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Numérique, conditions des bonnes pratiques et compétence tout au long de la vie

14/11/2019
от Roseline Le Squère
Език: FR

 

Peu importe le niveau de formation, on retrouve des difficultés à s’accompagner dans ses choix d’orientation scolaire, de formation, professionnelle pour tous les publics. Les questions d’orientation scolaires comme professionnelles sont récurrentes et posent le même type de problèmes quels que soient les publics et les situations.

Cet article propose des regards croisés entre projets européens sous la forme de partenariats stratégiques, démarches européennes en réseaux de territoires, ainsi que le témoignage d’une professionnelle de l’éducation (conseillère principale d’éducation) en France[1].

 

Des projets européens, des observations, des outils

Un jeune docteur européen (public travaillé lors du projet européen REGIo-3L 2007-2010, financé par le programme Leonardo Da Vinci) comme un intérimaire avec un bas niveau de qualification (à l’exemple des études menées lors du projet européen TEC-TONIQ 1, Leonardo Da Vinci, 2007-2009) peuvent avoir des difficultés de reconnaissance et de valorisation de leurs acquis professionnels, personnels et de formation. En effet, pour le premier public cité précédemment, un des problèmes récurrents issu de la formation doctorale en Europe est le manque de reconnaissance de cette formation par les professionnels et le manque de reconnaissance et de valorisation par les docteurs eux-mêmes pour transférer en emploi les acquis issus de leur période doctorale. De la même façon, par la multiplicité des missions professionnelles auxquels les intérimaires sont confrontés, (et pour faire écho au second public cité), on relève une vraie difficulté à recenser les acquis, à les formaliser en groupes de compétences afin de les transférer au fil de leur parcours professionnel sur des missions et emplois. Sécuriser les parcours professionnels semble passer, avant tout, par une démarche d’accompagnement, dès le plus jeune âge, dans la scolarité, pour vaincre la difficulté à se valoriser soi-même, pour améliorer l’accès à l’information, l’autonomie dans l’orientation, la réussite dans l’entrée en formation, dans l’insertion en emploi. Cela représente un chemin, exploitable tout au long de la vie de l’individu.

Au fil de nombreux projets européens, portés, entre autres, par la FREREF et l’Université Bretagne Sud, nous avons pu observer de nombreux points communs entre les démarches européennes menées sur ces thématiques :

-           Difficulté pour toute personne à formaliser en compétences ses acquis professionnels et de formations ;

-           Difficulté pour toute personne à valoriser en contexte ses acquis et faire évoluer cela en fonction de son parcours ;

-           Création de modules spécifiques visant la formation des personnes et des professionnels sur la reconnaissance et la valorisation des acquis issus de l’expérience, le développement de la réflexivité, l’expérimentation d’outils visant l’auto-apprentissage ;

-           Développement d’outils / de modules pour la formation à l’accompagnement pour les professionnels ;

-           L’accompagnement en face à face n’est pas une finalité pour toutes les situations.

Et puis, au fil de ces années, le numérique s’est installé. Défini comme ce qui englobe l’informatique, mais plus largement tout le périmètre des télécommunications (téléphone, radio, télévision, ordinateur) et Internet, il est devenu sujet, objet, concept qui mérite toutes les attentions, notamment pour les publics les plus jeunes.

Le numérique : compétence centrale des adultes autonomes ?

Au quotidien, dans les activités sur les ordiphones, au travers des réseaux sociaux, le numérique entraîne de nouveaux usages. « Il » modifie nos activités, change en même temps notre façon de comprendre et de penser. L’environnement entier de l’éducation est transformé par cet ensemble de technologies (nouvelles pédagogies, nouveaux outils, nouvelles attentes). On entend d’ailleurs souvent parler de culture numérique ou encore de révolution numérique.

Si le numérique est sujet, objet, il est aussi compétence. Il est savoir-faire, savoir-dire, savoir-être.

