chevron-down chevron-left chevron-right chevron-up home circle comment double-caret-left double-caret-right like like2 twitter epale-arrow-up text-bubble cloud stop caret-down caret-up caret-left caret-right file-text

EPALE - Електронна платформа за учене на възрастни в Европа

Блог

L'éducation en milieu carcéral - un privilège ou un droit humain ?  

25/02/2020
от Miranda Trouabal
Език: FR
Document available also in: EN

[Traduction (anglais - français) : EPALE France]

En Irlande, l'administration pénitentiaire irlandaise (IPS) travaille en collaboration avec diverses agences pour l’éducation, des collèges communautaires, des bibliothèques publiques et des ETB (Conseil pour l'éducation et la formation) pour offrir des possibilités de formation professionnelle et d'éducation aux détenus (Donavan, 2008). En 2019, les prisons irlandaises comptaient 4 015 détenus, la moitié ayant quitté l'école avant l'âge de 15 ans (Community Needs Analysis, Meaney, 2019). Le taux d'emprisonnement en Irlande est d'environ 81 détenus pour 100 000 habitants (Irish Penal Reform Trust, 2019). Il est délicat d'obtenir des chiffres sur les prisonniers qui suivent actuellement des études, car les informations sont floues. En l’espace de cinq mois, de janvier à mai 2018, les chiffres de 13 prisons irlandaises n’ont cessé de changer, si bien qu'il est très difficile de trouver des rapports précis. Les pourcentages se trouvent sur le site de l’Oireachtas.

Les obstacles à l'éducation des prisonniers sont dus à l'ignorance, la peur et l'indifférence de la société, auxquelles s'ajoutent les problèmes au sein des différentes institutions. Les prisonniers se heurtent à la réticence des politiciens lorsqu'il s'agit d'inscrire leur droit à l'éducation dans la législation. En 1990, les Nations unies ont adopté une politique stipulant que tous les détenus ont le « droit de participer à des activités culturelles et de bénéficier d'un enseignement visant au plein épanouissement de la personnalité humaine » (ONU, 1990).

Les gouvernements, les politiciens et les citoyens du monde ne peuvent-ils pas reconnaître tous les avantages liés à l'éducation et à l'amélioration des compétences des prisonniers ? Depuis 1990, la littérature a démontré que les détenus qui reçoivent un enseignement ou une formation pendant leur incarcération sont beaucoup moins susceptibles de récidiver. Des études ont révélé que les taux de récidive diminuent lorsque les détenus bénéficient d'une éducation appropriée (Brock, 2017). À l'heure où les gouvernements et institutions du monde entier s'efforcent de promouvoir l'éducation inclusive et de mettre en œuvre des pratiques exemplaires, pourquoi les détenus sont-ils marginalisés et leur droit à l'éducation est-il considéré comme un privilège ou, pire encore, leur est-il retiré à titre punitif dans certains établissements pénitentiaires ?

En outre, lorsque les prisonniers suivent un programme de formation/éducation dans le but de se perfectionner dans un secteur professionnel particulier, ils font ensuite l’objet d’une double peine sous la forme de vérifications policières qui leur ferment la porte à toute possibilité d’emploi. Cela affecte sans arrêt leur qualité de vie et leur moral, et même une fois leur peine purgée, c'est comme s'ils la trainaient toute leur vie. Établie par Clemson en 2015, la relation entre l'éducation formelle et le milieu carcéral soulève la question suivante : la qualité de l'éducation offerte dans certaines régions du pays est-elle représentative de la situation des prisonniers issus de ces mêmes régions ? La population carcérale est principalement composée de personnes issues de zones défavorisées sur le plan socio-économique (Donavan,2008), ce qui est représentatif des lacunes et des problèmes systématiques sous-jacents. Les difficultés scolaires y sont fortement liées et d'une certaine manière, la marginalisation participe également à alimenter le phénomène de délinquance et de récidive (Community Needs Analysis, Gilcreest, 2019).

