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Blog

Ingénierie de formation - un concept utile

22/09/2015
- Thierry Ardouin
Sprog: FR

Ingénierie de formation

En formation, le terme d'ingénierie est récent et source de débats. Il s'inscrit dans le concept plus large d'ingenium. Ces concepts sont utiles aux professionnels de la formation pour réaliser et dire la complexité du métier.

Origine du concept

Le mot ingénierie se situe au confluent de trois origines (Ardouin, Clenet, 2011) :

  • L'origine française, "génie", prend ses racines dans le domaine militaire. Au XIIIème siècle, les machines de guerre, appelés "engins" nécessitaient des "engeigneurs" capables de les construire, les déplacer et les manipuler ou de construire des fortifications.
  • L'origine latine, ingenium, est issue des travaux des philosophes du XVII et XVIII ème siècle. Giambattista Vico (1668-1744) parle de "l’ingegno", ou ingenium, et le caractérise par la puissance de l’imagination, la fertilité de l’esprit et la capacité de « reliance ».  Léonard de Vinci (1452-1519) parle du "disegno" qui allie le dessin et le dessein. L'objectif – le dessein - est premier et prioritaire, il ne prend sa forme que par et grâce aux schémas, croquis et autres dessins, c'est à dire le design.
  • L'origine anglo-saxonne,  engineering, utilisée en France à partir du XVIIIème siècle  correspond à "la science de l'ingénieur". La révolution industrielle renforce le rôle des ingénieurs dans une société en développement où la dimension technique est omniprésente. Le terme "engineering" apparaît dans les pays anglo-saxons pour désigner l'ensemble des activités intellectuelles qui permettent de concevoir un ouvrage d'un façon fonctionnelle et rationnelle en assurant la coordination des différents services et disciplines intervenant dans le projet et concourant à sa réalisation.

Cette origine multiple montre les différentes dimensions de l'ingénierie. Elle doit articuler esprit créatif, coordination interdisciplinaire, rigueur méthodologique et prise en compte du contexte retrouvant en cela l'esprit de l’ingenium; cette faculté spécifique qui allie le domaine de la connaissance et de l’action.

Les fondements socioconstructivistes de l'ingénierie

Pour agir avec efficacité au niveau opérationnel, l'ingénierie de formation s'appuie sur des fondements constructivistes.

La finalité de l’ingénierie de formation est la production de compétences et de savoirs en lien avec les situations professionnelles ou sociales. L'ambition de toute formation est le développement des compétences techniques et opérationnelles, et le développement culturel des participants.

Les besoins de formation n’existent pas en soi, ce sont des écarts entre des situations souhaitées et des situations existantes. Les besoins de formation sont à extraire à partir des demandes, des situations observées ou voulues et des attentes des différents acteurs. L’ingénierie est l’outil d’analyse, et la formation est la traduction de cette analyse d’écarts comme action de transformation.

La prise en compte de l’environnement, et la mobilisation des acteurs, le plus en amont possible, est nécessaire. L’ingénierie de formation interroge les contextes et les acteurs - partie prenante de l’action - afin de cibler au mieux les conditions de faisabilité et de réalisation de la formation.

L’ingénierie est une transformation et une optimisation de ressources disponibles ou à mobiliser. Cette optimisation passe par une transformation des situations personnelles, techniques, sociales ou professionnelles pour le meilleur apprentissage. L'ingénierie est source de créativité, d’inventivité, d’innovation c'est à dire d’ingéniosité pour rechercher de nouvelles voies et répondre de manière pertinente aux acteurs dans leur contexte. Dans ce sens, l’ingénieur de formation est un architecte et ensemblier des ressources matérielles, techniques, financières et humaines.

L’ingénierie de formation n’est pas une méthode mais une démarche par étapes successives et itératives dans un processus continu. La démarche s’inscrit dans un continuum en quatre temps : analyser, concevoir, réaliser et évaluer, en intégrant adaptation,  réactivité, et  régulation.

L’ingénierie est un moyen et non une fin en soi. Il y a toujours primauté de l’objectif de production de savoirs et de compétences, et non du moyen. L’ingénierie de formation est une ingénierie du "design" puis une ingénierie de gestion. Il s’agit bien d’inventer des solutions nouvelles et adaptées, de développer de l’ingéniosité tout en respectant le cadre socioculturel et socioéconomique dans lequel on se trouve.

 

Débats autour du concept

La formation porte en elle son paradoxe : rendre plus autonome et réactif dans un univers de contraintes produites par l'institution. L'ingénierie de formation est en tension entre les fondements socioconstructivistes et humanistes de la formation des adultes, et la pression sociale et la rentabilité économique.

La finalité de l’ingénierie de formation est la production de compétences et de savoirs, en lien avec les situations professionnelles ou sociales. L'ingénierie est au service de la formation et cherche à combiner promotion sociale, formation professionnelle continue et éducation permanente.

 

En définitive, l'ingénierie de formation est une déclinaison de l'ingenium qui est l'art et la science de la reliance par la traduction et la transformation des contraires et des contraintes individuelles, collectives et organisationnelles pour l'apprentissage et le développement de chacun des trois niveaux.

