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La formation élémentaire au numérique : un défi lancé à la formation pour adultes

06/07/2015
от Barbara HILLER
Език: FR
Document available also in: DE EN LT

Le 23/06/2015

Sujets : Inclusion sociale

Les concepts de « formation numérique », « compétences numériques » ou « apprentissage numérique », voire même « excellence numérique » (discours de Sven Volmering, CDU/CSU du 27.03.20151) sont devenus récurrents, notamment dans les discours des hommes politiques. Mais le qualificatif de « numérique » n'en demeure pas moins bien flou. En quoi une « formation numérique » se différencie-t-elle des autres ? Aurions-nous ici « simplement » à faire à un mode numérisé de formation ? S'agit-il d'une formation accomplie au moyen de médias numériques ? Ou encore d'une formation dans un monde toujours plus marqué par la présence des médias numériques, qui ne pourrait simplement pas faire l'impasse sur ceux-ci ? Dans quelle mesure une telle distinction est-elle nécessaire ou pertinente ?

Formation numérique : apprentissage (et acquisition de compétences) ne signifient pas nécessairement formation 2

En se référant à Winfried Marotzki (2006), il convient d'établir une distinction entre formation et processus d'apprentissage : contrairement à ces derniers, la formation implique non seulement un développement des connaissances et des aptitudes, mais également une transformation plus fondamentale touchant aux structures mêmes du savoir et de l'aptitude à interpréter, entraînée par des processus de réflexion approfondis. De la sorte, la formation ne contribue pas uniquement à un acquis supplémentaire en termes de savoir et de capacités, mais aussi à un développement de la personne dans un environnement donné.

Ainsi conceptualisée, la formation nous invite à un questionnement préalable avant de reprendre le concept de formation numérique dans des discours sur la nécessité d'acquérir des compétences médiatiques, et à ne pas systématiquement mettre sur le même plan l'existence de compétences médiatiques mesurables et l'accomplissement d'une formation médiatique.

Formation numérique : la formation en tant que localisation de sa propre personne dans un monde numérisé

Ce que peut signifier la formation numérique peut être compris de différentes manières en fonction de l'importance accordée aux médias numériques :

Il est d'abord possible de mettre l'accent sur les médias numériques comme de nouveaux espaces ouverts ou de nouvelles opportunités pour les processus de formation. A partir de là, la pratique de la formation pour adultes pose la question de l'utilisation des médias numériques en vue d'apporter un soutien aux processus généraux de formation, par exemple en utilisant Internet en vue d'une confrontation critique sur certains sujets (Marotzki & Jörissen 2010).

Mais intervient également la question de savoir dans quelle mesure la présence croissante de médias numériques dans les différents vécus n'exige pas un élargissement du concept même de formation, celle-ci ne pouvant plus être pensée en faisant abstraction du rapport à chacune de ces technologies ; que ce soit du fait de l'emploi naturel des différentes applications et des différents appareils au quotidien ou du refus conscient de les employer : qui est-on et comment prend-on position dans le monde et par rapport à lui ? La réponse à cette question dépend toujours plus des médias numériques (Zorn 2014).

Ceci apparait clairement si l'on tient compte de représentations fréquentes de « générations médias » ou de manières spécifiques à des groupes d'âge donnés d'aborder les médias numériques, en vertu desquelles l'appartenance à une classe d'âge ou à une génération donnée détermine les attentes en termes d'utilisation de ces médias. L'identité de quelqu'un est façonnée par son aptitude ou non à utiliser les médias numériques, et si oui, lesquels et de quelle manière. A l'inverse, il est également possible de partir du principe que l'utilisation de ces médias chez une personne donnée ou perçue chez les autres influe à son tour sur l'image que l'on a de soi, l'image perçue des autres  et / ou son propre rapport à l'entourage.

Formation numérique et rapport à la technologie : comment se localiser dans un monde numérisé ?

Le lien fort entre l'image de soi, sa propre localisation dans le monde et le rapport aux médias numériques apparaît sous différents aspects dans les 20 interviews qualitatives conduits dans le cadre du projet IGEL-Media 2 (SCHM 2391/3-2) avec des personnes entre 20 et 60 ans sur leur rapport aux médias numériques.