C'est d’ailleurs ce que souligne un ancien prisonnier, dans le cadre d’un court entretien. « Au début le professeur avait une approche assez familière, puis il a changé. Il faisait le travail tout seul, il lisait des mots du dictionnaire pendant qu’on faisait du sport. Il me disait de choisir un mot par jour, mais je ne m’en souvenais jamais, alors que lui, oui. Je ne me souviens que des mots que j'emploie ». « Pressentiment : sentiment de savoir à l'avance ce qui va se produire » ;« flaccide : mou et flasque » ;« fallacieux : le professeur ne connaissait même pas la définition. Quand j’ai employé ce mot, il m’a demandé ce que ça voulait dire. » « J'ai suivi une formation professionnelle en prison mais je n’arrive pas à trouver de travail à cause du regard des autres. On m’envoie quelque part pour un emploi en me disant que c’est bon, que tout est réglé, puis quand j’y vais, on me dit qu’on me rappellera. Finalement on ne me rappelle jamais. Quand j’étais entre les murs, j’étais quelqu'un, mais maintenant que je suis sorti, je ne suis plus personne. » (Anonyme, 2019).

Dès qu'ils tentent d'être inclus dans la société, ces citoyens se voient refuser toute possibilité de s’y intégrer. S’ils sont marginalisés, c’est généralement parce qu'ils appartiennent à un groupe marginalisé de longue date. Leur « prédisposition » à la délinquance est sans doute le résultat direct de leur expérience du système éducatif (Community Needs Analysis, Meaney, 2019).

L'éducation des prisonniers se heurte à un autre problème : l'idéologie néo-libérale actuelle qui dirige la société. Les prisons et autres établissements où sont incarcérés les détenus répondent à un modèle économique particulier (Hartnett, 1997). Le principe énoncé dans la charte des Nations unies, selon lequel l'éducation est un droit fondamental pour tous, tend à devenir toujours plus obsolète dans notre société contemporaine où l'éducation est de plus en plus privatisée et gérée sur un modèle commercial et non un modèle basé sur les droits de l'Homme (Brown, 2005). Le milieu carcéral est une grande entreprise mondiale. Le bien-être des prisonniers et la manière dont l'éducation peut être utilisée pour améliorer leurs conditions de vie sont loin d'être une priorité pour ces entreprises. Les pays anglo-saxons tels que les États-Unis, l'Angleterre, l'Australie et la Nouvelle-Zélande sont ceux qui ont une gestion carcérale qui s’apparente le plus à la gestion d'une entreprise (Mason, 2013). Les entreprises privées qui gèrent le système pénitencier dans la plupart des pays occidentaux ne s'intéressent pas aux droits des prisonniers, leur seule préoccupation étant de faire des bénéfices sur le dos des détenus, et non de les éduquer. Par exemple, Global Tel-Link fournit des services téléphoniques aux prisonniers incarcérés aux États-Unis au tarif de 17 dollars par 15 minutes de temps d’appel, alors que le tarif total normal en dehors de la prison est de 25 centimes. Il est prouvé que plus un détenu est en contact avec sa famille, moins il commet de délits en prison et moins il risque de récidiver à sa sortie. Mais il semblerait que ces entreprises soient loin de se s’en soucier, pas plus qu'elles ne cherchent à garantir l’éducation des détenus et donc à respecter les droits de l’Homme (Black 2015).