En France, le « système éducatif est engagé dans des transformations pédagogiques et organisationnelles profondes, de l'école maternelle au post-baccalauréat, qui nécessitent de mobiliser fortement les potentialités du numérique. Celui-ci représente en effet un levier de transformation puissant pour accompagner la politique ministérielle dans toutes ses dimensions : transformation pédagogique, avec le numérique au service des apprentissages et de leur évaluation, formation aux enjeux et aux métiers de demain, simplification des relations avec les usagers, modernisation du fonctionnement de l'État avec des systèmes d'information repensés »[2]

Pour permettre un éclairage plus technique des outils et des démarches proposées aux plus jeunes, dans l’objectif de préparer les adultes à la compétence numérique et à l’autonomie, le témoignage de Babette Mazet, CPE (Conseillère Principale d’Éducation) nous fait comprendre le cheminement possible de l’élève à l’adulte. 

Le point de vue d’une professionnelle de l’éducation scolaire

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Babette Mazet a 41 ans et vient d’achever son Master en sciences de l’éducation mené à l’université de Bretagne Sud de Lorient (UBS) (formation à distance). Elle a travaillé sur les pratiques du numérique scolaire par des travaux d’observation et de recherche tout d’abord en tant qu’étudiante, puis en tant que professionnelle de l’éducation. Depuis quelques années, elle se dit « conseillère principale d’éducation libre car contractuelle », ce qui lui permis d’exercer et d’observer plusieurs académies (Créteil, Toulouse et Montpellier) et établissements (LGT, LP et collèges) touchant diverses géographies, public et atteindre la globalité de la période de l’adolescence actuelle.

Le point de départ : le plan numérique lancé par François Hollande en 2014, alors Président de la République, France

Pour résumer, le plan numérique pour l’éducation a été lancé lors du discours de rentrée dans le collège Louise Michel à Clichy-sous-Bois, établissement dans lequel Babette Mazet a passé quelques mois d’observation dans le cadre de son stage en Master 1. Le principal, Monsieur Bourgou, l’a accueilli et invité lors des nombreuses réunions, commissions et concertations concernant la mise en place du numérique scolaire dans ce REP.

Crédit photo : Babette Mazet, 2019

 

Exemple d’un outil français : le plan numérique

L’objectif de ce grand plan numérique est de permettre aux  les enseignants et élèves « de profiter »[3] de chaque opportunité offerte par le numérique. Pour y parvenir, le Président mettait en avant quatre piliers de mise en œuvre: la formation, les ressources, l’équipement et l’innovation.

Le plan consiste donc à déployer des sommes colossales et à les allouer à l’instauration de nouvelles technologies numériques scolaires, afin de donner à chaque établissement du second degré un système de réseau moderne, à mettre en place des équipements, du matériel tel que des tableaux blancs interactifs (TBI) et des vidéoprojecteurs dans quasiment toutes les salles de classe, des imprimantes 3D, des logiciels. Le plan a notamment permis de nommer des référents ressources et usages pédagogiques numériques (2 enseignants par établissement) pour accompagner les collègues dans les installations, générer des codes d’accès, d’intervenir sur du matériel hors service, afin de profiter donc au mieux des équipements dotés. Enfin, il est proposé des offres de formation des personnels.

Ce plan a pour objectif de mettre à l’aise les élèves avec les TIC, de leur transmettre les bonnes pratiques.

Babette Mazet précise : « Il n’y a pas le choix : il y a une grande attente et il est impératif de suivre l’évolution sociétale que provoque le numérique : c’est un phénomène irréversible, l’Ecole doit suivre le mouvement, prendre le pas avant d’être totalement dépassée. Je ne vois pas le problème que cela soit à l’Ecole de transmettre les bonnes pratiques du numérique et le bon code langagier selon les destinataires, tout comme elle se doit de transmettre les codes vestimentaires quand l’élève en est dépourvu. La sensibilisation à la protection des données, à la fiabilité des sites internet, d’où la mise en place à compter de cette rentrée du dispositif PIX, plateforme d’évaluation des compétences numériques remplaçant le B2i / C2i2e qui n’étaient, entre autres, pas reconnus au niveau européen ».

Après cette perspective globale et plutôt technique, il est intéressant d’avoir le point de vue opérationnel de la professionnelle CPE.

