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Réaliser un projet : une histoire de communication ?

10/06/2016
by Roseline Le Squère
Language: FR
Document available also in: EN IT

 

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La gestion de projets représente une activité où les enjeux de la mobilité (linguistique, professionnelle) sont importants. Le contexte des projets, européens notamment (par exemple, dans une liste représentant environ 450 types de subventions possibles : dont programme H2020, programme Erasmus +, fonds structurels),  très présent dans les universités, centres de langues, organismes de formations, entreprises nous renvoie à l’importance que nous devons accorder à la compétence interculturelle, pour laquelle nous accompagnons beaucoup d’apprenants.

La compétence interculturelle s’inscrit dans le cadre des compétences professionnelles. Il s’agit d’une compétence sociale mais aussi technique, participative et méthodologique.

L’interculturel repose sur la mise en œuvre de comportements communicatifs / interactionnels prenant en compte la diversité de ses participants : la tolérance, la bienveillance, les attentes positives sont essentielles. (Carlos A. Rabassó, professeur associé à l'ESC Rouen et Fco. Javier Rabassó, chercheurs en management interculturel et pédagogie des langues traitent particulièrement cette question dans leur ouvrage, cf. référence 2015).  L’interculturel n’est d’ailleurs pas qu’une question de nationalités, ni de langues. Ce concept concerne aussi les différentes cultures professionnelles dont on doit tenir compte dans un collectif de travail tel qu’un projet multi-partenaires, qu’il soit transnational ou pas. Toutefois, ici, la problématique linguistique reste une préoccupation centrale.

Les méthodes de travail dans un projet collaboratif (et d’autant plus lorsque le consortium est représenté par des personnes venant de plusieurs pays) impose des outils permettant le travail à distance. Pour développer la compétence interculturelle, la récurrence des interactions entre les individus est importante. Aussi, nous pouvons penser que les nouvelles technologies poussent à avoir un sens très développé de l’ouverture relationnelle, même à distance. Il est donc important que les participants à un projet collaboratif soient vigilants aux  temps d’échanges, de rencontres, même s’ils ne déroulent pas en présentiel.

Réussir un projet, de type européen par exemple, repose sur une bonne communication entre les partenaires. Le rôle du pilote est très important, notamment dans l’entretien de la motivation des partenaires à participer au projet. Dans ce type de contexte interculturel, plus les participants ont de points communs (souvent plus à titre personnel que professionnel), plus la motivation est forte. Et plus la communication sera facilitée.

Mon propos est particulièrement centré sur cette activité de gestion et de participation à un projet transnational. Le cadre projet nécessite de répondre, sur une durée plus ou moins longue (1 à 3 ans) à des enjeux formalisés dans une candidature et à laquelle le partenariat doit se référer. La réussite d’un projet est évaluée au regard de l’atteinte d’objectifs et d’impacts pré-fixés. Une des conditions de réussite est la communication entre les membres du consortium. Savoir travailler ensemble pour réaliser ensemble un projet que l’équipe participante saura valoriser.

Un des grands enjeux au début d’un projet est de créer une culture commune à tous les membres du partenariat. Cela passe par des échanges qui vont permettre de comprendre les contextes, les attentes, les rôles des structures professionnelles participantes au projet. Les échanges (rencontres transnationales) doivent faire prendre conscience du réseau de relations conventionnelles qui entourent le projet mais, vont amener progressivement les participants à comprendre et à adhérer à un ensemble culturel qui n’est pas nécessairement le leur.  Les activités du projet se nourrissent de cela.

C’est là que la problématique linguistique est importante. Dans un contexte professionnel transnational tel que celui précédemment décrit, l’individu utilise une langue comme un élément fondamental de la représentation de son identité (multiple) auprès des autres « usagers ».  La langue peut être un objet de projection, de construction d’un monde commun. L’un des objectifs du porteur de projet est de pouvoir montrer à ses partenaires une unité, une cohérence, voire un sens dans le respect de la diversité, pour créer un objectif commun et réalisable où la confiance, le lien social (entre autres) existent et permettent aux partenaires d’évoluer dans un environnement positif, pertinent et efficace. 

Nous pouvons donc penser que la langue de travail choisie dans les échanges et pour les activités du projet (notamment la ou les langues dans lesquels les livrables seront produits) relève d’un choix stratégique assurant une forme de sécurité (professionnelle notamment) à tous les participants. Cela signifie que le collectif doit être vigilant à ne pas mettre en difficulté les membres participants en choisissant une langue ou des modalités de communication inadaptées aux possibilités linguistiques du consortium.

Dans toute situation de vie sociale, chaque individu se construit selon plusieurs pans identitaires et aussi selon une identité collective, directement liée au(x) lieu(x) dans lesquels il évolue. Il s’agit d’un métissage identitaire. L’individu singulier fait partie de plusieurs environnements et communautés. Dans une démarche collective de projet, la question linguistique, comme référent identitaire pris pour le collectif prend beaucoup d’importance dans la projection de ce que sera l’identité collective, donc l’identité du projet où cette langue est un référent essentiel.  Si le consortium travaille, échange, produit en français, il ne rend pas accessible ses livrables dans les mêmes réseaux que si cela se déroule en anglais, en allemand, en espagnol, en roumain, etc. La reconnaissance des langues par l’union européenne est d’ailleurs, de ce point de vue, tout à fait discutable.

La langue doit participer à la motivation collective de mener un projet pour des effets durables sur les territoires concernés par celui-ci.

Roseline Le Squère est expert thématique EPALE et chercheure à l'Université Bretagne Sud, spécialiste de la formation des adultes, des relations entre éducation-formation-emploi-économie.

Références :

BLANCHET, P., 2003, « Identités culturelles », article de dictionnaire, dans : Férréol, Gilles, Jucquois, Guy , (sous la direction de), Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, éd° Armand COLIN, Paris, pp. 155-161

RABASSO, C. et J., 2015, Introduction au management interculturel : pour une gestion de la diversité, 2ème édition, Ellipses

FERREOL, G., JUCQUOIS, G. (sous la direction de), 2004, Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, éd° Armand Colin, Paris, 354 pages

GUMPERZ, J.J., 1989, Engager la conversation : introduction à la sociolinguistique interactionnelle, Paris, Les éditions de minuit

GUMPERZ, J.J., 1989. Sociolinguistique interactionnelle, une approche interprétative, Paris, L’Harmattan

 

 

 

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  • Roseline Le Squère's picture

    Même si la langue de travail (autre que le français) peut faire peur, lancez-vous ! Et même si le projet se déroule en français, il est toujours très utile de communiquer et de valoriser son projet dans d'autres langues afin d'en faire bénéficier le plus grand nombre, et faire que son projet soit visible.

    Dans les groupes de travail des projets européens, on entend souvent : "il n'y a que l'anglais des Anglais qu'on ne comprend pas!" Cette formule humoristique renvoie bien au fait que, très souvent, la langue employée dans les groupes de travail, est un "anglais européen" où le contexte de travail commun favorise beaucoup la compréhension et la communication des membres du groupes.

    La démarche professionnelle projet est un très bon moyen de valoriser toutes les langues d'Europe.

    Sans faire de l'anglais une langue dominante absolue, ce contexte de travail est une façon, par les échanges des partenaires et les mobilités, de faire découvrir d'autres langues, d'autres cultures. Et d'enrichir les pratiques linguistiques et communicationnelles de tous.