Alors que la tendance est à la réduction des dépenses publiques, les dépenses pour la construction de prisons, elles, ne cessent d'augmenter. L’éducation figure parmi les principaux secteurs de la société civile touchés par ces coupes budgétaires et l’éducation en milieu carcéral souffre elle aussi d'énormes réductions. Dans le même temps, les dépenses pour la construction de nouvelles prisons ont considérablement augmenté. Cela met en évidence la relation paradoxale entre la notion d'éducation comme droit fondamental et les préoccupations liées aux modèles d'entreprise privatisés. Il est prouvé que plus le niveau d'éducation et d'alphabétisation est faible, plus le risque de commettre un délit est élevé. Pourtant, on constate une augmentation du budget consacré à la construction de prisons et une diminution du budget consacré à l'éducation dans et hors des prisons (Curley 2017). La notion d'éducation en tant que droit fondamental, ou privilège, est reléguée au second rang dans le mantra de l'idéologie néo-libérale, qui prône la concurrence et la privatisation. Alors que l'idéal de l'éducation comme droit fondamental dans le monde libre s'effondre, la question de l'éducation comme droit fondamental dans le milieu carcéral semble stérile. Bienvenue dans le monde de l'entreprise (Lynch, 2006).

 

Références : 

-Brown, W. (2005). « Critical Essays on Knowledge and Politics ». Princeton: Princeton University Press.

-Curley, C. (2017). Educational programs in prison are a sound investment, so why do we keep cutting their budgets?

-Donavan. A, 2008, The geography of Prisoner Integration, Drugnet Ireland, Issue 28, Winter 2008 p18-19

-Hartnett, S. (1997). History is a weapon, Prison labour, Slavery &Capitalism in Historical Perspective

-International Growth Trends in Prison Privatization  [consulté le 13/12/09]

-Irish Prison Service [consulté le 13/12/2019]

-Prison Education Service [consulté le 13/12/2019]

-Irish Penal Reform Trust, 2019 Facts and Figures [consulté le 13/12/2019]

Lynch, K. (2006). Neo-liberalism and Marketisation: the implications for higher education: European Educational Research Journal, Volume 5(1)

Mason, C. (2013). « International Growth Trends in Prison Privatization »

Meaney, S. (2019). Community Needs Analysis, College Connect, Maynooth University. United Nations Human Rights Office of the High Commissioner 1990, Basic Principals for the Treatment of Prisoners

Black, N, 2008, Here are Six Companies That Get Rich Off Prisoners

Share on Facebook Share on Twitter Epale SoundCloud Share on LinkedIn
Refresh comments Enable auto refresh

Показване на 1 - 4 от 4
  • снимка на Marianna Okomane
      Studies conducted over the last two decades almost unanimously indicate that higher education in prison programs reduces recidivism and translates into reductions in crime, savings to taxpayers, and long-term contributions to the safety and well-being of the communities to which formerly incarcerated people return. 

     Knowledge is enlightenment, and if a person wants to work in order to receive the knowledge, then, to my mind, this person still has something for what he can be called a human and has a chance for a better life and for a reintegration.  
  • снимка на Tatjana Jaskeviča
    I believe that the right to education is one of the basic human rights, and everyone deserves to get quality education. I think that prisoners need to get education because they will be able to change their environment in the future. The quality of education is especially important in prisons because educators should find effective methods in order to engage people in the learning process by giving them useful knowledge. This acquired knowledge will help them to shape their personality and behaviour in a different way. I have never heard that prisons are business models. I hope that governments will understand that education needs funding more because the higher the quality of education, the lower the crime rate.
  • снимка на Anna Holberga
    I also think that education is a human right and that giving the opportunity for inmates to receive education would help them when they get out of prison. Even though there are studies that show the advantages of prisoners receiving education there is a certain prejudice against them. Maybe that is why some choose to ignore these studies. It is very sad that people from disadvantaged economic and disadvantaged educational backgrounds are more likely to commit a crime, but at least we have an idea of what we need to change in our system. 
  • снимка на Signe Gotfridsone
    Manuprāt, ikvienam cilēkam ir tiesības uz izglītību neatkarīgi no viņa šī brīža dzīves situāciju, vai viņš atrodas ieslodzījumā vai mājās. Tas ir ļoti labi, ka tiek piedāvāta iespēja ieslodzījumā apgūt zināšanas. Un noteikti, ka ir cilvēki, kas šādu opciju ļoti novērtē.