 

L’attention de la professionnelle pour mieux accompagner ses élèves

Babette Mazet a toujours été étonnée par l’hétérogénéité des pratiques selon les établissements scolaires, les professionnels qui y exercent et les composent malgré la présence des réseaux, de TIC (technologies de l’information et de la communication). Ensuite travailler le sujet lui a paru évident suite à sa propre expérience post bac. Elle a passé un DEUG et une Licence en 2003 (en sciences humaines à Paris X Nanterre), puis le Master MEEF à distance en 2019. Enfin, elle a été très enthousiasmée par l’enseignement de la préparation et de la certification d’aptitude des pratiques numériques scolaires (C2i2e). Elle a apprécié la démarche pédagogique de Monsieur Berteaux, l’enseignant de l’Université Bretagne Sud pour le cours à distance à base de vidéos, de conversations Skype, téléphoniques, tchat, qui n’auraient pu se faire sans l’omniprésence actuelle des TIC.

Elle y a découvert et aimé de nouvelles méthodes d’apprentissages et d’interaction : pouvoir répondre à des questionnaires, avoir la correction puis la possibilité de refaire l’exercice, grandissant des erreurs corrigées et de ce fait mémorisées (feed-back : de l’américain : to feed, nourrir, et back, en arrière que l’on peut définir par rétrocontrôle) et d’avoir la possibilité de pouvoir étudier à son rythme.

De là, dans sa pratique professionnelle, en 2016, elle a souhaité appréhender le potentiel du numérique dans les apprentissages à l’Ecole, savoir si par exemple cette méthode est appréciée par les élèves. Ou en tous les cas, elle a souhaité capter les impressions. Elle s’est interrogée sur le développement des TIC dans les établissements du second degré qui est composé des « digital natives »,  terme que l’on doit à  Marc Prensky[4] .

Dans son quotidien de CPE, elle utilise des équipements qu’elle qualifie de « modernes et adaptés aux besoins spécifiques du service vie scolaire (Pronote, EducHorus) » dans les cinq établissements où elle a exercé. L’équipement est récent et omniprésent.

Pour prendre un exemple précis, dans le cadre des séances d’entraînement ASSR (attestation scolaire de sécurité routière) menées avec chaque classe de cinquième (niveau 1) et de troisième (niveau 2), elle a très vite adopté une méthode pour cette préparation : accompagner vers l’autonomie et le droit à l’erreur. Le premier outil a consisté à envoyer un courrier électronique proposant le lien du site de la Sécurité routière pour commencer à son rythme les entraînements hors classe et préparer les éventuelles questions aux 5ème et 3ème via l’ENT ( espace numérique de travail , plateforme d’échange via la messagerie (répertoire complet des parents, élèves et tous les membre de la communauté scolaire)).

Puis, en complément, elle utilise le TBI pour animer la séquence (pour montrer le lien du site de la Sécurité Routière), en soulignant avec le stylet interactif les erreurs lors de la correction ou les points de vigilance. C’est un exemple de classe inversée. Enfin, chacun corrige sa propre copie, son questionnaire afin d’intégrer aussi l’erreur pour ne plus la commettre. Elle apprécie l’interactivité que cela procure dans la salle de classe, l’attention est captée car un nouveau dynamisme se crée.

Elle projette également de monter des supports Youtube et Prezi pour créer de nouveaux outils. Elle s’accompagne des adolescents, qui par leur expérience sur smartphone, révèle des capacités fortes à s’adapter et à utiliser ces nouveaux supports.

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Le plan numérique stipule que la transmission des savoirs, des apprentissages peuvent prendre de nouvelles formes : elles seront soutenues si le résultat escompté est bien au rendez-vous, à savoir l’acquisition par les élèves de connaissances et de compétences. La porte est ouverte aux innovations pédagogiques et au partage des méthodes entre pairs. Dans sa pratique, Babette Mazet est en train de créer une nouvelle page Youtube afin de partager les vidéos de pratiques entre pairs, afin de donner des idées. La plateforme EPALE peut être un excellent outil de partage de ces informations, au niveau national français mais, bien sûr, au niveau européen.