La signification de l'image de soi et de la perception de l'environnement dans leur rapport à chaque technologie numérique apparaît par exemple chez 3 femmes interrogées (de 45 à 55 ans) justifiant leur propre utilisation de médias numériques, afin de ne pas se laisser dépasser :

« Je voulais avoir une tablette, disons, pour ne pas mourir idiote. Parce que de toute façon, il faut être à la hauteur. Oui, les jeunes, ils vous surpassent à pas de géant [...] Pas seulement être à la hauteur, mais pouvoir communiquer avec l'extérieur. Aussi pour savoir de quoi tout le monde parle. Qu'est-ce que c'est ? [...] Comment ça marche ? Ah, c'est comme ça ? Etc. Je me suis aussi acheté un Smartphone. J'avais toujours dit que je n'en avais pas besoin. Mais c'est vrai qu'on n'en a pas besoin. On n'en a pas le besoin, au sens strict. MAIS, si on n'en a pas, on ne peut plus communiquer avec l'extérieur. Voyez-vous ? Et ça, c'est vraiment dommage. » (La personne interrogée a environ 55 ans).

A l'inverse, l'utilisation de ces technologies a permis, selon ces personnes, un autre rapport à leur entourage :

« Ce n'est que depuis que je l'utilise moi-même et que, ma foi, ça marche comme ça, que j'ai une vue d'ensemble. Et je remarque aussi que dans mon cercle d'amis - tous ont le même âge que moi -, il y en a qui n'en ont pas et ils se retrouvent face à un mur. Ils ne savent pas non plus comment cela fonctionne. Etonnant, non ? Et on remarque qu'il y a de plus en plus de personnes qui s'y mettent, justement parce qu'ils ont des enfants. » (La personne interrogée a environ 45 ans).

Le lien entre l'image de soi et celle produite sur les autres d'une part, et le rapport à la technologie d'autre part, apparaît encore plus clairement au travers de l'image que donnent, directement ou non, les différentes générations et classes d'âge, l'utilisation d'un média numérique et l'aisance dans cette utilisation étant toujours liées à l'appartenance générationnelle ou à une classe d'âge.

« La grande différence avec la jeune génération, c'est que celle-ci grandit avec ces médias […] dans un environnement, à l'école etc. ou tout le monde les utilise, ce qui produit un effet d'apprentissage très important […] Et je pense que beaucoup de personnes de ma classe d'âge se préoccupent plus de savoir comment ils utilisent leur temps. Non ? Mon temps est précieux, que puis-je en faire ? Et évidemment, l'utilisation des médias, ça passe au second plan […] différentes choses au cours de la vie […] et je crois que la pression n'est pas aussi forte. […] je peux tout à fait m'imaginer que pour certains groupes de personnes, des jeunes, des enfants ou d'autres, beaucoup de rendez-vous passent par ça […] si on est pas inséré comme il faut dans le réseau, on passe à côté, parce qu'on ne sait pas. Mais je pense qu'à mon âge, ce n'est pas comme ça. Non ? A mon âge, on convient des rendez-vous de personne à personne. » (L'homme interrogé a environ 55 ans).

La formation numérique dans la formation pour adultes : possibilités et limites d'une prise en compte du rapport à la technologie

La conception de la formation aux médias soulève des questions relatives à la formation pour adultes : quels peuvent être et doivent être les objectifs et les contenus de l'offre en termes de formation pour adultes ?

Comment la formation aux médias est-elle comprise ? Comme l'ouverture de nouveaux espaces de formation permise par la prise en compte des médias numériques ? Comme une offre en vue de développer le rapport à la technologie en lien au développement de la personnalité ? Dans quelle mesure une telle distinction est-elle ici possible ? Les médias peuvent-ils être utilisés comme des espaces de formation, sans tenir compte du rapport à chacune de ces technologies ? Sans tenir compte du quotidien numérisé ou non ?

