2 al 2
  • Imagen de Marcin Szeląg
    Rozwijanie edukacji społecznej w takim wymiarze jak piszesz wymaga społeczeństwa obywatelskiego, a nie jedynie jego śladowych przejawów. Z tym jednak jak wiadomo nie jest w Polsce dobrze, mówiąc bardzo oględnie. Nie mam na myśli tylko tego, że nie jest ona w Polsce wspierana, a przeciwnie jest wypierana z publicznego i politycznego dyskursu (użyję tego już leciwego sformułowania, zamiast współczesnej "narracji"), czego wręcz modelowym przykładem jest ciągle podejrzliwe traktowanie organizacji III sektora. Myślę teraz przede wszystkim o dyskursie edukacyjnym. Może się mylę, ale myśl pedagogiczna Freire nie jest szeroko znana w Polsce, poza oczywiście środowiskiem samych pedagogów. Nie wiem czy ostatecznie ukazała się po polsku jego "Pedagogy of the Oppressed", której zapowiedzi w tłumaczeniu H. Zielińskiej pojawiały się już kilka lat temu. Stanowi ona dobry pretekst do "kłótni" o edukacji, zwłaszcza na gruncie edukacji kulturowej. Mam wrażenie, że tutaj brakuje ciągle argumentów za edukacją kulturową jako przestrzenią emancypacji, która nie reprodukuje podziały lecz pozwala je przełamywać.
  • Imagen de Marta Kosińska
    Myślę, że masz rację, że myśl Freirego nie jest w Polsce szczególnie dobrze znana. Nawet jeśli jest on znany w niektórych kręgach, to rzadko dziś na bieżąco dyskutuje się jego idee w kontekście aktualnej sytuacji społecznej i politycznej. Ja ostatnio szansę na uczestnictwo w takiej debacie miałam właśnie niestety poza Polską - na wspomnianej w tekście konferencji. A co do rozwijania edukacji społecznej i istnienia społeczeństwa obywatelskiego. Fajnie, jeśli to społeczeństwo obywatelskie istnieje i sprawnie działa, ale zarówno myśl Freirego, jak i na przykład Gramsciego - tworzyły się w trudnych warunkach dla demokracji. Chodzi mi o to, że to właśnie między innymi edukacja kulturowa tworzy społeczeństwo obywatelskie. I ja na przykład problemy z nim w Polsce widzę jako wynikające ze słabej edukacji kulturowej i społecznej. To jest też nasza - edukatorów i edukatorek - odpowiedzialność i często brak skuteczności działania. Niestety.