 

Un autre exemple : plan numérique en Croatie

Des expériences se mènent, notamment en Croatie, où, à l’échelle du pays, un plan numérique est en place dès l’école primaire. La formation continue des enseignants est également en jeu. Le projet national : « E schools project » a pour but de développer un système numérique qui permette de former les plus jeunes à devenir des adultes numériquement autonomes. 101 écoles primaires expérimentent le dispositif de digitalisation, ainsi que 50 écoles secondaires.

Dans le pays, on y trouve 7 000 enseignants et 23 000 étudiants. Le but de ce plan est de devenir « e-mature » : un adulte autonome numériquement.

1400 écoles (primaires et secondaires) seront, à terme, concernées.

Les croates utilisent le concept de « digital maturity » pour les écoles et non pour les personnes prises individuellement. De plus, l’éco-système est associé à la mise en place du plan, par un « Local Area Network ». Ce concept se rapproche très fortement du concept de LAN (Local Accompaniment Network) développé dans le projet européen Erasmus +, partenariat stratégique, NetMe-In (2015-2018). Une action ne peut être menée sans que les acteurs y menant les procédés y soient pleinement intégrés. C’est une condition de réussite, et une condition de pérennité.  

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Le projet E-schools est un outil pour développer le cadre « Digital » dans le pays et contribuer à former les enseignants, à les faire évoluer dans leurs compétences digitales, et contribuer à de meilleures opportunités pour les élèves.

Pour revenir à l’exemple français, Babette Mazet précise : « nous avons le droit de mener nos séquences comme bon nous semble à l’aide de supports numériques du moment que l’on atteigne les objectifs. Pour ma part, l’ASSR a eu un taux de réussite de 100% pour ceux qui l’ont passé. C’est là le point fort de ce plan à mon sens ».

Le constat de ses observations, in situ, est qu’il n’y a pas, aujourd’hui, de fractures d’équipement mais bien une fracture de la pratique entre les élèves, adultes, établissements. Ainsi, des conditions, des directives sont à suivre pour mener à bien la mise en place du plan, à savoir : la prise de conscience collective des enjeux (le devoir d’égalité de pratiques par exemple) ; la nécessité pour les pouvoirs publics de proposer un cadre propice en vue d’un bon usage du numérique (intégration du numérique dans le cursus scolaire, proposer des formations adaptées aux réformes mises en place). Il est nécessaire de prendre conscience du potentiel et d’une pratique qui passe par un apprentissage, et non se contenter d’un simple usage ; le numérique est tout à la fois émetteur, transmetteur, producteur. Il y a une forte attente sociétale à ce que les adolescents sachent pratiquer les outils numériques.

 

Le numérique comme une chance pour que l’Ecole soit plus juste : pourquoi, en quoi et comment ?

Au fil du travail que Babette Mazet a réalisé, cela lui a permis d’affirmer que le numérique est une chance pour que l’Ecole devienne plus juste, plus équitable en transmettant justement les codes et savoir-faire au plus grand nombre des élèves qui la fréquente pour les familiariser, et transmettre les codes langagiers. Les digital natives ne maîtrisent pas les outils numériques, c’est un constat fait à la suite de questionnements auprès de ses collègues enseignants et de ses observations. Alors que l’attente, notamment de l’administration, est bien là, l’apprentissage par et pour le numérique est une chance dans le sens où donner l’accès et les occasions de pratiquer et exploiter le potentiel des outils numériques est bien un devoir pour l’Education nationale.

Babette Mazet précise : « le numérique est une chance pour l’école en permettant depuis quelques années d’innover en matière de pédagogie, et d’encourager les échanges de pratiques. Je pense à la classe inversée (préparer les tâches simples hors de l’espace classe, (au cdi, à la mjc, à la maison)) mis en ligne par l’enseignant via l’ENT (espace numérique de travail) , personnellement je crée un groupe de discussion selon le thème ( ASSR, CVC(conseil de la vie collégienne), délégués), et leur envoie des fichiers ou recommande des liens vers des sites ressources validés par le ministère afin que les élèves puissent s’approprier la leçon, noter ses questionnements ».