 

Ardouin Thierry est professeur des Universités en Sciences de l'éducation à l' Université de Rouen - France. Ses travaux portent sur les questions de la professionnalisation, des compétences, des identités, de l’ingénierie et du conseil en formation. Il a publié de nombreux ouvrages, articles et coordonné des numéros de revues dans le champ de la formation des adultes et de l'intervention. Il intervient auprès d’organisations, d’entreprises ou d’institutions pour des missions d’études, audit ou ingénierie en France ou à l’étranger.

 

Références

Ardouin, T. dir., (2003). "Où en est l'ingénierie de la formation ?", Education permanente, 157.

Ardouin, T., Clenet J. dir., (2011). "L'ingénierie de la formation. Questions et Transformations", TransFormations.

Brémaud, L. Guillaumin, C., dir (2010). L’archipel de l’ingénierie de formation. Transformations, recompositions, Rennes : PUR.

Le Moigne, J-L. (2002). "L’ingenium, cette étrange faculté de l’esprit humain de relier. Sur l’épistémologie des sciences d’ingénieries", in Guillaumin, C. (coord), (2005). Se former à l’ingénierie de formation, Paris : L’Harmattan.

Clénet, J. (2003). L'ingénierie des formations en alternance, « pour comprendre, c'est-à-dire pour faire »,  Paris : l'Harmattan.

 

 

 

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  • Sandrine Costil-Pesnels billede

    En tant que formatrice d’adulte, ma pratique s’inscrit dans divers dispositifs de formation. Je rejoins l’auteur de cette contribution sur l’utilité du concept d’ingénierie de formation. En effet, face aux difficultés rencontrées sur le terrain, il me semble que peu de réponses « ingénieuses » et d’innovations  pourraient voir le jour sans apports théoriques et repères historiques. Le retour aux fondements de l’ingénierie de formation et leur mise en débat dans cet excellent article, pourraient ainsi constituer un moyen de renouveler notre regard (finalités, financements, méthodes) sur la formation professionnelle telle qu’elle est pratiquée actuellement. Face à  La complexité du système de formation, l’ingénierie de formation (niveau micro, méso et macro) nous invite en effet, à repenser et à développer ensemble des réponses adaptées aux enjeux actuels de la formation, mais aussi et surtout à inventer son avenir.

  • Jean Vanderspeldens billede

    L'ingénierie de formation est l'un des vecteurs importants pour prendre en compte les environnements d'apprentissage de chaque apprenant. ll s'agit d'optlmiser la mobilisation des ressources de l'apprenant et celles proposées par les équipes pédagogiques dans la diversité des interactions pour se former.

  • Thierry Ardouins billede

    Dans l'article "L'ingénierie de formation", c'est l'origine du terme qui est rapidement posée. Et les fondements sont posés dans une dimension conceptuelle de l'"ingenium".

    La mise en œuvre nécessite une démarche en quatre temps Analyser, Concevoir, Réaliser et Evaluer.

    Pour le dire rapidement, la partie "Analyse" cherche à dégager les éléments issus des demandes politiques, institutionnelles ou des décideurs (dimension descendante), et les éléments issus de la réalité des demandes, des acteurs et des contextes (dimension ascendante). Ces dimensions descendantes et ascendantes s'inscrivent dans un environnement qui sera plus ou moins porteur en terme de financements, de réglementation ou de dispositifs. L'ingénierie versus "ingenium" va chercher à traduire ces "contraires".

    La partie "Concevoir" va chercher à construire une action ou un dispositif qui va à la fois prendre en compte les "contraires" vues dans la partie Analyse, mais aussi "les contraintes" c'est à dire le maximum d'éléments : coûts, temps, proximité ou non, techniques, statuts, acteurs et réglementation. Et la dimension financière est tout à fait essentielle. Elle devra être combinée avec les dispositifs et les financements existants. La conception intègre l'étude de faisabilité de l'action.

    Ces deux étapes sont indispensables et vont permettre les étapes suivantes  "Réaliser " et "Evaluer"

    Et effectivement l'ingénierie s'inscrit dans la complexité.

  • guillaume brionnes billede

    Très intéressant article qui a le mérite de poser clairement les différents éléments constitutifs de ce terme largement employé, parfois un peu pompeusement, par une grande partie des professionnels de la formation.

    Il me semble néanmoins qu'il y a une dimension qui manque à cette présentation, c'est toute la partie en amont de la production de compétences en elle même et qui représente l'ingéniérie financière nécessaire à la réalisation de ce projet de formation. Je constate de plus en plus que de nouvelles compétences sont nécessaires en matière d'ingéniérie de formation et relevant d'une expertise des modalités de financements des actions de formation dans un contexte de multiplication des dispositifs et des acteurs et d'évolution réglementaire très fréquente : disparition du DIF, apparition du CFP, financements FPSPP, évolution de l'apprentissage, ... Et ce, d'autant plus que les groupes sont souvent "mixtes" : demandeurs d'emploi, salariés, étudiants sous statuts scolaire, ... Ce contexte porte en lui une forte compléxité dans le montage et le financement des formations, indépendemment des compétences pédagogiques du formateur, mais dont l'ensemble relève bien de l'ingéniérie me semble t-il !