Dans ce contexte se pose également la question de savoir quelle importance accorder aux représentations des différentes classes d'âge / générations et quel forme de réflexion sur les modèles d'interprétation qui en résultent est souhaitable (A quelle représentation générationnelle et de classe d'âges les personnes concernées sont-elles confrontées ?) Quel intérêt personnel espère-t-on tirer en tant que membre d'une classe d'âge ou d'une génération donnée ? Quels efforts et quels obstacles font-ils l'objet de craintes ?). Les offres de formation intergénérationnelles peuvent constituer une opportunité de prendre conscience des représentations générationnelles / de classe d'âge dans l'approche des médias numériques, de réfléchir à ce sujet et ainsi de perfectionner dans la formation - au sens où celle-ci est décrite précédemment - les structures d'interprétation et de savoir. Mais cet exercice exige beaucoup de tact, car il s'agit d'atteindre et de rassembler les différentes générations avec leurs différentes approches des médias numériques.

On attend avec impatience de voir si et comment les différents instituts de formation réussiront à prendre en compte les médias numériques dans les différents vécus au moyen de concepts et d'offres répondant à l'idée de formation numérique.

Une question tout particulièrement d'actualité est la mise en place de concepts et de projets efficaces en vue d'encourager la formation aux médias, par exemple pour les groupes de population les moins enclins à leur utilisation. Dans ce cas, quel rôle joue le rapport de l'établissement d'enseignement ou des enseignants eux-mêmes aux médias numériques ?

Sources :

Marotzki, W. (2006). Bildungstheorie und allgemeine Biographieforschung (Théorie de la formation et recherche biographique générale). In H.-H.Krüger & W. Marotzki (Dir.), Handbuch erziehungswissenschaftliche Biographieforschung (Manuel de la recherche biographique en sciences de l'éducation). (pp. 59-70).

Marotzki, W. & Jörissen, B. (2010). Dimensionen strukturaler Medienbildung. (Dimensions d'une formation fondamentale aux médias) In B. Herzig, D. M. Meister, H. Moser & H. Niesyto (Dir.), Jahrbuch Medienpädagogik 8. Medienkompetenz und Web 2.0. (Annales de pédagogie des médias, 8ème compétence des médias et Web 2.0.) Wiesbaden: Editions VS (pp. 19-39).

Zorn, I. (2014). Selbst-, Welt- und Technologieverhältnisse im Umgang mit Digitalen Medien. (Rapport à soi, au monde et à la technologie dans l'approche des médias numériques). In W. Marotzki & N. Meder (Hrsg.), Perspektiven der Medienbildung (perspectives de la formation des médias). Wiesbaden: Editions VS (pp. 91-120).


2 Dans le texte allemand (langue d’origine) formation est « Bildung ». Ce terme fait référence aux multiples concepts philosophiques et normatifs.

 

Auteurs :

Anika Klein, Bernhard Schmidt-Hertha

Chaire en sciences de l'éducation, domaine principal : formation continue professionnelle et en entreprise.

Université de Tübingen, Allemagne

 

 


 

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  • снимка на Eric Chataigné
    Bonjour Voter article est très intéressant. Les témoignages me semble cependant ne représenter que la fraction des personnes de plus de 40 ans qui se mettent à ces technologies que contraintes et forcées. Il me semble cependant que, même pour les individus non technophiles, l'évolution ces dernières années des outils vers une informatique plus intuitive et dont plus abordable (Tablettes, interfaces tactiles, Web 2.0), ont amené toute une génération à utiliser ces outils au quotidien. Il ne y qu'à voir le boom de l'utilisation des sites communautaires, ces forums médicaux ou des sites de partages. Ainsi, il est légitime de penser que la connaissance générale dans le domaine médical est en forte progression. Cela pose d'ailleurs une véritable question quant à la formation des professionnels de santé et du rapport au patient qui jusqu'à présent était uniquement basée sur le fait que le praticien était l'unique dépositaire du savoir. Pour en revenir à votre article, la formation élémentaire au numérique devrait donc prendre en compte le fait que notre environnement est de plus en plus numérique et que son utilisation est intuitive. Il n'est plus du tout surprenant de pour des personnes du 4eme âge se mettre à l'utilisation de ces outils. L'approche ne doit donc plus principalement se préoccuper du "Comment utiliser l'outil" mais du pourquoi et de la logique qui s'y applique. Quels sont les nouveaux modes d'interaction entre personnes, comment retrouver de l'information, quel sont les mots clés importants à utiliser pour rechercher un contenu précis.