Ceci permettant à la fois une appropriation, une autonomisation et l’acquisition des éléments à son rythme : en mettant sur pause un enregistrement audio, vidéo par exemple. C’est en cela que le numérique rend l’Ecole plus juste. Mais aussi en contribuant, par exemple, à l’inclusion scolaire dans une classe d’élèves en situation de handicap. Pouvoir prendre les notes de cours des enseignants sur une clef usb, utiliser un ordinateur portable pour prendre en note le cours à l’aide d’une fonction d’agrandissement d’écran sont quelques instruments demandés en ESS (équipe de suivi de scolarité pour les enfants en situation de handicap) et qui ont apporté un confort pour des adolescents dyslexique, déficients visuels. Grâce à l’ENT un élève souvent malade ou longuement absent peut rester connecté à la vie de son établissement, continuer à recevoir ses cours, des messages et participer à des discussions. 

L’Ecole peut ainsi devenir plus juste grâce au numérique en transmettant les bonnes pratiques du numérique. En effet, dans la pratique, le questionnement sur le code langagier employé est permanent (écriture textos par exemple).

Babette Mazet rappelle les messages d’élèves, reçus, via l’ENT sans formule de politesse (par exemple) ou ne respectant pas les codes habituels / formels de construction du message, notamment par sa mise en page. Le dispositif PIX mis en place officiellement à la rentrée 2019 auprès des élèves de classe de troisième va permettre de préparer les élèves à passer une certification de compétences numériques (protection des données, production, etc.) reconnue dans l’Union Européenne. Les codes du numérique deviennent un enjeu d’apprentissage, de compétences, pour se préparer à une vie sociale. L’école doit viser l’e-inclusion et réduire, au maximum les fractures par la pratique du numérique. Le numérique contribue à développer l’appétence aux apprentissages en proposant de nouvelles formes d’enseignements, d’innovation pédagogiques.

Le dispositif Pix[5] peut permettre de donner goût à passer la certification. La plateforme est ouverte à tout le monde. Il peut y avoir une transmission intéressante entre l’élève et ses proches qui consisterait à voir le jeune donner l’envie, et des moyens pour que ses proches passent l’épreuve à leur tour.

 

Le plan numérique français pour des adultes en devenir ?

L’évolution de la société, des métiers, des usages, des procédés montrent qu’il y a une forte attente de ces futurs adultes pour qu’ils sachent pratiquer les TIC de manière autonome, responsable et raisonnée.

Or, par plusieurs témoignages que Babette Mazet a pu recueillir en Lycée général et technologique, en Lycée professionnel en Lozère, en collège en Aveyron et dans le Lot, il est constaté, depuis quelques années, par les enseignants que les adolescents ne savent pas utiliser le traitement de texte.

« Le sujet a été lancé il y a quelques jours encore [début septembre 2019] lors du conseil pédagogique du collège Marcel Masbou de Figeac dans lequel j’exerce lorsque la question du format des rapports de stage s’est posée. Un accompagnement est nécessaire étant donné que les adolescents ne maîtrisent pas la mise en forme de textes d’un point de vue typographique. Les tablettes, smartphones agissent de manière tactile, l’utilisation des claviers d’ordinateur a régressé. Le collège a donc décidé de mettre en ligne sur l’ENT un questionnaire adressé à chaque élève. Ainsi il sera aisé d’évaluer le niveau, et de mesurer les besoins afin de proposer le meilleur cours à mettre en ligne à travers un lien sur la page d’accueil de l’ENT du collège, puis proposé aux élèves de troisièmes lors de la période du rapport de stage ».

Le plan numérique vise à lutter contre l’e-exclusion, c’est-à-dire contre les discriminations que pourraient provoquer une sous-pratique des TIC due, par exemple, à l’absence d’ordinateur à domicile. En effet, selon le baromètre du numérique du CREDOC[6] , seulement 66% des foyers ayant des bas revenus en 2018 possèdent un ordinateur chez eux contre 76% en 2013, alors que la baisse d’équipement  dans les foyers à hauts revenus n’est que de 3% en 5 ans (93% possèdent un ordinateur à domicile en 2018).   

Grâce au plan numérique et à l’équipement informatique dont ont été dotés les écoles, collèges et lycées français, il est possible de remédier à ce problème. Au travers des apprentissages manipulant les TIC, les habitudes se créent, l’aisance se met en place. De plus, une pratique régulière et encadrée apporte à nos futurs citoyens une insertion maîtrisée dans le monde numérique qui les entoure grâce aux sensibilisations sur la recherche d’information, le traitement de données et sa gestion, la protection des données, l’e-réputation (gestion de l’identité numérique), la création de contenu. Que cela soit en classe, lors d’ateliers, ou d’interventions de partenaires extérieurs (les promeneurs du net par exemple), et bientôt via les préparations à la certification PIX, les élèves apprennent les enjeux d’une présence en ligne, le positionnement en accord avec des valeurs, et les règles sur le Web. L’Ecole prépare les adultes en devenir à gérer leur profil numérique, leur présence publique et leur e-réputation sur le plan privé, professionnel, citoyen.  

Être à l’aise avec les TIC, avoir conscience de leurs potentiels ; avoir appris, dès les années de classes en enseignement secondaire, à être autonome dans les apprentissages ; développer la confiance en soi ne peuvent que contribuer à une meilleure approche de la formation adulte, qui sera nécessaire à la suite de remises en questions professionnelles, de changement de chemins de vie, chemins professionnels auxquels nous sommes tous confrontés désormais.

Le développement de l'autonomie, l’apprentissage à son rythme, le cheminement d’apprentissage de l’élève vers l’adulte autonome ont été illustrés par Babette Mazet lors de son travail de Master 2 :

 

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Apprendre avec le numérique 

 

Il est difficile de savoir ce que seront certains métiers dans les années 2050. Toutefois, nous pouvons aisément imaginer que le numérique, la pratique informatique, l’apprentissage et la sensibilisation à de nouvelles TIC n’auront de cesse d’évoluer.

Les moyens humains sont et seront nécessaires pour encadrer les pratiques, les dispositifs, qui eux aussi, évolueront. L’accompagnement individuel et collectif est et sera fondamental. Développement du libre arbitre, approche positive de l'erreur, motivation, rapport au savoir différent, constituent autant de sujets et d’ambitions que l’on peut envisager dès le plus jeune âge pour des effets structurants chez les adultes devenus.

 

 

[1] Babette Mazet a étudié les pratiques du numérique scolaire par des travaux d’observation et de recherche tout d’abord en tant qu’étudiante, puis en tant que professionnelle de l’éducation. Elle a répondu à une série de questions dont cet article témoigne. Ces échanges font suite à son travail de mémoire de Master 2, soutenu en juillet 2019 à l’Université Bretagne Sud.

[2] Cf. site web du Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse qui résume toute l’ambition du numérique au service de l’éducation et de la compétence : https://www.education.gouv.fr/cid133192/le-numerique-service-ecole-confi...

[3] M. le Président de la République F. Hollande (2014). Discours de rentrée scolaire 2014 lors de l’inauguration du collège Louise Michel de Clichy-sous-Bois.

URL :http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-lors-de-l-inauguration-du-college-louise-michel-a-clichy-sous-bois-rentree-scolaire/

 

[4] Prensky M. (2001). Digital Natives, Digital Immigrants - On the Horizon -MCB University Press, Vol. 9 No. 5.

 

[5] Sous la forme d’une plateforme, PIX est une application adossée au cadre de référence des compétences numériques qui vise à suivre l'évolution tout au long de la vie, du niveau de maîtrise des compétences numériques d'un individu. La plateforme Pix commence d’ores et déjà à être alimentée et les entrainements sont gratuits pour tous les publics. Concernant les élèves et les personnels de l’Education nationale, la certification sera gratuite et se déroulera au sein des établissements scolaires. Mais le passage de la certification des compétences numériques sera payant pour toutes les autres personnes (40 euros dont 35€ destiné aux centres de certification agréés). Il est dommage que le dispositif soit payant (espérant que Pôle Emploi prenne en charge ces frais), mais bien pensé qu’il soit gratuit pour les personnels de l’EN, répondant bien aux promesses du plan numérique dans son pilier sur la formation. <www.pix.fr&gt;

[6] CREDOC, Enquêtes sur les « Conditions de vie et les Aspirations des français ». Baromètre du numérique 2018, 18ème édition. Tableau 17 sur le taux d’équipement en ordinateur à domicile page 58.

 

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